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Back Street Girls (T1)
Jasmine Gyuh
Soleil Manga

Mais comment se sont-ils embarqués dans une telle galère ? Bon okay, ils ont merdé, même gravement merdé, provoquant une guerre de clans quand la paix était si proche, mais la punition que leur a imposé leur boss est quand même un véritable supplice. En fait, il leur a laissé deux choix : l’option fatale avec vente de leurs organes pour faire au moins un petit bénéfice sur leur misérable vie ou les transformer en Idols, en un groupe de chanteuses pop si à la mode chez les jeunes et même les moins jeunes. Leurs opérations pour les transformer en femmes étaient déjà programmées en Thailande. Et c’est ainsi que trois yakuzas, Ryo, Kentaro et Kazu, sont devenus le groupe d’Idols les Gokudolls, composé de Mari, Airi et Chika. Et le pire, c’est qu’elles ont réellement du succès et commencent à vendre un nombre conséquent de disques. Bon, elles/ils sont toujours les souffre-douleurs du boss qui prend toujours le côté qui l’intéresse le plus : celui de yakuza ou celui de manager.



Décidément, elles/ils vivent un cauchemar. Le boss ne leur passe rien, avec une vision totalement fantasmé des Idols, à croire qu’il s’est renseigné sur les pop stars uniquement dans les fanzines ou les magasines à l’eau de rose. Plus le droit de boire de l’alcool, plus le droit de sortir sans son autorisation et coucher 21h. C’est pire que la prison ! Et attention, si vous lui désobéissez, soyez sûr de recevoir une correction à coups de low kick et de batte de baseball. L’enfer sur terre ! Ils ont déjà dû subir un entrainement de fusiller commando pour assimiler ce que le boss attendait d’eux : devenir de vraies Idols. Seulement, pour que le succès soit au rendez-vous, il faut un professionnel du showbiz et non un chef de clan mafieux. C’est ainsi que Mandarine Kinoshita est entré dans leur vie. Ce type est un génie dans le milieu des Idols et il sait précisément comment créer de toute pièce un groupe à succès. Seulement, il y a un point important qu’elles/ils ne doivent jamais oublier : il n’est pas question que Kinoshita découvre leur secret. Il ne doit voir en eux que trois jeunes filles à la recherche de célébrité et jamais des yakuzas payant leur dette.

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“Back Street Girls” est le premier titre de la jeune mangaka Jasmine Gyuh. Ceux de ma génération auront immédiatement pensé aux Back Street Boys, un boys band à la mode dans les années 90. Si le thème est bien en lien avec le phénomène des groupes musicaux qui cartonnent, ici un groupe d’Idols, l’idée de base est en fait complètement délirant. Ce sont en réalité trois yakuzas, devant se faire pardonner une gaffe monumentale, qui se retrouvent forcés à changer de sexe et former un groupe de lolipops, les Gokugirls. Nos trois mafieux vont non seulement devoir se faire à leur corps de femme mais surtout avoir impérativement du succès sous peine de mort. Nous aurons droit à tous les a priori et lieux communs sur les Idols, aussi saugrenus soient-ils, pour mettre en positions plus que délicates les trois frères de clan. La mangaka utilise l’humour parfois un peu lourd... non franchement lourdingue pour montrer le côté ridicule de l’idolâtrie à l’extrême des lolipops, avec en particulier un duel entre nos trois yakuzas et un groupe d’Idols à la mode où les réponses qui font mouche sont en fait ridicules mais dans le vent. Le côté obscur de la vie des lolipops est le premier aspect de cette série qui ne va évidemment rien nous éviter, jouant aussi bien sur les comportements parfois totalement irrationnels des fans et les côtés pervers du show-business comme la séance de photos.

Mais ce qui fait l’originalité de cette série, c’est évidemment le fait que les trois jeunes filles sont en réalité des hommes dans la force de l’âge dans des corps de très jeunes femmes. Ils vont devoir découvrir leur féminité, souvent contraints et forcés ou par des manifestations inattendues de leur personnalité féminine. Leur boss jouera aussi sur les deux tableaux, les forçant à être des Idols mais exigeant également des comportements dignes de yakuzas. Ce boss est la caricature du tyran n’en faisant qu’à sa tête et jouant avec les vies de ses hommes sans le moindre scrupule. Jasmine Gyuh met régulièrement en ombre chinoise le visage masculin des personnages féminins, ajoutant des grimaces pour déformer au maximum les traits pour un effet comique. Toutefois, le côté ultra répétitif de cette technique de dessin est un peu lassante à la longue, surtout que le talent de dessinatrice de la mangaka est indéniable. Son trait réaliste permet justement de jouer très facilement avec les caricatures. Tablant principalement sur l’humour, il y a énormément de petites et moyennes cases pour donner du rythme, mais pénalisant en même temps les décors qui sont très limités alors que le potentiel de Jasmine Gyuh laisse espérer bien mieux. Dommage.

Si “Back Street Girls” part d’une idée interessant, j’avoue ne pas avoir été entraîné dans le délire de la mangaka. Peut-être le côté très répétitif des mimiques et des atermoiements des trois yakuzas. Je reste donc un peu sur ma faim, pour le moment.


Back Street Girls (T1)
- Auteur : Jasmine Gyuh
- Traducteur :Patrick Alfonsi
- Éditeur : Soleil Manga
- Collection : Seinen
- Format : 128x182 mm
- Pagination : 160 pages
- Dépôt légal : 24 mai 2017
- Numéro ISBN : 978-2-302-06228-3
- Prix public : 7,99 €


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Frédéric Leray
24 juillet 2017






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