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Fire Punch (T1)
Tatsuki Fujimoto
Kaze Seinen

Un jour sont apparus les élus, des personnes pourvues de pouvoirs plus extraordinaires les uns que les autres. Mais parmi eux, il y eut la Sorcière des Glaces. Celle-ci plongea le monde dans une nouvelle ère glacière. La vie disparut peu à peu de la surface de la planète et les hommes cherchèrent désespérément le feu pour survivre. Agni et Luna vivent dans un petit village. Ce ne sont encore que de jeunes adultes et pourtant ce sont eux qui prennent soin des villageois. Ils n’ont pourtant pas eu la vie facile après la mort de leurs parents. Ces derniers ont été assassinés par des maraudeurs qui utilisèrent le pouvoir de Agni et de Luna pour leur propre bénéfice. Car les deux jeunes adultes sont des élus, capables de régénérer n’importe quelle partie de leur organisme. La capacité d’Agni est plus importante que celle de sa sœur. Un membre coupé peut se régénérer quasiment automatiquement. Mais aujourd’hui, ils utilisent leur pouvoir pour sauver de la famine les villageois.



Un jour, alors qu’il chassait, Agni vit passer un avion dans le ciel. Malheureusement, l’oiseau de métal était de bien mauvaise augure. Celui-ci transportait des soldats de Behemdorg, s’apprêtant à combattre la Sorcière des Glaces. Mais pour mener leur croisade, ils avaient besoin de volontaires pour combattre, de vivres pour survivre et d’esclaves pour leur bon plaisir. Et le village d’Agni ne pouvant fournir de vivres, ils se paieraient en esclaves. Toutefois, en découvrant que les villageois se nourrissaient de chair humaine, Doma, le plus haut gradé, décida d’utiliser son pouvoir afin de rayer de la carte cette bande de maudits cannibales. C’est ainsi qu’il brûla tous les habitants, et avec eux Agni et Luna. Seulement, le pouvoir de régénération du frère et de la sœur les empêcha de mourir, les obligeant à subir encore et toujours le supplice des flammes de Doma. Mais Luna ne put tenir aussi longtemps que son frère et lui fit promettre de rester en vie, quoiqu’il lui advienne. Le jeune homme puisa alors une volonté inébranlable dans son désire de vengeance. Oui, Doma devait payer pour ce qu’il leur avait fait et après quelques années, son corps fut en état de le mener vers sa vengeance, toujours embrasé par le feu de l’élu.

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Il y a des personnes qui naissent en ayant dans la peau de devenir mangaka. Tatsuki Fujimoto a posé les bases de ses premières séries pendant le collège dans un magazine de prépublication qu’il s’inventa. En 2014, il sort sa première série “Koi no Momoku”, mais la sortie de “Fire Punch” se fera par une publication sur le net, chapitre par chapitre. Le succès est immédiat et les internaute de Jump + deviennent accro au point que la version papier est très vite mise en route. La renommée de Tatsuki Fujimoto s’est surtout faite par le bouche à oreille et maintenant il est devenu le phénomène du moment.

Mais qu’a donc “Fire Punch” pour générer un tel engouement ? Tout d’abord, Tatsuki Fujimoto nous montre qu’il n’a aucun tabou et qu’il n’aura aucune limite pour développer sa série comme bon lui semble. Il prend d’abord à contre-pieds les séries post apocalyptiques qui utilisent plutôt les conséquences du réchauffement climatique pour justifier un début de fin du monde. Si l’être humain sera aussi à l’origine de la catastrophe qui mettra en péril toute vie sur la planète, celle par qui le malheur arrive plonge la Terre dans une nouvelle ère glacière. Tatsuki Fujimoto va s’inspirer d’un héros très populaire au Japon, Anpanman pour finaliser les pouvoirs de ses deux héros. Anpanman avait un tête en pain fourré de haricots rouges et il aidait les personnes souffrant de la faim. Agni et Luna aident eux-aussi les villageois en les nourrissant mais de leur chair. S’attaquer aussi simplement et directement au thème du cannibalisme est tout simplement une grande première. Le mangaka nous présente le fait de manger de l’humain comme naturel pour survivre surtout quand leur donateur se régénère naturellement. Peut-on garder une forme de morale sur ce sujet quand cela devient une condition de survie ? Le mangaka reste lucide et présente tous les aspects de ce choix draconien car accepter de se nourrir d’humain est loin d’être un concept évident et ce sera d’ailleurs la cause de la malédiction dont va souffrir Agni.

Le mangaka ne va pas créer un monde manichéen, bien au contraire. Son univers est très complexe et ceux qui se veulent être des donneurs de leçon face au cannibalisme sont des êtres d’une perversion absolue : esclavagisme, viol, torture, tout est autorisé par les élus de Behemdorg pour leur bon plaisir. Tatsuki Fujimoto n’aura vraiment aucune limite pour décrire cette civilisation en pleine décadence, qui s’affiche comme sauveur de l’humanité. Le mangaka ira très loin dans l’horreur et pourtant, il se veut également réaliste, nous montrant du doigt la dérive de ces fameux élus, comme pour nous rappeler ce fameux adage qu’ils bafouent sans le moindre scrupule : à grands pouvoirs, grande responsabilité. Le mangaka prend plaisir à casser les codes, transformer les sauveurs du monde en les pires salopards et créant un grand mystère autour de la grande méchante de l’histoire : la Sorcière des Glaces. Il ne fera qu’en parler sans jamais la montrer. Il ne va pas non plus nous dépeindre ses deux héros comme les gentils sans défaut. Luna est loin d’être un fille pure et sereine, il va d’ailleurs laisser planer un grand doute sur ce qu’elle est devenue après le grand feu. Il aura toutefois du mal à transformer son héros en bête sauvage ne pensant qu’à sa vengeance. L’humanité de Agni sera la seule chose qui survivra au feu de Doma. Evidemment, un homme enflammé traversant un monde enneigé pour se venger est un sacré défi conceptuel mais le mangaka s’en sort parfaitement et évacue simplement, sans se prendre la tête, toutes les contradictions que cela pourrait générer.

Graphiquement, Tatsuki Fujimoto casse encore une fois les règles, occidentalisant son dessin, ses traits étant parfois des plus légers mais montrant l’horreur sans tomber dans le gore. “Fire Punch” est un seinen dont les dessins sont parfois bruts, sans concession, mais cherchant surtout à pousser le lecteur à réfléchir et non à lui faire peur. Le mangaka cherche à surprendre, à dégoûter parfois mais souvent plus en titillant nos tabous qu’en se voulant trop cru. Son dessin n’est pas viscéral, il est même plutôt en finesse. Un monde de neige lui permet de ne pas trop s’appesantir sur les décors et de se focaliser sur les personnages, même si les derniers chapitres nous montre qu’il est capable de développer un contexte architectural très intéressant.

“Fire Punch” est tout bonnement déconcertant, choquant son lecteur mais dans le bon sens du terme, le poussant à réfléchir sur le comportement humain face à des super-héros devenus des dictateurs sans foi ni loi. “Fire Punch” dégomme le politiquement correct et ça, on adore sur la Yozone.


Fire Punch (T1)
- Auteur : Tatsuki Fujimoto
- Traducteur  : Sylvain Chollet
- Éditeur français : Kaze Manga
- Collection : Seinen
- Format : 127 x 182, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination  : 192 pages
- Date de parution : 21 juin 2017
- Numéro ISBN  : 9782820328649
- Prix : 7,99€


FIRE PUNCH © 2016 by Tatsuki Fujimoto/SHUEISHA Inc.
© Edition Kaze Manga- Tous droits réservés


Frédéric Leray
23 juin 2017






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