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Nuit sans étoiles (Une)
Peter F. Hamilton
Bragelonne, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), science-fiction, 739 pages, 25€

Difficile de parler d’ « Une Nuit sans étoiles » sans aborder le tome précédent, « L’abîme au-delà des rêves », ni le vaste univers du Commonwealth développé par l’auteur dans le cycle de Pandore et celui du Vide.

L’univers du Commonwealth : grâce à la technologie des trous de ver l’humanité, jusqu’alors assujettie aux limites de la vitesse de la lumière, a pu s’étendre à travers l’espace en fondant des centaines de colonies. Dans ces nouveaux mondes, elle a découvert des formes d’intelligence ennemies (notamment les Primiens, un des sujets du cycle de Pandore) ou amicales, par exemple les Raïels. D’autres avancées technologiques majeures, quelques siècles plus tard, ont marqué des individus déjà capables de rajeunir et d’atteindre une longévité prodigieuse : les particules de Gaïa, qui permettent de communiquer sans aucun artefact technologique. Mais les humains, tout comme les Raïels, restent en échec face au Vide, une sorte de bulle aux dimensions cosmiques, impénétrable, sujette à des expansions incoercibles, avalant des pans entiers de la galaxie, et que les Raïels surveillent depuis des milliers d’années. De ce Vide s’échappent les rêves d’Edéard, individu vivant dans une société aux allures à la fois médiévales et florentines : captés et rapportés par un individu bientôt devenu prophète, Inigo, ces rêves sont à la base d’un engouement qui prend des allures de religion.

« L’Abîme au-delà des rêves » : Nigel Sheldon, l’un des inventeurs des trous de ver, qui avec l’aide de la technologie des Raïels se lance dans l’exploration du Vide, dans lequel ont disparu par le passé d’autres vaisseaux. Mais bien loin d’y retrouver la planète Querencia, siège des aventures d’Edeard et source des rêves d’Inigo, il est contraint de se poser sur Bienvenido, autre monde semi-féodal peuplé par les descendants de l’équipage d’un vaisseau humain happé par le Vide des siècles plus tôt. Un monde hanté par les terribles Fallers, des créatures dont les œufs, placés en amas sur orbite, tombent régulièrement à travers l’atmosphère et, parvenus au sol, attirent incoerciblement animaux et humains, les aspirent, les vident de leur substance, et en font des doubles animés des plus mauvaises intentions. L’humanité ne survit que grâce aux guetteurs et aux battues constantes à la recherche de ces œufs.



« Une Nuit sans étoiles » se déroule deux cents ans après « L’Abîme au-delà des rêves ». En deux siècles, les choses se sont tragiquement aggravées sur Bienvenido. Si Nigel Sheldon est parvenu à faire sortir la planète hors du Vide, il y a laissé la vie et tout ne va pas pour autant pour le meilleur des mondes. Le Commonwealth est si éloigné qu’il est totalement inaccessible : aucune aide, donc, à attendre de ce côté-là. Mère Laura, originaire du Commonwealth tout comme Nigel Sheldon, après avoir parvenu à faire évoluer la technologie jusqu’à un équivalent de celle de la Terre au milieu du vingtième siècle, se sacrifie pour repousser une attaque de Primiens. Sur le plan politique, Slavsta, le héros révolutionnaire du premier tome, a fini par imposer le statu quo contre lequel il avait lutté, par figer la société à son tour, un équivalent de la trajectoire des révolutionnaires cubains dans le monde réel. Un statu quo d’autant plus facile que, comme si les Fallers ne suffisaient pas, le pouvoir s’est trouvé un ennemi intérieur : les Elitistes, ceux qui parmi l’humanité possèdent les fameux gènes dits « Avancés », de nouveau fonctionnels depuis la sortie du Vide, et qui donc peuvent communiquer entre eux au nez et à la barbe du pouvoir.

Pire encore, les Fallers pourraient bien être en passe de remporter la partie. Il est de plus en plus évident, malgré la lutte perpétuelle des pouvoirs en place, qu’ils ont réussi à constituer à la surface de Bienvenido de véritables « Nids », préludes à une expansion et une invasion que nul ne saurait arrêter. De plus, il se pourrait bien que la notion de Fallers métamorphes, c’est-à-dire de créatures n’imitant pas strictement celles que les œufs ont absorbées, ne soit pas seulement une légende urbaine. C’est dans ce contexte que tombe sur Bienvenido un mystérieux aéronef d’où sort une enfant originaire du Commonwealth, aussitôt traquée par les pouvoir en place, qui ne cessent de se tromper d’ennemi et voient en elle, tout comme en la fameuse Archange Guerrière, une élitiste mythique issue de la première révolution, deux éléments déstabilisateurs de la stabilité politique.

Dès lors, tous les éléments sont en place pour une de ces formidables aventures dont Peter F. Hamilton a le secret. Si l’on peut trouver à ce volume quelques défauts mineurs (certains dialogues des premiers chapitres relatifs à l’avenir des Bienvenido sont simplistes et caricaturaux, la manière dont l’auteur raccroche les personnages classiques de son cycle apparaît un peu alambiquée), force est d’admettre que le sens de l’épique et de la démesure sont bel et bien là. Du thriller et de l’espionnage avec la lutte contre les Fallers et les manœuvres politiques, de l’aventure avec la fuite et la traque du garde-forestier Florian qui a récupéré l’enfant à croissance accélérée du Commonwealth (dont on ne sera pas surpris qu’il se transforme rapidement en un adulte bien connu des lecteurs de Peter F. Hamilton), du suspense avec la course-poursuite entre humains et Fallers en direction d’un artefact perdu dans les glaces, de l’aventure spatiale avec la découverte du cosmonaute Ry Evine (il y a, dans ce roman qui est avant un planet-opera, plusieurs chapitres de space opera), un aspect « Cycle de la culture » de Iain M. Banks avec les interventions discrètes du Commonwealth pour influer, plus ou moins subtilement, la trajectoire politique de Bienvenido, de l’action et des aspects très cinématographiques (l’apparition de l’Ange-Guerrière en fin de livre quatre)

Les amateurs de Peter F. Hamilton avaient été légèrement déçus par son opus précédent, les deux gros volumes de « La Grande Route du Nord  », riches en trouvailles et en péripéties, mais desservis par un argument de base trop faible pour convaincre. Avec « Les Naufragés du Commonwealth », l’auteur, dans un univers déjà abondamment développé, revient à une certaine densité qui emporte le lecteur dans une accumulation d’aventures avec un grand « A ». Si la « Happy end » apparaît un peu trop rapide et appuyée, si « Une Nuit sans étoiles  » reste légèrement en deçà des meilleurs cycles de l’auteur, il apporte une belle et savoureuse ration d’épique, de spectaculaire et de rebondissements.


Titre : Une nuit sans étoiles (Night Without Stars, 2016)
Auteur : Peter F. Hamilton
Série : Les Naufragés du Commonwealth, tome II
Traduction de l’anglais ( Grande-Bretagne) : Nenad Savic
Couverture : Igor Zh / Shutterstock
Éditeur : Bragelonne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 739
Format (en cm) : 15,2 x 23,6
Dépôt légal : avril 2017
ISBN : 9791028103316
Prix : 25 €



Peter F. Hamilton sur la Yozone :

- La trilogie du vide
tome I « Vide qui songe »
tome III« Vide en évolution »
- La tétralogie de Pandore
tome I « Pandore Abusée »
tome II « Pandore menacée »
tome III « Judas déchaîné »
- La trilogie Greg Mandel
tome I « Mindstar »
tome II « Quantum »
tome III « Nano »
- La Grande route du Nord
tome I
tome II
- Un volume de nouvelles
Manhattan à l’envers


Hilaire Alrune
25 juin 2017






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