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Solitaires (Les)
Tim Lane
Delcourt

Après “Noir c’est noir”, Tim Lane poursuit son exploration de la culture américaine. Il s’agit là d’un recueil, ce terme laissant présager de multiples courtes bandes dessinées, et l’importance de l’ouvrage (288 pages !) donne bien assez de place pour balayer de nombreux thèmes.
En route pour les States !



Il suffit de feuilleter l’ouvrage pour voir qu’il part dans tous les sens et que l’ensemble possède des airs de vaste fourre-tout. Par exemple, le récit “Belligerent Piano” n’est pas présenté en une seule fois mais morcelé, entrecoupé d’autres choses, aussi hétéroclites que des photos, des extraits de chansons ou de romans, des confessions, des figurines d’artistes à découper, de courts strips, des apartés d’un homme reclus dans une cave humide,...
La lecture n’est pas toujours dans le même sens et parfois il faut tourner le livre d’un quart de tour. À l’occasion, certaines pages sont même dépliables et s’attachent à des sujets tels que les Harley, la peur du communisme, des aliens,...

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“Les Solitaires” s’avère pour le moins déstabilisant et demande un réel effort pour s’y plonger. Pourquoi une telle construction ?
Pourtant, cela commence bien avec les hobos, les voyageurs clandestins dans les trains, faisant partie des incontournables américains, puis cela enchaîne sur tout à fait autre chose.

Tim Lane s’intéresse ici aux laissés-pour-compte, ceux qui n’ont pas de chez soi et se déplacent pour trouver leur place et aussi une raison de vivre. L’auteur évoque Jackie No-Name, l’homme qui a oublié son passé et qui, par le plus grand des hasards, est aussi le personnage central de son récit. Voilà le genre de passages propres à perdre les lecteurs, se demandant si Tim Lane est sérieux !
La culture américaine se situe au cœur des “Solitaires”, un comic essentiellement en noir et blanc. Le trait de Tim Lane est assez inégal, mais peut-être est-ce dû à la période plus ou moins longue couverte par les histoires présentées ?
Parfois, les cases sont vraiment petites, remplies de détails d’une grande précision. A d’autres occasions, le trait s’avère un peu grossier, mais dans la majorité des cas, son dessin en noir et blanc est très attrayant et tout à fait dans le ton du récit.

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Le comic pèse ses presque 300 pages, autant dire que l’ensemble ne se lit pas d’une traite surtout si l’on respecte l’ordre. À force de sauter dans tous les sens, sans que l’intérêt ne soit forcément éveillé, la lassitude peut vite gagner le lecteur.
Environ à la moitié du livre, j’ai arrêté les frais et laissé Tim Lane à son délire. Peut-être y reviendrais-je un jour et lirais “Belligerent Piano” à la suite en faisant l’économie d’une grande partie du n’importe quoi habillant “Les Solitaires” et qui sert essentiellement à faire du volume et à donner un aperçu du Rêve Américain qui, pour le coup, a pris du plomb dans l’aile.

Mais là, j’ai eu mon compte, n’ai en rien retrouvé les comics indépendants qui savent transmettre des messages comme “Sorties de secours” de Joyce Farmer ou bien encore l’imaginaire subtil de Ryan Andrews avec “Je n’ai rien oublié”, tous les deux dans la même collection.

“Les Solitaires” laissent une drôle d’impression. Si Tim Lane avait canalisé son imagination au lieu de partir dans tous les sens et de faire tout et n’importe quoi, il aurait pu apporter un regard intéressant sur la culture américaine et sur les abandonnés du système, à la recherche de leur identité ou plus simplement de leur place dans cette société. Là, le lecteur peut rapidement se retrouver perdu et arrêter les frais en passant à autre chose. Le dessin ne suffit pas à sauver une construction bancale, se voulant sûrement originale mais pas pour tout le monde.

Dans la même collection, on lui préférera les deux titres mentionnés plus haut.


Les Solitaires
- Scénario & dessins : Tim Lane
- Traduction de l’anglais (US) et lettrage : Nicolas Bertrand
- Éditeur : Delcourt
- Collection : Outsider
- Dépôt légal : 1er mars 2017
- Format : 20,5 x 27,5 cm
- Pagination : 288 pages noir et blanc
- Numéro ISBN : 978-2-7560-3999-2
- Prix public : 29,95 €


Illustrations © Tim Lane et Delcourt (2017)



François Schnebelen
8 juin 2017






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