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Temps de Palanquine (Le)
Thierry Di Rollo
Le Bélial’, roman (France), science-fiction, 282 pages, mai 2017, 15€

En ce XXIIe siècle, Eleanor et John s’aiment dans Délicité, une ville monstre sillonnée par quelques rares véhicules fonctionnant au charbon. Le ciel est constellé de nuages noirs, ce qui n’est pas le moindre mal, car ils cachent la vue directe sur Palanquine, cet astre rouge se dirigeant vers la Terre et annonçant sa fin.
Le scientifique Lockerbie ne peut se résoudre à cette inéluctabilité et a engagé une course contre la montre avec ses rectifieurs qu’il envoie dans le passé afin de changer les choses. Les nombreuses régressions relèvent justement de ces expériences, mais si les avancées technologiques disparaissent au fur et à mesure, il n’en est rien de Palanquine.
Eleanor et John représentent la dernière chance de l’humanité.



Trois ans après « Drift » sort le nouveau roman de Thierry Di Rollo. En ce début d’année 2017, l’auteur se livrait comme sûrement jamais dans le numéro 85 de « Bifrost », l’occasion de mieux faire connaissance avec l’homme et de patienter jusqu’à « Le temps de Palanquine ».
La couverture de Leraf situe parfaitement le propos. Un homme et une femme plongés dans une pénombre perpétuelle due aux fumées noires et baignés par une lumière rouge, celle de Palanquine.

Délicité est immense, tentaculaire, mais semble relativement peu peuplée comme si ses habitants avaient déjà abandonné le combat et restaient calfeutrés chez eux. Exit les énergies propres, les inventions récentes, tout a disparu. Chaque régression a entraîné son lot de pertes et aussi de morts. La faute aux échecs répétés des missions lancées par Lockerbie.
Le voyage dans le temps est au cœur du roman, il obéit à ses codes et les efforts de Lockerbie semblent inutiles, les moyens mis en œuvre dérisoires face à la menace. Chacun est résigné, sait au fond de lui que la fin est proche.
Si j’avais une critique à adresser, ce serait que la vision de la situation générale est étriquée. Par exemple, quid du pouvoir ? Thierry Di Rollo n’en fait pas état, il préfère se concentrer sur quelques humains, en premier lieu Eleanor et John, ainsi que Lockerbie, et deux autres apprentis rectifieurs les accompagnant. Chacun est marqué par son parcours, par les pertes subies. John conserve foi en l’avenir, contrairement à sa compagne toujours accompagnée par un merle. Les deux espèrent que Palanquine ne signifie pas la conclusion de leur amour et deviennent rectifieurs sous la volonté de John.
Le lecteur se demande bien sûr comment ils peuvent éviter que Palanquine ne frappe la planète dans sa course à travers l’espace. Changer le passé ne peut pas la dévier de sa trajectoire... De même, la durée des missions est très brève et elle consiste à bien peu de choses. Les efforts n’en apparaissent que plus dérisoires, mais aussi pathétiques. Lockerbie ne parvient qu’à faire régresser son présent, à la ramener technologiquement aux années 1940. Il est animé d’une certaine folie qui ne conduit à rien de bon, car il s’obstine.
Thierry Di Rollo use très bien du voyage dans le temps pour créer un futur en déliquescence. La science ne conduit pas vers le progrès mais vers la perte de la société. Bien sûr, Palanquine est l’élément déclencheur. Personne ne peut l’observer, car cela revient à voir sa mort et à marcher vers elle.

Le cadre futur baigné par la suie issue de combustions incomplètes n’est pas sans rappeler « La lumière des morts » et autres romans des débuts de Thierry Di Rollo qui étaient très noirs, ne dégageaient guère d’espoir, alors que là, l’amour entre Eleanor et John s’avère pur, offre l’espérance d’un avenir possible. Le lecteur veut y croire pour eux, souhaite qu’ils s’en sortent, car ils surnagent dans un monde malade où beaucoup sont prêts à toutes les bassesses pour gagner quelque avantage. Ils ont droit au bonheur et cherchent à le gagner en devenant les rectifieurs de la dernière chance.
Thierry Di Rollo pose beaucoup de questions sur le voyage temporel et ses conséquences. Le futur peut-il être changé ? Lors d’une mission, le problème est même soumis à un écrivain de SF que tout le monde aura reconnu avant que son nom ne soit dévoilé.

« Le temps de Palanquine » surprend par la façon dont le voyage dans le temps est abordé. Si Palanquine signifie la fin de l’humanité, cette invention accélère cette fatalité à travers de nombreuses régressions, fruits de ses missions. Cette fois-ci pas de vaisseau géant pour sauver une élite comme dans « Drift », les régressions ont d’ailleurs anéanti cette possibilité, mais une volonté de quelques uns d’épargner tout le monde. Thierry Di Rollo explore ici une nouvelle voie, le fait avec beaucoup d’originalité et de fort belle manière en suivant un couple unie par un amour plus fort que tout. Mais est-ce suffisant pour survivre face à cet ogre rouge ? L’auteur aime confronter les hommes à leur mort, celle qu’ils voient avancer à leur encontre et ne peuvent regarder en face. Ils se débattent pour y échapper, mais existe-t-il une porte de sortie ?

« Le temps de Palanquine » s’avère fascinant sur bien des points : voir Palanquine revient à observer l’enfer et les moyens pour sauver l’humanité ne font qu’accélérer sa fin. Sur fond d’amour, Thierry Di Rollo concilie à merveille voyage dans le temps et fin du monde. Ce roman éveille de nombreux sentiments souvent contradictoires sur l’attitude des différents protagonistes. Rien n’est gratuit, l’ensemble est subtil et maîtrisé.
Thierry Di Rollo est un auteur atypique, fascinant et ô combien attrayant par sa manière d’aborder l’humain et de le placer face à son destin.


Titre : Le temps de Palanquine
Auteur : Thierry Di Rollo
Couverture : Leraf
Éditeur : Le Bélial’
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 282
Format (en cm) : 13 x 20
Dépôt légal : mai 2017
ISBN : 978-2-84344-919-2
Prix : 15 €


Thierry Di Rollo sur la Yozone :
- « Bifrost 85 »
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- « Bankgreen »
- « Cendres »
- « Meddick » en Bélial’ et Folio SF

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François Schnebelen
29 mai 2017






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