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Chant du bourreau (Le)
James Oswald
Bragelonne, Thrillers, traduit de l’anglais (Écosse), polar avec touche de fantastique, 403 pages, mai 2017, 21,50€

Succédant à « De mort naturelle », premier roman qui parvenait à séduire par un juste dosage entre mise en place des protagonistes, intrigue policière et lent glissement vers le fantastique, et dont les près de six cents pages s’avalaient sans jamais lasser, et au «  Livre des âmes » qui reprenait les mêmes recettes, « Le Chant du bourreau » permet au lecteur de retrouver l’inspecteur Tony McLean, toujours dans la cité pluvieuse d’Édimbourg. Une cité où des crimes sont déguisés en suicides, où rôdent des criminels sanguinaires et peut-être des entités plus terrifiantes encore.



L’existence n’est pas tout à fait rose pour l’inspecteur McLean. Sa collègue et amie Emma, après un terrible accident, est sortie du coma mais souffre d’un traumatisme psychologique majeur et d’une perte de mémoire considérable. Jayne McIntyre, sa surintendante en chef et seule membre de la hiérarchie à le soutenir, a été mutée en un autre endroit. Pire encore, elle a été remplacée à titre provisoire par l’infernal Duguid, dont les seules motivations dans l’existence semblent être de mettre des bâtons dans les roues de McLean et d’attiser l’animosité que d’autres policiers lui vouent. Heureusement, ses collègues Ritchie et Bob La Grogne, tout comme le médecin légiste Cadwallader, continuent à l’épauler dans ces moments difficiles.

« À ce jour, le seul lien entre les pendus, c’était de figurer sur un tableau blanc du poste de police. Il ne restait plus qu’à leur trouver d’autres points communs.  »

Difficiles, les choses le seraient à moins. Versé aux Crimes Sexuels, McLean découvre un trafic de prostituées. Au cours de l’enquête, l’une d’elles est tabassée quasiment à mort, et les soupçons de McLean ne tardent pas à se porter vers un de ses propres collègues. Par ailleurs, Duguid tente de lui interdire de poursuivre une autre enquête au sujet de personnes « suicidées », retrouvées pendues de manière extrêmement suspecte. Tout cela sent décidément de plus en plus mauvais.

« Impressionnant ? Pas du tout. Le seul mot, c’est… impossible ! »

L’état d’Emma ne s’améliore guère : au contraire, il semble même empirer. Elle semble littéralement hantée. Elle a oublié bien des souvenirs, mais semble savoir des choses que seules d’autres personnes pourraient savoir. L’irrationnel pointe son nez. Mme Rose, protagoniste d’une enquête précédente, réapparaît dans la vie de McLean, avec toujours les mêmes pouvoirs de divination. Tout devient de plus en plus étrange. Le fameux Liber Animorum ou Livre des âmes, celui que l’on ne lit pas mais qui au contraire vous lit, n’a sans doute pas fini de sévir dans la vieille ville d’Edinburgh.

« Il regarda la porte qui donnait sur la salle d’attente. Toujours fermée, comme la fenêtre… Pourtant, l’air était différent, comme si une présence invisible se déplaçait dans la pièce. »

Un chat au comportement inquiétant, des personnages qui en disent beaucoup moins qu’ils n’en savent, une séance de décrochage de pendu qui, à n’en pas douter, restera dans les annales, des séances d’hypnose, des individus sans scrupules, des farces de très mauvais goût, des nœuds de pendus particuliers, de nouveaux cadavres, des coïncidences impossibles : autant d’éléments entrant dans la composition d’une intrigue complexe, touffue, inquiétante, qui, une nouvelle fois, permet d’emmener le lecteur sans temps mort dans les mystères d’Édimbourg.

« Certaines forces dépassent votre entendement, inspecteur… À votre manière, vous les avez déjà affrontées. »

Dans notre chronique du « Livre des âmes », nous avions souligné la parenté structurelle des deux premiers romans de l’auteur et formulé la crainte que, comme tant d’autres écrivains de polar, James Oswald n’ait trouvé une recette et se contente désormais de l’appliquer systématiquement. Il n’en est heureusement rien car ici le fantastique n’apparaît plus comme une hypothèse invraisemblable que tout, au mépris de la stricte rationalité, vient confirmer, mais comme une sorte de « bruit de fond » déjà accepté – du moins par les lecteurs des deux précédentes aventures de l’inspecteur McLean –, une menace constante et profondément intriquée avec les évènements criminels.

On reste donc en terrain connu, dans cet univers urbain que tout désigne comme cartésien mais qui ne repose peut-être pas entièrement sur des pouvoirs officiels et des causalités strictement scientifiques. Une ville hantée où il ne serait possible d’élucider certaines affaires qu’en prenant en compte des schémas cachés et des puissances obscures. Reste que les malédictions qui planent sur Édimbourg ne sont pas près de disparaître : d’autres enquêtes de l’inspecteur McLean se profilent donc à l’horizon, une perspective qui ne pourra que réjouir le lecteur.


Titre : Le Chant du bourreau (The Book of Souls, 2014)
Série : Les Enquêtes de l’inspecteur McLean, tome III
Auteur : James Oswald
Traduction de l’anglais (Écosse) : Jean Claude Mallé
Couverture : David Lichtneker/ Arcangel Images
Éditeur : Bragelonne
Collection : Thrillers
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 403
Format (en cm) : 15 x 23,7
Dépôt légal : mai 2017
ISBN : 9791028104641
Prix : 21,50€



James Oswald et les enquêtes de l’inspecteur McLean sur la Yozone :

- « De mort naturelle »
- « Le Livre des âmes »


Hilaire Alrune
1er juin 2017






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