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Secret de la dame en rouge (Le)
Béatrice Bottet
Scrineo, Jeunesse, roman (France), fantastique / polar, 410 pages, avril 2017, 16,90€

En cette fin de XIXe siècle, habillée de rouge, Madame Euryale en impose par sa prestance et par la justesse de ses prédictions. Le gratin de Paris se l’arrache et Mme Bouteloup qui l’a prise sous son aile gère son emploi du temps. Pour cette dernière, il s’agit d’un investissement, elle a misé sur une jeune fille fuyant elle ne sait quoi et entend bien qu’elle rapporte gros.
Florimond Valence est un journaliste furetant la nuit pour trouver des sujets d’articles. Le dernier en date porte sur une mystérieuse morte, retrouvée avec la boîte crânienne découpée et le cerveau retiré. Le papier qu’il en tire lui vaut la colère du rédacteur en chef et des problèmes en cascade, mais lui permet aussi de rencontrer Violette.



La couverture à double sens signée Noémie Chevalier illustre très bien une des problématiques de ce roman destiné aux adolescents. Qui se cache derrière le personnage de madame Euryale ?
Béatrice Bottet débute par ses premières consultations, avant de livrer au fil du roman des informations sur la jeune fille qui a quitté sa famille aisée pour fuir un mariage arrangé. Elle est partie de Troyes vers Paris, espérant se perdre dans la foule pour échapper aux recherches de son père. Son parcours n’est pas décrit de suite, mais petit à petit, comme pour la rendre plus sympathique et montrer que derrière la voyante pleine d’assurance bat le cœur d’une jeune fille voulant faire de sa vie ce qu’elle désire. Mais fin du XIXe siècle est-ce seulement possible ?

La condition de la femme est un des centres d’intérêt de ce récit. Fin XIXe, elle peine à faire entendre sa voix. Dans un couple, elle sert à tenir la maison. Les jeunes filles débarquant à Paris sont recrutées par de beaux parleurs avant de finir comme filles de joie. En quittant le cocon familial à 17 ans, Violette Baudoyer était loin d’imaginer les dangers qui l’y attendaient. Malgré sa position ambiguë chez Mme Bouteloup, elle s’y sent chez elle, même si elle est éprise de liberté. Pour dénoncer cette condition féminine voilà plus d’un siècle, Béatrice Bottet se sert notamment du premier article de Nocturnos, le pseudo de Florimond Valence, ironisant sur le fait que les femmes sans cervelle courent les rues. Le ton est donnée !

L’auteure exploite aussi un phénomène en vogue, celui de la voyance. Réalité, arnaque, fait scientifique... Habilement, elle use de toutes ces facettes. Violette, devenue Mme Euryale pour le décorum, possède vraiment cette capacité incroyable, alors que d’autres se servent de la crédulité des clients. Dans le même temps, des pseudo-scientifiques cherchent à fabriquer une machine pour prédire l’avenir. Et la manière de le faire est des plus répréhensibles et apporte un côté polar à l’ensemble...

Se pose aussi la question de la majorité. En effet, Violette doit échapper à son père jusqu’à ses 21 ans pour prétendre être majeure. Il est intéressant de constater qu’elle lit en chacun comme dans un livre ouvert, mais qu’elle est incapable de voir son propre futur. Alors don ou malédiction ? De plus, elle trouve la sécurité au milieu d’autres malfrats qui lui apportent plus de chaleur humaine que sa propre famille.
Béatrice Bottet n’oublie pas de montrer du doigt la condition des ouvriers exploités par des patrons sans vergogne, comme en témoigne une conversation entre le père de Violette et celui à qui il veut la marier pour affaires.
« Le secret de la dame en rouge » est ainsi riche de nombreuses réalités de l’époque. Il est juste un peu dommage que le cadre parisien n’ait pas assez été exploité. Florimond parle bien de la Tour Eiffel, mais sans plus.

Autre point fort de ce roman : ses personnages avec au premier rang Violette Baudoyer et Florimond Valence, chacun obligé de survivre selon ses moyens. Les deux attirent la sympathie, car ils sont creusés. Leur passé dévoilé au fil des pages les rend d’autant plus attrayants. Nul n’est bien sûr parfait, mais cela leur donne un côté plus humain. Chacun se cache en public derrière un pseudo et apparaît en premier aux lecteurs par ce biais, avant que la personne derrière ne se dévoile. Mme Euryale et Nocturnos s’effacent rapidement pour devenir Violette Baudoyer et Florimond Valence, deux belles personnes pour lesquelles les lecteurs trembleront tout du long.

« Le secret de la dame en rouge » s’avère très plaisant à lire. Ce roman constitue une immersion dans le Paris de la fin XIXe siècle sans taire les réalités de l’époque (la condition des femmes, l’exploitation des ouvriers...). Sur fond de meurtres, de voyance et de science, les personnages se débattent comme ils le peuvent et captivent les lecteurs. Même s’il s’adresse avant tout à des adolescents à partir de 13 ans, les adultes y trouvent aussi leur compte. La fin se révèle plutôt abrupte, mais laisse en quelque sorte la porte ouverte à une suite, car Violette a échappé à une menace, mais son père n’est pas du genre à abandonner...

Il faut également saluer la présentation générale de cet ouvrage de Béatrice Bottet qui sort de l’ordinaire et en fait un bel objet donnant envie de l’ouvrir.


Titre : Le secret de la dame en rouge
Auteur : Béatrice Bottet
Couverture : Noémie Chevalier
Éditeur : Scrineo
Collection : Jeunesse
Site Internet : fiche du roman
Pages : 410
Format (en cm) : 21 x 13,5
Dépôt légal : avril 2017
ISBN : 9782367404868
Prix : 16,90 €



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen@yozone.fr


François Schnebelen
10 mai 2017






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