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Ghost & Lady (T1)
Kazuhiro Fujita
Ki-oon Seinen

Le Black Museum, vous savez, ce musée caché au sein de Scotland Yard et qui expose des pièces à conviction provenant d’enquêtes emblématiques du Yard. Les visiteurs sont peu nombreux alors quand un vieil aristocrate vient pour observer une pièce toute particulière, la conservatrice du musée se fait un plaisir de la lui montrer : deux balles qui ont fusionné sous un impact, un objet particulièrement rare. Celui-ci est lié à une légende, celui du fantôme de l’homme en gris qui hanterait le théâtre royal de Drury Lane. On raconte que ce fantôme assisterait aux pièces qui sont jouées dans le théâtre, assis au fond de la salle et qu’il s’en va sans crier gare en allant vers la loge royale. Ce fantôme n’est pas dangereux, bien au contraire, il serait un symbole de réussite pour les metteurs en scène. Cette balle a été retrouvée un jour sur un fauteuil du théâtre. Que faisait-elle là ? Personne ne le sait... Sauf bien sûr le fantôme de l’homme en gris. Justement, Madame la conservatrice, le fameux fantôme a pris possession du vieil homme pour venir vous voir...



C’est sans grande difficulté que le fantôme accepta de raconter son histoire à la conservatrice, son histoire et celui de cette balle. Quand il était en vie, il était duelliste suppléant. En gros, il prenait la place d’un aristocrate lors d’un duel. Et il était parmi les meilleurs aussi bien au pistolet qu’au sabre. Alors comment est-il mort ? En fait, il n’en avait aucune idée. Il ne se souvenait pas des conditions de sa mort, mais pour passer l’ennui d’être un fantôme pour l’éternité, il en profitait pour assister à toutes les pièces de théâtre donné à Drury Lane. Et puis un jour, il y eut cette jeune femme qui lui adressa directement la parole. Normalement, comme tout bon fantôme, personne ne pouvait le voir, mais cette fille oui. Mais elle avait également la capacité de percevoir les ectoplasmes incarnant la méchanceté et la colère des humains. Ces monstres ne pensaient qu’à affronter leurs congénères, provoquant des querelles entre humains. Seulement, celui de cette fille la lacérait elle et non un de ses adversaires. La proposition que cette dernière fit au fantôme fut des plus surprenantes : elle souhaitait qu’il la tue... Ah oui, la jeune femme s’appelait Florence Nightingale...

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Nous voici donc de retour pour cette fois deux tomes dans le Black Museum. Après avoir pris comme sujet un fait divers anglais, Kazuhiro Fujita va cette fois prendre comme héroïne une véritable figure historique de l’Histoire, une femme qui a transformé en profondeur le domaine médical et le métier d’infirmière : Florence Nightingale. Evidemment, Kazuhiro Fujita n’allait pas nous faire simplement une biographie sur cette femme d’exception, surtout dans le contexte de la collection Black Museum. Quel lien peut donc avoir celle qui allait révolutionner le métier d’infirmière et lui donner ses lettres de noblesse, avec un musée de Scotland Yard gardant les pièces à conviction de leurs principales affaires ? C’était sans compter sur l’esprit tordu du mangaka qui avait très largement tordu dans tous les sens les contes et légendes de tous les pays dans Moonlight Act. Et si tout simplement, la force de caractère de Florence Nightingale avait eu besoin d’un petit coup de pouce surnaturel ? Et voilà comment la jeune femme va être tirée de sa torpeur et se lancer dans le métier d’infirmière grâce à l’intervention d’un fantôme loin d’être banal puisque son objectif est tout simplement... de la tuer ! Attention, si Grey, le fantôme de l’homme en gris, cherche à assassiner la gente damoiselle, ce n’est pas pour une sinistre vengeance ou par un instinct pervers. Loin de là ! C’est en réalité un contrat passé... avec la dite demoiselle.

Et nous voilà donc à écouter l’histoire de Florence Nightingale racontée par le fantôme devant la tuer. Kazuhiro Fujita va en fait jouer sur le caractère de Grey. Ce dernier a en effet deux caractéristiques qui vont l’obliger à retarder encore et encore le dit assassinat. Tout d’abord, Grey est un grand amateur de pièce de théâtre et il trouve en Florence un don naissant de grande tragédienne et il se laisse facilement envoûter par ses envolées lyriques. Grey est également un duelliste par nature, ou plutôt en souvenir de ses dernières années d’êtres vivants. Et quand d’autres spectres tentent de couper une envolée de sa protégée, Grey voit rouge et les défie immédiatement en duel. Les ectoplasmes, lesdits spectres, étant liés aux personnes s’opposant dans le monde réel à Florence, chaque victoire de Grey offre une chance à Florence de prendre le dessus. Et ce petit jeu sera bénéfique à la demoiselle qui voit peu à peu son rêve devenir réalité. Mais Kazuhiro Fujita profite de son récit pour nous montrer la réalité de l’Angleterre du XIXe siècle, les conditions dans lesquelles les infirmières devaient travailler, le mépris qui leur était exprimé alors que leur rôle était crucial. Si la première partie où Florence rénove et remet en état un hospice m’était connu, j’avoue avoir découvert son travail durant la guerre de Crimée. Kazuhiro Fujita ne donne guère une bonne image de l’armée britannique, sans oublier l’incontournable espionne française : D’Eon. Comment diable Charles Beaumont, le fameux chevalier d’Eon, se retrouve-t-il donc à jouer les assassins en Orient bien après sa mort ? Je vous laisse découvrir l’astuce utilisée par Kazuhiro Fujita.

Certes, le dessin de Kazuhiro Fujita n’est pas facile d’accès mais une fois habitué à son style très particulier, le lecteur suit avec énormément de plaisir cette aventure du fantôme et de la Lady, très instructive sur l’Angleterre du XIXe siècle, tout en étant un sympathique manga entre fantastique et humour. Un essai très réussi.


Ghost & Lady (T1)
- Auteur : Kazuhiro Fujita
- Traducteur  : Sébastien Ludmann
- Éditeur français : Ki-oon
- Format : 130 x 180, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination  : 308 pages
- Date de parution : 27 avril 2017
- Numéro ISBN  : 979-10-327-0119-5
- Prix : 8,65 €


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KUROHAKUBUTSU-KAN GHOST AND LADY © Kazuhiro Fujita / Kodansha Ltd.
© Edition Ki-oon - Tous droits réservés


Frédéric Leray
5 mai 2017






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