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Brigades fantômes (Les)
John Scalzi
Milady, science-fiction, traduit de l’anglais (États-Unis), 381 pages, 6,90€

Dans le futur décrit par John Scalzi, l’humanité est partie à la conquête des étoiles. Mais l’espace apparaît encombré et disputé par d’autres espèces intelligentes. L’expansion ou la disparition : tel est le challenge, ou, du moins, telle est la doctrine professée par les humains. Sur Terre, on est bien loin de tout cela, mais malgré les progrès on finit toujours par vieillir et par passer l’arme à gauche. Seule échappatoire pour les plus âgés : gagner un corps neuf en s’engageant dans les troupes spatiales coloniales. Mais il faut s’engager pour deux ans, et la durée moyenne de survie des soldats est beaucoup plus courte que cela. Quant à ceux qui sont morts entre le moment où ils ont signé et celui où ils devaient être intégrés, ce que l’on a pu conserver de leur personnalité, ce que malgré leur mort ils ont pu conserver d’eux-mêmes est intégré dans d’autres corps encore, ceux des Brigades Fantômes des forces spéciales, aux capacités augmentées bien au-delà encore de celles des soldats coloniaux. Et il semble que l’on ne soit pas encore tout à fait au bout de ses surprises.



Il se nomme Charles Boutin. Génie scientifique travaillant sur les programmes de transfert d’esprit et de conscience, il représente un élément capital dans la lutte contre les diverses abominations alien auxquelles est confronté l’humanité. Lorsque l’on découvre son corps, puis lorsqu’il est avéré que ce corps n’est qu’un clone, naissent d’effrayants soupçons : depuis longtemps, le scientifique serait à la solde d’extraterrestres traditionnellement amicaux, mais en passe d’attaquer et de détruire les armadas humaines.

Boutin disparu, sans doute hébergé par les extraterrestres, ne reste plus qu’un enregistrement de ses schémas mentaux, une configuration que l’on décide d’appliquer dans le cerveau de l’un de ces corps prêts à recevoir les personnalités de candidats au combat, en espérant que ledit soldat en saura assez – en sera assez – du fameux Charles Boutin pour fournir des informations capitales. Un pari assez fou tenté en désespoir de cause, mais qui commence à susciter des intérêts certains quand Jared Dirac – tel est le nom de ce nouvel individu – commence à se souvenir de sa fille Zoé – bien entendu la fille du véritable Charles Boutin.

On retrouvera ici et là, surtout dans la première partie quelques longueurs, habituelles, chez Scalzi, et une tendance certaine au « name dropping » qui n’est pas forcément astucieuse dans la mesure où, si l’auteur cherche à rendre hommage à beaucoup de monde, la répétition de ces références au vingtième siècle finit par donner l’impression que la génération décrite par l’auteur est la nôtre : ainsi donne-t-on le nom de grands scientifiques aux membres des brigades fantômes (Szilard, Roentgen, Pauling, Dirac, Sagan, Brahé), ainsi ces soldats visionnent-ils des films tels que « Star Wars », « La Guerre des mondes », « Starship Troopers » ou « La Stratégie Ender », ainsi les combattants d’un autre corps de troupe portent-ils des noms d’auteurs de science-fiction tels que Pohl, Stross, Martin. Ces accumulations peu vraisemblables, comme si des adultes jeunes des années actuelles n’étaient capables de citer que des auteurs et des savants du dix-huitième siècle, apparaissent donc, malgré certaines précautions de l’auteur, assez discutables.

Intéressantes également, mais tout autant discutables, les explications scientifiques, notamment génétiques, des notions de sciences fondamentale si superficielles qu’elles prêtent à sourire (mais les amateurs du genre retrouveront cette intéressante notion de « Junk ADN » qui fascinait tant Maurice G. Dantec) à moins que l’auteur (imaginant jusqu’à la production d’émetteurs radio par les mitochondries !) ne se moque ici à la fois de l’amateurisme d’autres auteurs et de la naïveté des lecteurs du genre, particulièrement prompts à parler de hard-science sitôt qu’apparaissent deux ou trois termes scientifiques.

« Ils ne nous font pas confiance. Ils nous ont produits pour défendre l’humanité, seulement ils ne savent plus très bien si nous sommes encore des humains. (...) Aussi nous tiennent-ils pour moins que des hommes, et nous assignent-ils des missions qu’ils refusent d’accomplir eux-mêmes de peur de déchoir de leur humanité. »

Entre honneur et traîtrises, entre infiltrations et guet-apens, entre combats dans l’espace et coups d’éclat sur des planètes lointaines, l’action ne manque pas. Mais les questionnements sur les fondements de la personnalité – engrammes, souvenirs, humeurs – et sur l’essence réelle d’un être humain viennent donner une dimension supplémentaire aux principaux personnages. D’un bout à l’autre, « Les Brigades fantômes » mêle donc space-opera classique à consonances militaristes (ou antimilitaristes) et réflexions sur l’identité façon Algys Budrys.

« Pour la justice, nous ne sommes pas dans le bon univers, aucun doute là-dessus. »

« Starship troopers » revu à la sauce métaphysique, « Les Brigades fantômes », tout comme « Le Vieil homme et la guerre », oscille donc entre les genres. Bâti sur les fondements du space-opera, avec ses aspects volontiers caricaturaux et simplistes, revu au prisme des développements contemporains de la science (informatique, génétiques, neuroscience, nanotechnologies), là aussi sous une forme assez simpliste, « Les Brigades fantômes » mêle action et réflexion, tant sur le plan des politiques expansionnistes que sur la notion même d’humanité. Une humanité qui finit par l’emporter, John Scalzi choisissant, tout comme dans « Le Vieil Homme et la guerre », de terminer « Les Brigades fantômes » sur une note profondément humaine. Une formule qui, à l’évidence, lui a réussi, le succès de ces deux romans l’ayant conduit à écrire quatre autres volumes dans le même univers.

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Titre : Les Brigades fantômes ( The Ghost Brigades , )
Série : Le Vieil homme et la guerre (Old Man’s War ), tome II
Auteur : John Scalzi
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Bernadette Emerich
Couverture : Pierre Santamaria
Éditeur : Milady (édition originale : L’Atalante, 2007)
Collection : Science-fiction
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 381
Format (en cm) : 11 x 17,7
Dépôt légal : mars 2017
ISBN : 9782811219338
Prix : 6,90 €



John Scalzi sur la Yozone :

- « Le Vieil homme et la guerre »


Hilaire Alrune
25 mai 2017






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