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Perfect Crime (T1 et 2)
Arata Miyatsuki et Yuya Kanzaki
Delcourt-Tonkam

Tadashi Usobuki est tueur à gages, seulement ses méthodes rendent ses crimes parfaits ! Il utilise le pouvoir de la suggestion. Pourtant, les images de la caméra de surveillance du bar où il réalise son meurtre semblent montrer qu’il a empoisonné sa victime. Pourtant les analyses médico-légales ne révèlent aucune substance dans le sang de la victime ni dans le verre qui serait en cause. L’inspecteur Yame est pourtant certaine qu’il est coupable de ce meurtre, mais comment faire sans preuve ? Surtout que la jeune inspectrice se traîne une sale réputation depuis qu’elle a accusé à tort le fils d’un collègue et que le jeune homme s’est suicidé ne supportant pas ses accusations. Mais ce cas semble si simple qu’elle pense pouvoir faire avouer Usobuki en allant l’interroger directement dans un square. Malheureusement pour elle, il s’avère bien plus coriace que prévu. Pire encore, elle se fait griffer par un chat errant et la plaie devient pullulante après que Usobuki l’a léchée. En réalité, il est déjà trop tard pour elle, le biais cognitif fait déjà son effet. La jeune femme panique complètement devant sa plaie et finit par s’ouvrir les veines et en mourir...



Elle pensait avoir trouvé son ange gardien, un homme plus âgé qui pourrait l’entretenir contre ses faveurs, seulement l’homme qu’elle rencontre lors de son premier rendez-vous est un flic. Pire que cela, c’est un pervers sadique, prenant son pied en torturant de jeunes femmes dans un appartement qu’il loue spécialement pour cela. Toutefois, ses obligations de bon père de famille et de bon flic oblige Bessho à jouer les maris parfaits. Dans une ultime contorsion, la jeune fille parvient à desserrer ses liens et s’enfuir. Mais la fatigue et les blessures dues aux coups qu’elle a reçus ne lui permettent pas d’aller bien loin, jusqu’à une cabine téléphonique... où Usobuki la découvre, désespérée. Jouant les bienfaiteurs, il décide de l’emmener dans un hôpital. Sur le trajet, il ne peut éviter de croiser l’inspecteur Tada. Ce dernier poursuit l’enquête que sa partenaire avait commencée avant de mourir et il compte bien prendre cet assassin en flagrant délit. Mais ce ne sera pas pour cette fois, au contraire, Usobuki a plutôt le beau rôle. Un rôle de courte durée car il doit bientôt rejoindre son nouveau commanditaire : un flic lui demandant de retrouver une jeune femme et la tuer...

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“Perfect Crime” est la première série de Arata Miyatsuki. Le mangaka est parti d’un phénomène tout ce qu’il y a de plus scientifique : le biais cognitif. Pour faire simple, une personne particulièrement charismatique peut convaincre n’importe qui qu’un phénomène se passe en lui et provoquer alors une mort inéluctable. C’est quelque part le principe utilisé dans la série “King’s Game”. Mais ici, Tadashi Usobuki provoque la mort de personnes par contrat. Toutefois, chaque affaire cache une autre vérité. Arata Miyatsuki analyse alors une multitude de perversions intrinsèques à l’être humain. Vengeance, faux-semblant, sadisme, Tadashi Usobuki va à chacune des missions pour lesquelles il est engagé non seulement s’occuper de la cible mais également du commanditaire car personne n’est innocent dans ces histoires, bien au contraire. La vengeance sera souvent le thème principal du contrat passé avec Usobuki. Ce dernier va alors tester sur sa cible différents types de suggestions mais il lui suffit d’un regard pour que sa cible tombe inéluctablement dans son piège, ou plutôt son illusion. Car peu importe ce qu’elle voit, ce n’est en fait qu’un fantasme généré par son esprit.

La structure des deux tomes est très simple : Usobuki reçoit un contrat pour assassiner quelqu’un mais le commanditaire n’est pas toujours celui que l’on croit et les cadavres s’amoncellent sur son passage. Ses actes vont bien évidemment attirer l’attention d’un policier, Tada, mais ce dernier est quelque peu naïf, un peu trop jeune pour se confronter à un prédateur du niveau de Usobuki. Toutefois, Arata Miyatsuki laisse planer une étrange ambiguïté sur la nature de cet assassin cérébral. Interpellant ses victimes comme étant des « humains », l’est-il lui même, lui capable de faire entrer n’importe quelle illusion dans le crâne de sa cible par un simple regard, avec ses pupilles rouges ? Quel être peut ainsi manipuler homme ou femme... mais pas les petits enfants car ceux-ci sont trop innocents pour être influencés par ses illusions. L’intérêt de ces deux premiers tomes, une fois le mécanisme compris, réside dans la méthode de persuasion et surtout l’identité du véritable commanditaire de Usobuki. Le lecteur joue alors au détective, afin de découvrir quelle est la véritable histoire de chaque personnage, quel secret malsain il peut cacher. Toutefois, ce genre de trame a ses limites et il faut espérer que les prochains tomes feront apparaître un autre fil rouge et surtout lancer de véritables défis à ce cher Usobuki.

Le dessin est confié à Yuya Kanzaki qui débuta sur la série “Ouroboros”, inédite en France. Il reste toutefois dans un univers policier même si celui de “Perfect Crime” est beaucoup plus sombre. Le design qu’il a donné à Usobuki est digne de son ambiguïté, ayant parfois des faux airs de vampire s’abreuvant du malheur des humains et se délectant, comme le dit le personnage, « de ces gens en train de mourir parce qu’ils sont persuadés de le devoir ». Usobuki est charismatique, énigmatique et détestable à souhait. On est à la fois séduit par sa désinvolture, subjugué par son pouvoir et horrifié par ce qu’il en fait. Yuya Kanzaki a particulièrement travaillé les traits de ses personnages, très expressifs et nous entraînant avec délectation dans leurs cauchemars qu’ils pensent être la réalité. Gore, sexe, violence, rien ne nous est épargné, nous devenons des témoins voyeurs de la perversion humaine sous bien des formes. Le mangaka met en images toutes les idées folles de Arata Miyatsuki avec maestria. On en redemande évidemment.

“Perfect Crime” nous renvoie à nos pires côtés avec brio grâce à ses deux excellents auteurs. Et comme le dit si bien Usobuki : que les humains peuvent être stupides !


Perfect Crime (T1 et 2)
- Sénario : Arata Miyatsuki
- Dessin : Yuya Kanzaki
- Traduction : Fabien Nabhan
- Éditeur : Delcourt-Tonkam
- Collection : Seinen
- Format : 128x182 mm
- Pagination : 192 pages
- Dépôt légal : 18 janvier et 1er mars 2017
- Numéro ISBN : 978-2-7560-8668-2 ; 978-2-7560-8669-9
- Prix public : 7,99 €


© Editions Delcourt - Tous droits réservés


Frédéric Leray
14 avril 2017






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