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Quinzinzinzili n° 33
Collectif
Société des Amis de Régis Messac

Un numéro instructif sur le milieu de la science-fiction en France durant l’occupation allemande. Les articles reviennent souvent sur le sujet, ce qui rend l’ensemble d’autant plus fort et percutant.



Une des grosses thématiques de ce numéro 33 de « Quinzinzinzili » repose sur la SF en France sous l’occupation allemande. Tous les auteurs n’ont pas adopté le même comportement vis-à-vis de l’envahisseur. Certains se sont inscrits dans la résistance à l’image de Régis Messac, d’autres comme Barjavel ont collaboré par opportunisme et plus grave, d’autres par idéologie. Natacha Vas-Deyres dresse un portrait sans complaisance du sujet.
Didier Reboussin revient sur “B. R. Bruss : un écrivain très discret”, et pour cause ! Il fut secrétaire général à l’information sous le régime de Vichy. De son vrai nom René Bonnefoy, il fut l’ami de Pierre Laval qui lui accordait toute sa confiance. Après guerre, il a multiplié les pseudos, publiant ainsi à dessein dans un certain anonymat.

Pierre Benoît (1886-1962) est connu pour son roman « L’Atlantide » (1919), adapté à plusieurs reprises au cinéma. Fort à propos, « Quinzinzinzili » reprend l’article signé Marcel Lapierre dans « Les Primaires » en août 1932 qui parlait de la version de G. W Pabst de 1932, tournée 11 années après celle de Feyder à l’époque des films muets.
« L’Atlantide » et son personnage d’Antinéa a valu à Pierre Benoît de rentrer à l’académie française. Un papier de Régis Messac datant de janvier 1933 montre le peu de considération qu’il avait envers l’auteur. En plus de critiquer l’œuvre, de s’insurger contre son entrée dans cette prestigieuse académie, il s’attaque même au physique du monsieur : « ... sa face benoîte de petit maître d’hôtel. . » Une certaine mauvaise foi me semble ressortir de cet article.
Cela m’a d’ailleurs fait penser à la rubrique “Échos & ruades” et plus précisément à “Togoland” où est repris une phrase cité par Messac et sujette à interprétations. Suivant l’équipe du fanzine ou de Maurice Rasjfus, historien auteur de « De la victoire à la débâcle (juin 1919-juin 1940) » (Le Cherche Midi, 2000), le point de vue diffère nettement.
De quoi se poser des questions sur la personnalité de Régis Messac !

Heureusement que “Le Calme d’avant la tempête” de Guibert Lejeune vient éclairer les lecteurs qui, à mon image, connaîtraient très peu l’écrivain. Il décrit ce qu’est devenue la vie de Messac quand les pages des « Primaires » et autres supports lui ont été refusées. Par la suite est reprise une partie de sa correspondance avec son fils Ralph (“Coutances à l’heure allemande”). Un moment d’histoire très intéressant.

En couverture, le portrait de Victor Serge ramène à ses dénonciations de la montée de l’antisémitisme dans l’Europe de la fin des années 1930. Une chronique du recueil “L’extermination des Juifs de Varsovie” (Joseph K, 2007) permet d’en apprécier la justesse.

Si la partie rédactionnelle de « Quinzinzinzili » fait forte impression par son érudition, il est dommage que le traitement soit plus léger. La police employée n’est pas toujours très lisible (“La parole des lecteurs”), les nombreux renvois en bas de page ne le sont pas toujours sous le bon numéro et autres approximations...
Des détails à améliorer mais qui n’entachent pas la qualité globale et le niveau des articles de ce numéro de « Quinzinzinzili » axé sur la SF en France durant la seconde guerre mondiale.


Titre : Quinzinzinzili
Numéro : 33
Directeur de la publication : Pierre Lebedev
Rédacteur en chef : Olivier Messac
Couverture : portrait de Victor Serge par Hélène Chantemerle
Éditeur : Société des Amis de Régis Messac
Type : fanzine
Période : hiver 2017
Dépôt légal : janvier 2017
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 1960-8969
Format : A4
Pagination : 30 pages
Prix : 7€


Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
30 mars 2017






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