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Je voudrais être tué par une lycéenne (T1)
Usamaru Furuya
Delcourt-Tonkam

Haruto Higashiyama est un jeune professeur respecté par ses élèves du lycée Nitaka, un établissement particulièrement coté. Seulement, s’il a tant attendu pour être pris dans ce lycée, ce n’est pas vraiment pour l’amour de l’enseignement ou une passion pour l’histoire, la géographie ou l’éducation civique, ses matières de prédilections. Non en fait, Haruto se destinait plus à des études de psychologue clinicien. Toutefois, le jeune homme est également perverti par un désir malsain provoqué par la vue de jeune lycéenne... Attention, il n’a aucune envie d’avoir des relations sexuelles avec de jeunes mineurs. Non, son désir est bien différent mais tout aussi déviant : Haruto fantasme d’être tué par une lycéenne, étranglé dans un relent de haine viscérale. C’est ainsi qu’il a quitté une brillante carrière de psychologue pour devenir professeur et dans sa classe de seconde, il a trouvé l’élève parfaite, celle qui pourrait rendre réel son rêve : la belle Maho Sasaki.



Maho est une brillante élève de seconde du lycée Nikata. Elle est aussi d’une beauté parfaite, qui fait chavirer les cœurs de tous les garçons de son âge. Pourtant, elle est toujours restée très froide par rapport à ces nombreux prétendants. En fait, elle passe son temps avec son amie Aoi. Elle la connaît depuis le CM1 et partage avec elle des moments privilégiés. Il faut dire que Aoi n’est pas vraiment comme les autres. Souffrant du syndrome d’Asperger, la jeune autiste ne supporte pas la foule et ne peut rester en classe avec les autres élèves. Alors elle passe son temps à l’infirmerie, évitant la foule et trop de contact avec l’extérieur. Son autisme la rend franche et directe, souvent trop, disant sans prendre de gants ce qu’elle pense des gens. C’est certainement ce côté qui plait le plus à Maho. Elle a pourtant convaincu Aoi de la rejoindre dans le club d’étude des vestiges de Nikata. En fait, le club ne comprend que trois membres, le jeune Yukio complétant le duo féminin, et un président : le professeur Higashiyama...

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Usamaru Furuya est un auteur qui sort vraiment de l’ordinaire. Après des études artistiques complètes, allant de la peinture à la sculpture, diplômé des Beaux-Arts, il se lance dans le manga en 1994. Usamaru Furuya va alors s’attaquer à des genres très différents, avec souvent une petite pointe de fantastique. Le succès est au rendez-vous avec d’abord “Le Cercle des Suicides” ou “La Musique de Marie” chez Casterman. Il passe ensuite à un style plus grand public avec l’étonnant Tokyo Magnitude 8 chez Panini Manga ou encore un style plus trash avec le surprenant Litchi Hikari Club aux éditions Imho. Avec “Je voudrais être tué par une lycéenne”, le mangaka repart sur les traces de la perversion sous bien des formes.

En fait, tous ses personnages sortent de l’ordinaire par leur déviance, par la maladie ou tout simplement par l’incapacité de pouvoir aller au bout des choses. Evidemment, le cas de Haruto est au cœur de la série et donne son titre au manga. Car Haruto a le curieux et malsain fantasme de mourir tué par une lycéenne. Et plutôt que de comprendre et d’essayer de soigner son vice, il va au contraire chercher à tout mettre en place pour le réaliser. La structure du manga n’est pas linéaire mais nous présente l’histoire du point de vue des principaux personnages, les uns après les autres. Bien évidemment, tout commence avec Haruto. Le mangaka ne cherche pas trop à expliquer ni à justifier la perversion de son personnage. Toutefois, celle-ci est surtout dangereuse pour Haruto, qui se met dans des situations impensables, voire dégradantes car tentant de réaliser son rêve par la pensée tout en passant à l’acte lui-même. Mais ce n’est qu’un effet placebo qui ne peut remplacer son souhait d’être tué par Maho... car la jeune fille est devenue son fantasme fait de chair et d’os. Toutefois, sous ses couverts de jeune élève parfaite, Maho cache un terrible secret que je vous laisse découvrir, mais il est clair que les deux personnages auraient besoin d’un bon tour en asile psychiatrique.

Ce qui est paradoxale est que Aoi apparaît alors comme la plus saine d’esprit du groupe. En fait, son autisme la rend au contraire la plus perspicace du lot. Supérieurement intelligente, son asociabilité n’est pas due à la peur des autres mais des sons que ces autres créent dans sa tête. La jeune fille, atteinte d’Asperger, nous paraît parfois proche d’une télépathe qui s’ignore. Sa maladie la rend également franche, elle n’hésite pas à décrire les gens comme elle les voit et son jugement s’avère souvent très juste. Le trio s’achève avec Yukio, l’amoureux secret de Maho, qui va tout faire pour pouvoir rester près d’elle, quitte à bosser comme un fou pour entrer dans le même lycée très coté. Difficile de croire qu’un cancre puisse réussir un tel concours sans avoir de réel prédispositions. En fait, Yukio est un looser qui a simplement besoin d’un bon coup de pied aux fesses.

Et pour finir le tableau dans lequel va se dérouler un drame qui semble inévitable, nous trouvons la psychiatre, ex petite amie de Haruto et mutée dans le même lycée que son ex. Il se forme alors un des plus étranges et ambiguës triangle amoureux que l’on puisse imaginer, entre une jeune Maho amoureuse qu’un professeur qui rêve de la voir le tuer et l’ex petite amie qui n’a pas vraiment tiré un trait sur sa relation. Mais Usamaru Furuya nous réserve encore bien des surprises et cette série sort dès son premier tome de l’ordinaire pour ne pas dire des voies classiques. Sans surprise, le mangaka nous scotche également par la qualité de son dessin, très épuré côté décor pour ne pas dire, parfois d’une froideur digne d’un hôpital... psychiatrique... L’atmosphère est là et bien là, loin du glauque et sombre de Litchi Hikari Club, s’attachant particulièrement aux personnages et à leur psychologie. Le lecteur est quasiment témoin d’une forme d’analyse de Haruto qui se révèle à nous. Les traits des visages prennent alors une importance cruciale, en particulier pour Maho.

Sous ce titre un peu rébarbatif et une couverture peu avenante, il faut l’avouer se cache un manga noir, malsain à souhait, mais également passionnant qui se lit à une vitesse stupéfiante, presque inconsciemment. Oui l’année 2017 est d’une richesse incroyable et “Je voudrais être tué par une lycéenne” risque de la marquer fortement.


Je voudrais être tué par une lycéenne (T1)
- Auteur : Usamaru Furuya
- Traduction : Fabien Nabhan
- Éditeur : Delcourt-Tonkam
- Collection : Seinen
- Format : 128x182 mm
- Pagination : 224 pages
- Dépôt légal : 8 mars 2017
- Numéro ISBN : 978-2-7560-9569-1
- Prix public : 7,99 €


© Editions Delcourt - Tous droits réservés


Frédéric Leray
24 mars 2017






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