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Riku-Do, la rage aux poings (T1)
Toshimitsu Matsubara
Kaze seinen

Quand Tokorozawa pénétra chez Azami, il pensait devoir faire un recouvrement de dettes classique : tabasser juste ce qu’il faut pour rappeler qu’on ne rigole pas avec les échéances. Mais ce qui s’offre à son regard le laisse bouche bée : le corps d’Azumi est pendu au plafond alors que son gamin lui tape dessus comme sur un punching-ball. Juste retour à l’envoyeur comme on pourrait dire, car Azumi frappait son fils comme le montre à Tokorozawa les bleus sur le corps du gamin. Mais le recouvreur de dettes a vu quelque chose dans le regard du gamin, et pour bien lui faire entrer dans le crâne la petite leçon qu’il va lui donner, il lui montre ce qu’est un jab, un vrai ! Après la découverte du corps de son père, Riku se retrouve sous la tutelle de sa mère. Le garçon est prêt à tout pour qu’elle soit fière de lui et l’accepte chez elle. Mais cette dernière n’est qu’une vulgaire droguée notoire dont le fournisseur la baise comme paiement en nature. Et voir arriver Riku n’est pas pour lui faire des plus plaisir.



En cherchant à protéger sa mère, Riku provoque la colère de son dealer qui commence à le cogner, mais en découvrant le corps d’un enfant dans un sac plastique, Riku panique... juste un instant, le temps que son instinct de survie se mette en marche et que la petite leçon de boxe du yakuza lui revienne en tête, et alors comme dans un réflexe, il envoie un uppercut au menton du dealer qui s’écroule à ses pieds. Comprenant qu’il n’aura pas de seconde chance, Riku saisit un cendrier et fracasse le crâne du salaud qui a levé la main sur lui. Le garçon n’allait pas être envoyé en prison mais la police le met dans un centre pour jeunes difficiles. Toutefois, ce centre s’avère être la première maison où les gens accueillent Riku avec bonté. Le garçon garde alors autour de son coup les gants de boxe que le yakuza lui a offert à sa sortie d’hôpital. Pourquoi ce mafieux prend-il autant soin de lui ? En fait Tokorozawa n’en revient pas de la force que ce gamin a dans ses poings. Il pensait juste tester son coup de poings après lui avoir offert les gants pour comprendre comment il avait pu déconnecter le cerveau du dealer par un simple uppercut. Et le coup que lui envoie le gamin lui donne une réponse stupéfiante : ce gosse est un génie de la boxe.

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Il y a des histoires qui vous prennent aux tripes dès les premières images. C’est sans m’y être préparé que j’ai ouvert ce premier tome de “Riku-Do” et il est clair que j’ai reçu le genre de choc qu’on n’a que rarement. Je ne connaissais pas Toshimitsu Matsubara, ce qui n’était guère étonnant vu qu’il s’agit ici de sa première série. Et le sujet auquel s’attaque le mangaka est loin d’être simple : celui d’un enfant battu qui va trouver un exutoire dans la boxe, ou encore comment Ippo a fusionné avec Gewalt. L’histoire de Riku est terrible. Ce gamin va être témoin du suicide d’un père qui le battait, du viol d’une mère droguée et surtout il va commettre un meurtre pour sauver sa vie... Une vie détruite, ruinée alors qu’il n’est qu’à son aube. Et le comble de l’ironie est qu’il va trouver son salut dans la boxe grâce à l’intervention d’un yakuza, ancien champion de boxe. Avec un tel sujet, Toshimitsu Matsubara pouvait tomber dans un terrible piège selon la manière dont il allait aborder le gâchis de la vie de Riku. Et il faut bien avouer que ce dernier m’a totalement bluffé. Ne vous fiez pas au dessin de couverture, l’atmosphère est sombre, glauque, terrible. La violence suinte de chaque page, mais plus terrible encore, le mangaka ne va jamais vraiment sauver son héros, en tout cas, pas pour le moment. Et pourtant ce premier tome va nous plonger dans deux époques de la vie de Riku : son enfance de maltraitance et de morts, et son adolescence avec ses débuts comme boxeur pro.

Mais je vous en ai déjà beaucoup dit sur ce pauvre Riku et pourtant il vous en reste encore énormément à découvrir. Car la psychologie de Riku s’avère des plus complexes. Toshimitsu Matsubara ne va pas tomber dans la facilité d’un monde manichéen. Bien au contraire, Riku va évoluer d’une bien étrange façon mais avec toutefois un véritable objectif dans la vie qui sera évidemment en lien avec la boxe. Difficile de savoir si le mangaka va le faire virer façon Ippo ou façon Gewalt. Jusqu’où ira-t-il dans l’évolution de son héros ? Vers la lumière ou le côté obscur ? Et si le lecteur est tellement secoué par l’histoire, c’est aussi grâce au dessin d’un cruel réalisme et d’une force incroyable. Les personnages possèdent des traits parfaitement distincts et très détaillés. Le mangaka joue énormément sur les ombres, donnant plus de profondeurs et d’intensité à la violence de certaines scènes. Une violence crue sans concession, qui vous tord les tripes surtout quand Riku se fait agresser, ce qui sera souvent le cas dans la première partie. Comment un enfant peut-il survivre à un tel monde sans tomber lui-même dans la terrible sphère de la violence ? Seul Toshimitsu Matsubara possède actuellement la réponse mais une chose est sûre : on ne ressort pas indemne de la lecture de “Riku-Do”.

Rares sont les séries qui vous laissent une telle impression de puissance dès le premier tome. Mais une chose est sûre (oui encore) : “Riku-Do” est certainement la série la plus intense émotionnellement de ce début d’année. Incontournable pour un public averti.


pour public averti

Riku-Do, la rage aux poings (T1)
- Auteur : Toshimitsu Matsubara
- Traducteur  : Arnaud Delage
- Éditeur français : Kaze Manga
- Collection : Seinen
- Format : 127 x 182, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination  : 208 pages
- Date de parution : 8 février 2017
- Numéro ISBN  : 9782820328014
- Prix : 8,29€


RIKUDOU © 2014 by Toshimitsu Matsubara/SHUEISHA Inc.
© Edition Kaze Manga- Tous droits réservés


Frédéric Leray
15 mars 2017






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