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Proies faciles
Miguelanxo Prado
Rue de Sèvres

Après le somptueux “Ardalen”, c’est un grand plaisir de retrouver Miguelanxo Prado, cette fois sur un étonnant polar social.
Un polar car s’y multiplient les cadavres. Là le commercial d’une banque, ici un agent de caisse d’une autre banque, maintenant un directeur de... banque. Serial killer ? Action terroriste ? Pourquoi tous ces meurtres par empoisonnement ne touchent-ils que des professionnels de la banque ?

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L’inspectrice, Olga Tabares, et son adjoint, Sotillo, enquêtent et se rendent vite compte que des hommes, des femmes, à des âges différents, mais jamais au même poste, jamais dans la même banque, sont visés. Le ou les tueurs semblent vouloir réaliser le plein en s’appuyant sur chaque poste d’un organigramme de banque !
Curieux et somme toute inquiétant car alors, il y a encore des victimes à venir. Mais où et quand ?
Nous sommes en Espagne, en 2014, les traces de la crise qui a balayé tant de petits épargnants dans le scandale des actions préférentielles sont encore de sinistre mémoire.

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Nous voilà arrivés au caractère social de cette excellente BD. Car Prado a eu l’idée originale d’imaginer la vengeance de ces « proies faciles » que sont les petits retraités pour la toute puissance des banques. Merci d’avoir épargné toute votre vie, au-revoir Messieurs-Dames et désolé pour vos économies. La suffisance, l’arrogance, l’injustice, lorsqu’elles deviennent insupportables accouchent de suicides. Ce sont les deux premiers morts de cette histoire, deux petits vieux trop désemparés devant la saisie de tous leurs biens. Ensuite, tout ne sera qu’une question de vengeance, totalement improbable et inconcevable pour les deux enquêteurs. Mais tellement jubilatoire.
Prado explique en introduction comment « la stratégie commerciale du système bancaire avait initié, en connivence avec le toujours très propre et très moral secteur immobilier, une orgie d’hypothèques et d’emprunts « open bar », finissant son œuvre par ces actions préférentielles, titres préférentiels, dette subordonnée, dette structurée, clauses plancher, pour se servir une grosse tranche des biens de tous ceux qui ont des revenus minimes... ».

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De son dessin plein et généreux, Prado conte une triste histoire des temps modernes, dans des tonalités sombres, de ce noir et blanc crayeux qui porte admirablement cette sinistre histoire. Sans chercher à faire de morale ou à défendre ces crimes vengeurs, Prado passe intelligemment le message qu’on ne peut pas continuer à voler les gens comme l’ont fait tant de banques avec leurs courses aux profits dans des actifs toxiques. Parce que ces dernières se sont refaites avec l’aide d’états bienveillants et qu’elles sont déjà prêtes à recommencer. Elles peuvent tout se permettre, ruiner les gens et se payer de leurs maisons et de leurs économies d’une vie. Avec un beau pied de nez final, il réussit à faire de ses meurtriers les héros des petites gens et à convaincre même les policiers que, non, ces gens-là ne méritent pas d’être punis.

“Proies faciles” est un polar atypique fort réussi, qu’il fallait oser mettre en place pour redonner leur honneur à ceux que les spéculateurs de tout crin écrabouillent dédaigneusement.

J’aime finalement beaucoup cette étrange forme de morale de ce récit et je pense que beaucoup y adhèreront. Un polar étonnant et un livre, malgré les nombreux meurtres, formidablement humain.


Proies faciles
- Scénario et desson : Miguelanxo Prado
- Éditeur : [Rue de Sèvres>http://www.editions-ruedesevres.fr/]
- Pagination : 96 pages couleurs
- Format : 24 x 32 cm
- Dépôt légal : 11 janvier 2017
- Numéro ISBN : 9782369810261
- Prix public : 18 €


Illustrations © Miguelanxo Prado et Éditions Rue de Sèvres (2017)


Fabrice Leduc
24 février 2017






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Recherche pour le personnage d’Olga



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Recherche pour le personnage d’Andres Vilar



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