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Scorpion Rules (The), tome 1
Erin Bow
Lumen, roman traduit de l’anglais (USA), dystopie, 407 pages, avril 2016, 15€

Quand les Humains ont bien fini de détruire leur planète, entre les guerres et les désastres écologiques, ils en ont confié la gestion à une super I.A. de l’ONU, Talis. Qui a commencé par bombarder les grandes villes : un électrochoc indispensable et salutaire. Puis Talis a réclamé que chaque dirigeant laisse son héritier en otage. En cas de conflit, les enfants de l’attaquant et de l’attaqué sont exécutés. « Faire de la guerre une affaire personnelle » tel est le principe de Talis. Qu’à l’image de deux scorpions s’affrontant, chacun pèse bien ce qu’il a à perdre dans le combat avant de s’y engager...
Quelques siècles plus tard, dans le Préceptorat quatre, monastère où les otages, les « Enfants de la Paix » sont éduqués par les robots de Talis, Greta, héritière de la confédération panpolaire (en gros le Canada), bientôt majeure, bientôt libre, voit avec crainte les conflits couver dans les anciens USA. C’est un de ses camarades qui est finalement exécuté, et quelques heures plus tard, arrive Elian, le petit-fils de la dirigeante du Cumberland, le nouveau pays formé par cette guerre, frontalier avec celui de Greta, et suffisamment belliqueux pour que la jeune femme se fasse du souci. De plus, l’attitude rebelle du bel Elian ne lui simplifie pas les choses...



Il y a de très bonnes choses dans « The Scorpion Rules », et quelques-unes un peu moins. Commençons par là.
Roman Young Adult, le livre souffre de parti-pris rédactionnels (je ne dis pas « défauts d’écriture », hein) récurrents dans le paysage éditorial actuel. Les descriptions sont assez rares : je suis par exemple incapable de vous dire la couleur de cheveux de Greta, et les 4 fois en 400 pages où elle évoque ses taches de rousseur m’ont convaincu qu’elle devait être rousse. Lors du passage où elle se coupe les cheveux, ce n’est même pas reprécisé. Idem de leur Préceptorat, ou des robots-surveillants, le Père Abbé en première ligne, auxquels on peinera à se figurer la forme, une bribe par-ci, une autre par là (certains sont arachnoïdes, leur taille varie, l’Abbé à des doigts, un écran-visage)
Bref, c’est le flou total. N’en seraient quelques détails hyper-technologiques nécessaires à l’intrigue, on pourrait très bien être dans de la fantasy.
Car finalement, de quoi s’agit-il ? De sept ados otages, élevés dans un couvent, éduqués dans une optique de paix, mais avec cette épée de Damoclès que certains mourront en ces murs du fait des choix de leurs parents.

La réponse de Talis aux guerres peut sembler caricaturale, mais le propos est cependant bien développé par Erin Bow : éduquer la nouvelle génération, peut-être créer des liens entre eux, pour garantir la paix future. Mais faire peser sur cet espoir les faiblesses de leurs parents... pour moi ça coince un peu. Et on le voit vite avec la grand-mère d’Elian, qui semble prête à sacrifier son petit-fils (qu’elle ne connaissait pas trop) pour arriver à ses fins (qui sont d’extorquer les réserves d’eau potable au pays voisin). Quand Talis bombarde une ville du Cumberland pour dire stop, vous allez trop loin, c’est moins la perte de 300.000 citoyens qui la retient que la promesse faite à sa fille de lui ramener son enfant vivant... Belle image des politiques, non ? Heureusement que Greta va relever le niveau.

Bref, comme hélas dans de nombreux romans YA ces temps-ci, il faut savoir faire abstraction de quelques grosses ficelles et d’un peu de logique pour se concentrer sur le reste, pour le coup plutôt bien traité.
J’ai déjà beaucoup aimé le principe de faire vivre les otages en autarcie. Le programme de Talis de faire travailler de leurs mains, dans les potagers et les ateliers, les futurs dirigeants du monde. Le mélange des tranches d’âge, l’émulation, la force du groupe, bousculée par la mort de Sidney et l’arrivée du remuant Elian.
Le triangle amoureux, quasi inévitable, est très bien traité, avec beaucoup de sensibilité et de réalisme, renforcé par la narration à la première personne et les œillères de Greta.

Dans « The Scorpion Rules », ainsi que le prédit Elian, on voit un dirigeant refuser la dictature séculaire de Talis et tenter d’explorer une faille : Wilma Armenteros, la grand-mère d’Elian, attaque le Préceporat, pour empêcher Talis d’exécuter ses otages et lui ôter son moyen de pression (qui, je le redis, n’est pas infaillible, comme on le voit dès le premier chapitre). L’IA débarque donc sur place pour régler le problème. Erin Bow a une très bonne idée en faisant de ce personnage quasi-divin un être très ambivalent, un peu fou à force de solitude, souvent cruel, au discours cynique et bourré d’humour noir, une sorte de Joker dont on apprécierait les pitreries si, encore une fois, il n’était pas capable de vous tuer d’un claquement de doigts.

La notion de sacrifice est, vous l’avez compris, au cœur de ce premier tome, et le choix de Greta, un vrai choix de vraie reine, sera lourd de conséquences, surtout dans ce moment charnière de la vie où l’on a à peine découvert des choses qu’elle se prépare à les perdre définitivement, même dans cette troisième voie qu’elle emprunte, dont je ne vous dis rien pour l’instant et que l’auteur approfondit dans le second volet de son diptyque, « Prisoners of Peace ».

« The Scorpion Rules », à défaut d’être un grand roman, est une bonne histoire, riches en sentiments et en action, qui gagnerait à plus d’ancrage visuel, comme une BD ou une série TV peuvent en offrir. Il n’en reste pas moins agréable à lire, et les questionnements soulevés par son intrigue sauront interpeller les ados et jeunes adultes.
Avis à suivre donc sous peu avec « Prisoners of Peace ».


Titre : The Scorpion Rules (The scorpion rules, 2015)
Série : The scorpion rules, tome 1/2
Auteur : Erin Bow
Traduction de l’anglais (USA) : Jean-Baptiste Bernet
Couverture : (non crédité)
Éditeur : Lumen
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 407
Format (en cm) : 23 x 14 x 3,7
Dépôt légal : avril 2016
ISBN : 9782371020634
Prix : 15 €


Tome 1 : The Scorpions rules
Tome 2 : Prisoners of peace


Nicolas Soffray
18 février 2017






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