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Phénix n° 59
Séma Editions
Revue, n°59, nouvelles - articles - entretiens - critiques, novembre 2016, 340 pages, 18€

Retrouvant son format papier, la revue belge « Phénix » vient, tout naturellement, de renaître de ses cendres. J’aime bien les revues qui ont la peau dure et la capacité de se relever, même si, dans le cas qui nous occupe, un site web s’y était substitué, maintenant vivante la flamme.



Pour cette renaissance, pas moins de 340 pages attendent le lecteur. Nous avons donc la quantité, mais la qualité est-elle à la hauteur de l’événement ?
Deux dossiers assez imposants donnent le ton, clairement orienté fantastique, consacrés à Frédéric Livyns et Graham Masterton. Cela tombe bien, n’ayant jamais rien lu de ces auteurs, ma curiosité est éveillée.

Concoctée par Denis Labbé, la partie consacrée à Frédéric Lyvins comporte une lecture critique d’un de ses livres, dont il faut deviner le titre et un entretien avec l’auteur, le tout signé Anne Ledieu. Manon Decroly se penche elle sur un ouvrage jeunesse de F. Lyvins et Emmanuel Delporte sur « Sutures ». Ces chroniques sont clairement écrites par des inconditionnels de Frédéric Lyvins qui parent son œuvre de bien des vertus. Il convient donc de les aborder avec un certain détachement.
Christophe Collins livre ensuite une nouvelle écrite « à la manière de... » plutôt bien construite et ouvrant sur d’autres histoires potentielles. Enfin deux textes de Frédéric Lyvins viennent couronner ce dossier. “Les frémissements de ta chair” est bien mené et débouche logiquement sur l’horreur. “Symphonie roumaine” d’une facture classique, est agréable à lire et l’inquiétude est habilement distillée dans ce « remake » de « Dracula ». Examen réussi pour ma part en ce qui concerne cet auteur.

Le second volet de ce numéro de « Phénix » est donc consacré à Graham Masterton, sous la houlette de Frédéric Lyvins. J’avais bien relevé ici ou là des allusions à Graham Masterton, ne serait-ce qu’en entendant parler du prix éponyme, mais j’ignorais que ce monsieur était à la tête d’une production considérable qui s’étend du livre d’éducation sexuelle au polar. À en croire les différents intervenants de ce dossier, Graham Masterton serait de l’étoffe dont on fait les Stephen King. Mea culpa donc, je confesse ici mon ignorance de son œuvre. Après une brève introduction, nous partageons un entretien de l’auteur qui décrit une carrière dont on peut affirmer pour le moins qu’elle est copieuse et diversifiée. Je n’ai pas vraiment accroché avec les études signées Christophe Rousselier, assez assommantes à mon goût. Franck Boulègue souligne lui le peu d’adaptations cinématographiques des romans de Masterton, versus Stephen King. Enfin la meilleure partie de cette étude est livrée avec l’interview de Valérie Dufourd, créatrice de la page facebook des fans de Masterton et dont la passion transparaît dans les propos.
Christophe Collins remet ici le couvert avec un nouveau texte « à la manière de... » : “Yo So God !” Fantastique et porno s’unissent pour emporter le personnage principal dans une impitoyable descente aux enfers. Je ne connaissais pas Christophe Collins et je dois reconnaître que les deux nouvelles qu’il propose dans ce numéro sont plutôt réussies.
Place au maître ensuite avec “Observateur”. Cette nouvelle m’a soulevé le cœur, tout simplement. Il y a des gens qu’il vaut mieux ne pas regarder... Comment peut-on écrire de telles monstruosités ? Si toute l’œuvre de Masterton est de cet acabit, cela promet ! “Au rythme des ténèbres” est d’un abord moins vertigineux, plus classique quoique bien ficelé. Bon, c’est décidé, je lirai un bouquin de Masterton.
Ces deux dossiers sont complétés par des encarts parfaitement illisibles, noirs sur fonds gris et où s’expriment divers amateurs de nos deux auteurs.

La dernière partie de « Phénix » nous propose cinq nouvelles d’auteurs français. Marc Bailly (le rédacteur en chef) n’aurait-il plus de nouvelles d’écrivains belges en stock ? “Magic Queen of Depression” de Jess Kaan raconte les tourments d’un paumé possédé par des démones. Il se livre ainsi à quelques excès plutôt répréhensibles. C’est bien amené, en particulier la description de toute une faune misérable que l’on ne veut pas voir.
“L’archiviste” d’Emmanuel Delporte nous emporte lui au cœur des tourments d’un homme qui consacre sa vie aux livres, qui s’y consacre même un petit peu trop. Bien vu.
Je me demande encore ce que fait “Papa, maman, l’inceste et moi” de Sophie Dabat dans une revue de SFFF. L’histoire est inspirée semble-t-il d’un fait réel et est parfaitement abominable, mais nous sommes en présence de littérature blanche. L’écriture en est implacable car brillante et, là aussi la nausée n’est pas loin.
L’argument de l’histoire de Pierre Brulhet, “Le survivant” m’a semblé peu convaincant. L’horreur est aux abonnés absents en raison du manque de crédibilité de celle-ci.
“Underground” de Gulzar Joby est un texte pour le moins particulier, sorte d’« Alice au pays des merveille » revisité. Il ne faut pas chercher à comprendre l’histoire, un rien embrouillée, mais simplement goûter aux images évoquées dans ce récit onirique.

Pour sa renaissance, « Phénix » propose donc un numéro copieux, placé sous le signe du fantastique. Espérons qu’il sera suivi de bien d’autres.


Titre : Phénix
Numéro : 59
Rédacteur en chef : Marc Bailly
Éditeur : Séma Editions
Couverture : Christophe Huet
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques, entretien...
Site Internet : le numéro 59 sur le site de l’éditeur
Dépôt légal : novembre 2016
Périodicité : non indiquée.
Format : 14,5 x 21 cm
Pages : 338
ISBN : 978-2-930880-18-1
Prix public : 18€



Didier Reboussin
3 février 2017






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