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Temps des Sauvages (Le)
Sébastien Goethals
Futuropolis

Voilà un titre étonnant, s’inscrivant dans les marges du polar, ou plutôt d’un thriller nimbé d’une anticipation légère mais au fort impact, avec quelques franges fantastiques et un regard critique sur une société consumériste déshumanisée et hyper technologique. Ou quand la génétique produit d’étranges croisements entre l’homme et l’animal, alors que la ville devient un terrain de vie où seuls les plus forts sont admis.

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Une meute de loups sauvage et solidaire, une commerciale agressive, une loutre joueuse, intelligente, mais plutôt solitaire, un jeune homme spécialiste de la sécurité dans un centre commercial et un fait divers, aussi malheureux que misérable, qui va tout faire déraper.



“Le Temps des sauvages” est celui d’une humanité qui a voulu s’améliorer, accordant au génie génétique le droit de mettre au monde des fratries d’hommes-loups dans un monde où la sécurité de l’emploi est à un niveau en dessous de zéro et où le cynisme est la meilleure carte pour grimper des échelons.
Pas vraiment différent d’aujourd’hui me direz-vous ? Mais si, car l’accentuation est féroce, la vie de l’un, de l’autre, n’est plus que fétu de paille à brûler... et on peut le faire à l’arme lourde, en déchirant la chair de crocs effrayants ou en licenciant en traquant la faute de l’œil sournois de la caméra... de sécurité.

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Et alors, mes loups, ma loutre et mon spécialiste de la sécurité ? Ils n’ont rien en commun, sauf ce fait divers déprimant, la mort d’une mère lors d’un entretien de licenciement dans un centre commercial... un regrettable dommage collatéral dira la direction ! C’est le moment où Jean va devoir se mettre à courir très vite s’il veut éviter la vengeance de la meute. La loutre, elle, observe, décrypte et cherche à s’opposer au massacre annoncé. La commerciale est embarquée malgré elle par les loups, son caractère autoritaire et peu scrupuleux les subjugue. Ici, les personnages sont improbables, la vie ou la survie ne sont que combat dans un monde amnésique, oublieux qu’il est de son humanité.

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Mais ne croyez pas que cette histoire, adaptation du roman de Thomas Gunzig, “Manuel de survie à l’usage des incapables”, en soit dénuée. Non, car justement, si cette énorme cocotte minute prête à exploser que dépeint Sébastien Goethals va engendrer des monstres, elle va aussi ouvrir de nouvelles formes de pensée et même d’évolution à des êtres qui ne les attendaient pas, qui ne les auraient pas cherchées sans le drame.

Armé de son dessin fin, élégant et précis, Goethals s’empare de cette satire violente de notre société consumériste et délivre un long thriller social et sauvage où il joue l’équilibriste sur un fil tendu entre les sentiments les plus exacerbés qui relient la passion au désir de vengeance. Il s’intéresse avant tout aux personnages, à leurs relations et au rythme intense qui noue son récit. Plutôt que d’avancer entre noir et blanc, il pare ses pages d’ambiances grises légèrement bleutées ou d’un marron plus ou moins dense selon l’action qui se déroule. Il pousse délicatement le curseur pour poser lumières et ombres sur cette longue et fascinante course-poursuite qui marque la mort ou le renouveau pour de nombreux personnages.

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Si “Le Temps des sauvages” est arrivé, Sébastien Goethals propose une échappatoire pour ceux qui voudraient s’en échapper. Il délivre un roman graphique furieux, violent, cynique qui est une vraie réussite, non dénué d’humour ni de poésie, nous laissant avec même quelques notes d’espoir. C’est absolument à découvrir, pour l’histoire originale et pour le travail graphique remarquable réalisé sur 272 pages captivantes.


Le Temps des sauvages
- Scénario : Sébastien Goethals
- Daprès le roman de : Thomas Gunzig
- Dessin et couleurs : Sébastien Goethals
- Éditeur : Futuropolis
- Pagination : 272 pages couleurs
- Format : 19,5 x 26,5 cm
- Dépôt légal : 13 octobre 2016
- Numéro ISBN : 9782754815529
- Prix public : 26 €


Illustrations © Sébastien Goethals et Éditions Futuropolis (2016)


Fabrice Leduc
16 janvier 2017






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