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Power Club, tome 1 : l’Apprentissage
Alain Gagnol
Syros, Hors série, roman (France), super-héros, 500 pages janvier 2017, 17,95€

Futur proche. Une technologie nouvelle de nanomachines, les boosters, permet à une poignée de gosses de riches d’acquérir des superpouvoirs : ils deviennent invulnérables, peuvent voler, soulever des voitures, défoncer les murs...
Pour ses 17 ans, la timide Anna Granville reçoit en cadeau son entrée au Power Club. Mais derrière la façade des quelques jeunes adultes adulés du monde entier se dresse, massive, une société privée ultra-cadrée bardée d’avocats. Avant de devenir une super-héroïne, Anna doit signer un contrat, s’engageant notamment à rendre ses pouvoirs à 25 ans, le corps humain ne supportant pas plus longtemps un tel déferlement de puissance. Les sponsors de luxe font les yeux doux à la jeune Parisienne.
Très vite, les rêves de justice d’Anna se heurtent à la réalité : l’immaturité des autres membres, leur hyper-peopleisation encouragée par le Club (qui touche 50% de leurs contrats)... Sa rencontre avec Aaron, un journaliste indépendant, qui souhaite plus de transparence sur le Power Club, va la pousser à s’interroger sur ses nouveaux pouvoirs et leur véritable coût.



Je dis chapeau. Et merci.
Merci à Alain Gagnol, que je ne connaissais que comme réalisateur d’excellents films d’animation (« Une vie de chat », « Phantom boy »), mais qui écrit aussi du roman noir. Il réussit ici un hommage magnifique aux comics qui ont bercé son enfance, et brosse un tableau sans concession de notre société (et de l’influence américaine, patrie des comics) et de ses dérives.

Aux super-héros d’autrefois, qui acquéraient leur(s) pouvoir(s) accidentellement, et décidaient de les mettre au service de la bonne cause, il oppose, dans un futur relativement proche, une hypothèse très crédible : la biotechnologie a fait de gros progrès, et les superpouvoirs sont à portée de chèque des ultra-riches. Des gosses de riches. De jeunes gens pas foncièrement mauvais (Anna en est la meilleure preuve) mais déjà déconnectés d’une certaine réalité, et qui vont s’en éloigner encore plus, pour se rapprocher des dieux. Leur petit nombre tout comme leurs capacités en font des idoles rêvées, et la société s’en empare évidemment : le monde au sens large, et la société Power Club (c) en particulier, vendant ses poulains à de multiples sponsors et touchant la moitié de leurs gains. Très vite, comme le constate Anna, les super-héros du Power Club se comportent davantage comme des people, louant leur image, que comme des justiciers investis d’une mission. Les interventions aux côtés de la police sont d’ailleurs autant d’occasions de se montrer accomplissant un exploit d’un véritable acte de bravoure.

Dans ce petit groupe hétéroclite mais peu pensant, on trouve des profils variés, du boy-scout qui se croit chef de la Ligue de Justice (sans les collants rouge et bleu), au vantard gaffeur très premier degré. Les quelques filles jouent bien sûr de leur physique de rêve, amplifié par leur statut de super. Anna, qui s’estime insipide, voit et ressent son apparence se modifier, pas physiquement, mais dans les yeux des gens. Et sur les affiches retouchées de ses sponsors.
Mais le réel apport d’Anna dans le groupe, c’est bien sûr cette ouverture d’esprit, cette fraîcheur, cette naïveté qui manque à ces jeunes gens riches, célèbres et surpuissants, principalement les Américains. Les autres (un Anglais et un Russe, le cas de l’Italienne est un peu à part) seront les premiers à se désolidariser du groupe au contact de la Parisienne, à remettre en question la ligne de conduite établie par le Club.

Un autre événement a lieu à l’arrivée d’Anna : un des membres est retrouvé mort. Durant sa convalescence post-boostage, Anna et sa copine Lisa surprennent une conversation des avocats du Club : la mort d’un super est inexplicable au grand public, et ils comptent bien dissimuler la vérité, qu’ils soupçonnent. Tout sera affaire de communication, un domaine dans lequel ils excellent.
Cette mort suspecte ébranle les jeunes du Club, et malgré l’euphorie de ses nouveaux pouvoirs, Anna va chercher à faire la lumière sur cette affaire, de plus en plus convaincue par les arguments d’Aaron.
Mais les choses vont s’emballer, bien sûr. Et on ne laisse pas une gamine de 17 ans mettre son petit nez dans les secret d’une entreprise fort juteuse... Et pour Anna, plane en permanence la menace de lui retirer des pouvoirs auxquels elle vient juste de goûter.

Le ton est juste, la narration à la première personne immédiatement immersive, le découpage en courts chapitres au rythme soutenu très addictif. On a du mal à poser le livre, même dans les passages « obligés » d’apprentissage des pouvoirs, qui donnent beaucoup de réalisme à l’expérience vécue par Anna.
Ce premier tome ne m’aura duré que deux soirées, et après une fin de haute volée (sans jeu de mots) et une conclusion néanmoins attendue, je me languis déjà de la suite, prévue pour cet été.

L’année ne fait que commencer, et elle commence très bien.


Titre : L’apprentissage
Série : Power Club, tome 1/3
Auteur : Alain Gagnol
Couverture : (photomontage)
Éditeur : Syros
Collection : Hors série, dirigée par Denis Guiot
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 500
Format (en cm) : 15,5 x 22,5 x 4
Dépôt légal : janvier 2017
ISBN : 9782748521504
Prix : 17,95 €



Nicolas Soffray
5 janvier 2017






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