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Solaris n°200
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°200, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, automne 2016, 240 pages, 15,95$ CAD

« Solaris » atteint l’âge de 200 numéros ! Pour marquer cette belle longévité, cette nouvelle livraison s’affranchit des 160 pages habituelles au profit de 240, dont 210 consacrées aux seules nouvelles.
Les neuf auteurs au sommaire se sont tous inspirés d’une illustration de couverture d’un ancien « Solaris ». Pour certains, le lien saute aux yeux, alors que pour d’autres, il faut chercher l’affiliation.



Éric Gauthier réussit brillamment le challenge, car “Au bout du couloir” nous ramène d’emblée au « Solaris 191 ». La silhouette évanescente de cette femme aux deux chiens hante ce texte placé dans l’univers du roman « Montréel » de l’auteur. L’étrange est admis, est étudié, mais attention à ne pas aller trop loin... Texte subtil à l’atmosphère dérangeante et qui donne littéralement vie à la vision de départ.

“Fata Morgana” est surtout intrigant par son contexte : des militaires sont coincés à bord d’un bergship après la troisième guerre mondiale. Harline espère que les siens ont survécu et dans l’attente de le savoir, elle trompe l’ennui comme elle peut. J’ai dû chercher un moment pour comprendre que la référence à la couverture du numéro 135 se situe là ! J’ai plus adhéré au cadre qu’à l’histoire imaginée par Ariane Gélinas qui ne m’a pas vraiment emballé.
Yves Meynard concilie parfaitement les deux. Dolorian est guetteur, il observe le désert pour détecter toute menace pour la ville de Kurave. Quand il est le premier à voir le danger se profilant à l’horizon, son cœur s’emballe. La tension monte doucement, Dolorian partage ses attentes avec les lecteurs, puis tout s’accélère avec l’arrivée d’un groupe de mercenaires. L’auteur va d’ailleurs plus loin qu’escompté de prime abord et “Le guerrier aveugle” s’affranchit des genres de belle manière et pour le meilleur.

La ville de Laval monte un dôme pour se protéger des effets du réchauffement. Cette construction pour s’isoler n’a rien d’innocent, car la cité demande son indépendance, chose inacceptable pour le Québec qui envoie un espion sur place.
Hugues Morin décrit bien une société à deux vitesses, opposant en quelque sorte le moderne à l’ancien. Alors que le premier innove pour préserver le confort de vie de nantis, le second tombe en déliquescence. L’auteur fait preuve d’une spéculation à court terme plutôt bien vue, car il dénonce la fracture sociale grandissante, le chacun pour soi à un échelle beaucoup plus grande. Un futur à notre porte, ce qui rend “Tous à Laval !” d’autant plus effrayant.

Francine Pelletier nous transporte sur la planète Novalliance où l’exploration d’un gouffre met l’équipe scientifique en émoi. Que signifie ce “200” sur la paroi ? Le récit est très prenant, car il est intéressant de suivre toute la chaîne d’événements découlant de cette découverte. Comme c’est une femme qui est mise à contribution pour comprendre en allant plus loin dans l’inspection du gouffre, le facteur humain est partie prenante de l’histoire bien ficelée.

Daniel Sernine livre “Le masque et le châle”, un texte fantastique. La mécanique de la nouvelle s’avère redoutable. En compagnie de deux adolescents, une fille à la poitrine qui en fait fantasmer plus d’un, et le seul garçon qui peut-être y reste indifférent, le lecteur assiste à un glissement de la réalité dans les caves de leur immeuble. Daniel Sernine sait parfaitement distiller l’angoisse, la faire monter l’air de rien jusqu’au final. Un texte marquant !

Mario Tessier signe aussi bien la nouvelle “Les livres sacrés de Saint-Mateur” que l’article “Reconstruisez la civilisation vous-même”. J’avoue n’avoir pas du tout accroché à la croisade motivée par les Saintes Écritures à l’origine somme toute prévisible, mais il y a de l’idée.
Le sujet des “Carnets du futurible” a nettement plus éveillé mon intérêt. Si la civilisation s’effondrait, que faudrait-il aux survivants pour la restaurer ? J’ai beaucoup aimé le passage autobiographique qui nous met dans la confidence et crée d’emblée un certain lien entre le rédacteur et le lecteur. En plus, qui sait... Ce numéro de « Solaris » est à garder sous le coude au cas où...

“L’arracheur de langues”, voilà qui donne le ton ! Pourquoi s’attaquer à cet organe ? Cette mutilation est-elle symbolique ? Quel sens requiert-elle ? Jean-Louis Trudel a écrit une nouvelle intrigante à l’action omniprésente. Le coupable a de quoi surprendre et amène ce petit plus qui emporte l’adhésion. Et comme l’histoire est prenante, voilà une des nombreuses valeurs sûres au sommaire.

“Le printemps de Krijka” achève ce numéro en apothéose. Les cinquante pages se lisent d’une traite, plusieurs thèmes comme les difficiles relations entre un père et une fille, la recherche de la connaissance au risque de sa vie ou encore une rencontre avec une intelligence extraterrestre sont abordés. L’ensemble est passionnant tout du long et ce qui ne gâche rien, intelligent. Élisabeth Vonarburg séduit par son imaginaire et nous laisse des images plein la tête.

Pour ce numéro 200, « Solaris » a fait les choses en grand, augmentant sa pagination de moitié et la qualité est au rendez-vous avec une grande majorité d’auteurs inspirés. C’était aussi une bonne occasion de remettre d’anciens opus sur le devant de la scène avec la contrainte de s’inspirer d’anciennes illustrations de couverture.


Titre : Solaris
Numéro : 200
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Laurine Spehner
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 200 
Période : automne 2016
Périodicité : trimestriel
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 240
Prix : 15,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen@yozone.fr


François Schnebelen
10 janvier 2017






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