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Gandahar Hors-série III
Une publication de l’association Gandahar
Revue, Hors-série 3, SF - fantastique - fantasy, nouvelles, septembre 2016, 126 pages, 8€

Les vieux de la vieille se souviennent qu’il y eut au milieu des années 70 un fanzine du nom de « Gandahar », plutôt de bonne facture. Quarante ans plus tard, ce second clin d’œil à l’œuvre de Jean-Pierre Andrevon se présente sous une allure très professionnelle, soigneusement imprimé et mis en page.



Ce hors-série n°3 – Yozone a salué le précédent consacré à Nathalie Henneberg – nous propose une sélection de nouvelles écrites en majorité par les auteurs qui ont participé aux Aventuriales.

Brice Tarvel ouvre le ban avec un texte un peu déjanté mais bien mené : “Konnor et Cassie au fond des mers”. Deux routards basculent de leur univers précaire vers un monde sous-marin tout à fait inattendu. L’auteur réalise une petite prouesse pour parvenir à faire partager leur aventure sans que le lecteur freine des quatre fers, ou si peu.
Luce Basseterre embraye avec “La chevauchée”. J’ai déjà eu l’occasion de dire tout le bien que je pensais des textes de cette auteure parus dans d’autres revues, et je maintiens mon avis avec celui-ci. L’évocation d’un monde post-apocalyptique (?) très particulier, en demi-teinte est juste, et le brin de fantastique apporté par la route mouvante est judicieux. Seul bémol à cette histoire, la fin, car on ne peut pas véritablement parler de chute.
Laurent Genefort avec “Accident prévisible” nous entraîne dans un futur où le Sahara a été mis en culture, en chassant ainsi les tribus qui le peuplaient et bouleversant leurs modes de vie. Celles-ci pensent à leur revanche... Il y a un foisonnement d’idées et beaucoup d’ambition dans ce texte malheureusement contraint par ses dimensions.

Jean-Pierre Fontana lui verse dans le fantastique avec “La collectionneuse”, une histoire qui pas à pas tourne au cauchemar. Saisissant !
Dominique Lémuri nous gratifie également d’une histoire fantastique avec “Fers et talons” qui raconte les mésaventures d’une danseuse envoûtée par des chaussures diaboliques. Sur ce thème assez peu évident, nous pénétrons dans l’univers tourmenté des personnages principaux et l’auteure réalise, malgré la difficulté qu’elle s’est imposée, le tour de force de donner de la cohérence et de la tension à son récit.
Pierre Gévart nous emmène quelque part dans les étoiles, sur Diluba 2. Le dépaysement est au rendez-vous avec “Le Félix Bar”, une histoire astucieuse de clone, presque à usage unique.
“Économies d’énergie” de Bernard Sigaud est un texte hermétique qui plaira sans doute à tous les amateurs de récits disons, déstructurés.

“Au-delà du Val Sombre” est une belle performance. Je ne suis pas un fana de fantasy, mais j’avoue avoir été ici assez surpris. Dévoiler la teneur de cette histoire signée Marlène Charine nuirait à son efficacité qui tient tout entière dans sa chute. Une auteure à suivre.
Nous restons dans la fantasy avec Sara Pintado qui nous propose de partager les tourments d’un roi trahi et vaincu, victime d’un envoûtement dans “Golem”. C’est bien mené, et je pensais que l’on se dirigerait vers un épisode de vengeance finale, mais l’auteure n’a pas choisi la facilité, ce qui donne une certaine originalité à son texte.

Jean-Luc Marcastel, sur un registre très différent, nous propose avec “Nouvelle Ève” de vivre la fin de l’humanité, décimée par une invasion d’extraterrestres mi-insectes, mi-machines. À partir de cette base classique, l’auteur nous entraîne avec le dernier homme au secours de la dernière femme, prisonnière des monstres. Il parviendra jusqu’à elle, mais une petite surprise l’y attendra. Belle démonstration avec ce texte qui parvient à donner une nouvelle jeunesse à un thème usé jusqu’à la corde.
Retour au fantastique avec Bruno Pochesci qui nous livre “Dosta”, une histoire de vampire un peu particulière. Certes, on y retrouve Dracula, mais celui-ci, ayant eu la mauvaise idée de s’exposer aux radiations de Tchernobyl, ne supporte plus l’obscurité et doit donc demeurer en pleine lumière sous peine de se liquéfier. Ajoutons là-dessus que sa gloire est en berne, qu’il ne semble pas au mieux de sa forme puisqu’il en est réduit à mener une existence de banlieusard à Pantin. Il traîne dans le métro (Parisiens, méfiez-vous de la ligne 5) et va prendre la défense – intéressée – d’une Rom et de son fils. À partir de tous ces éléments vous avez les ingrédients d’une grinçante et savoureuse lecture. Rien n’est innocent bien sûr dans ce texte qui est prétexte à dénoncer - sous couvert d’humour - des comportements insupportables car devenus banals.
Jeanne-A Debats avec “L’Impératrice” livre un texte où se conjuguent sensualité et mysticisme.
Jean-Pierre Andrevon conclut ce recueil avec “La course vers la mer”, un petit exploit où des maisons régatent pour atteindre une plage. Tout simplement renversant !

Sous une belle couverture signée Christophe Vacher, ce troisième hors-série de la revue « Gandahar » offre ainsi à ses lecteurs un panorama très large de la SFFF tant au point de vue des thèmes abordés que des approches narratives et illustre la vitalité des acteurs qui font l’imaginaire en France.


Titre : Gandahar
Numéro : Hors série III
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Rédactrice en chef, maquette : Christine Brignon
Couverture : Olivier Vacher
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le site ; Sa page facebook
Période : septembre 2016
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 126
Prix : 8 €



Didier Reboussin
5 janvier 2017






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