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Sim Survivor
Loïc Le Borgne
Scrineo, roman (France), science-fiction, 350 pages, octobre 2016, 16,90€

Futur indéterminé. La société se divise en deux camps : les Premier, Second et Troisième Cercles, qui regroupe les nantis, et les autres, les pauvres, laissés pour compte, des bidonvilles et des banlieues crasseuses. Sandro est un ado du Second Cercle, avide de drogues pour éblouir un quotidien trop fade et faire taire de douloureux souvenirs. Lorsque dans un club, Ambra, une déclassée, lui propose un truc vraiment planant, il ne s’imagine pas se réveiller connecté à Sim Survivor, une télé-réalité-virtuelle de survie où le gagnant, issu des bas quartiers, remporte gloire et richesse.
Et quand il demande à être déconnecté, Ambra lui dévoile la vérité : ce n’est pas un jeu vidéo, les morts sont réelles, l’abandon impossible. Avec d’autres rebelles, elle compte sur lui, en tant que membre du Second Cercle, pour dévoiler la vérité. Mais Sandro n’est pas un modèle de courage ni d’altruisme, bien au contraire. Il devra donc changer...



En France, ce n’est pas pour se vanter, mais on a de chouettes auteurs qui au lieu de broder sur un thème bateau issu de la littérature Young Adult anglo-saxonne, prennent toutes ces histoires, en balaient les clichés et publient quelque chose de vraiment bon. Loïc Le Borgne n’en est pas à son cours d’essai. « Il » revisitait déjà les X-Men avec le panhumanisme. Le voilà qui s’en prend aux dystopies survivalistes façon « Hunger Games ». Son monde est coupé en deux, les nantis et les autres. Tous se passionnent/s’abrutissent néanmoins pour la même émission : Sim Survivor, de la télé-réalité avec du danger, des épreuves, des alliances à briser, bref tout ce qui fait la beauté de l’Humanité. Surtout quand on met un gros lot à la clé. Il faut avoir la rebellitude de Katniss Everdeen pour ruer dans les brancards et refuser de jouer le jeu.
Dans le cas de Sandro, il n’a pas trop le choix. Engagé contre son gré dans le jeu, il veut faire jouer son statut de Second Cercle pour en sortir. Hélas, c’est trop tard, il y a trop d’intérêts en jeu. Et le Cercle Premier fait pression sur ses parents, maniant la carotte comme le bâton.
Si Ambra est une vraie rebelle, déterminée à révéler la vérité au monde, Sandro, malgré une épreuve douloureuse dans son enfance, tombe de haut, comprenant que personne ne se soucie de lui et ne viendra à son secours. Et dans un jeu où les dés sont pipés par les organisateurs, il faut vite apprendre les règles.

C’est là la bonne idée de Loïc Le Borgne. Plutôt qu’un chantage déguisé et donnant-donnant comme dans la trilogie de Suzanne Collins, son héros retourne les règles contre le jeu, usant pour cela des leçons apprises chez les nantis : chercher les failles des contrats, promettre sans garantir, tricher en toute bonne foi quand l’autre le fait aussi et qu’il ne peut vous montrer du doigts sans se faire taper sur les siens...
L’auteur, sans rien lâcher sur le rythme ni l’action, dresse un excellent portrait psychologique de son « héros », et c’est là qu’il se démarque des platitudes américaines : Sandro a un comportement logique, et pas idéal. Et il subit. On ne nous explique pas immédiatement sa blessure intérieure, mais on lui en inflige une physique bien plus importante : son corps est « bio-boosté », car il est jugé trop fluet pour survivre au jeu. Imaginez l’état mental d’un ado dont le corps est entièrement remodelé...
L’auteur joue un temps sur le flou entre jeu et réalité, rendant l’attitude des candidats d’autant plus tragique : persuadés qu’il ne s’agit que d’un jeu, certains n’hésiteront pas à se sacrifier pour leur binôme. Plus tard, d’autres le feront en toute connaissance de cause, haussant d’un cran la tension de l’histoire.
A côtoyer autrui, Sandro change, abandonne les derniers lambeaux de mépris qu’il pouvait avoir pour les autres. Tout comme ses sentiments se développe à l’égard d’Ambra. Après la modification physique forcée, c’est sa psychologie qui change : il rejette les Cercles avec la même violence dont ils ont fait preuve en l’abandonnant à son sort, et il s’attache aux autres joueurs, d’autant plus douloureusement qu’il ne peut pas (ou si peu) leur révéler la vérité.

Rien ne se passe comme prévu dans cette émission. Faussé par l’arrivée de Sandro et Ambra, le jeu déraille pour de bon, et de bonnes raisons, mettant fin à l’écran de fumée qui abrutit les masses. L’auteur, en se basant sur les clichés et stéréotypes de la littérature Young Adult, brosse le portrait d’une société profondément clivée, où les média jouent à plein leur rôle, le jeu canalisant les volontés de rébellion en offrant la chance d’une formidable ascension sociale. Tout ce que le futur permet, en termes de nouvelles technologies, image, son, biologie et d’intelligence artificielle, est mis à profit, comme un gigantesque laboratoire qui sert bien évidemment l’armée.
Comme dans son précédent roman, Loïc Le Borgne nous parle d’un avenir qui n’est pas si lointain, et mêle habilement littérature classique et moderne à la réalité qui nous attend.
C’est très divertissant, très intelligent, très humain... et cela fait froid dans le dos.


Titre : Sim Survivor
Auteur : Loïc Le Borgne
Couverture : Laurent Besson
Éditeur : Scrineo
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 350
Format (en cm) : 21 x 13,5 x 3
Dépôt légal : octobre 2016
ISBN : 9782367404363
Prix : 16,90 €



Nicolas Soffray
9 décembre 2016






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