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Tokyo Ghost (T1) Eden atomique
Rick Remender, Sean Murphy et Matt Hallingsworth
Urban Comics

Imaginez vous, demain, scotché à votre smartphone, à l’affût des infos diffusées par votre montre et vos lunettes connectées, et peut-être branché sur quelques fils d’infos et deux ou trois sites porno via une connexion cérébrale. C’est un peu ce que vit Led Dent, zombie gavé d’images qui ne peut plus quitter le flux intarissable produit par l’industrie du divertissement, de l’entertainment. Il est agent des forces de l’ordre pour le conglomérat de divertissement Flack et il est drogué jusqu’à la moelle, naufragé dans un monde virtuel qui le rend malade à crever... du moins quand il tente de la quitter !



Nous sommes en 2089, dans la misère putride des îles de Los Angeles.
Dans un monde impossible à supporter, tous partent à la dérive sur des flots plus agréables à vivre, mais totalement artificiels. Debbie, elle, est une jolie blonde, dynamique, follement éprise de son homme depuis l’enfance, restée de plus une fille totalement « zéro tech ». Son monde, c’est la réalité, son homme, c’est Led, son but est de sauver le second et si possible, mais ce sera plus difficile, le premier !

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Une opportunité s’offre à eux, surtout à Debbie, pour sauver son homme en le détoxiquant. Il leur faut rejoindre Tokyo, dernière nation résistant au tout technologie (quel pied de nez !) et y tuer le seigneur de guerre qui y règne grâce à un foutu champ électro-mag qui rend impossible l’intrusion des nations du gavage de cerveau. Debbie s’y engage, Led suivra, incapable qu’il est d’imaginer les souffrances qu’il va endure à cause de son sevrage. Le dernier jardin d’Eden s’offre à eux, mais l’enfer n’est jamais très éloigné.

« Tokyo Ghost », le comic book que j’attendais

« Tokyo Ghost », voilà le comic book que j’attendais, que j’espérais. Réunissant le Rick Remender qui m’a déjà régalé dans Black Science ou dans “Deadly Class”, et ce dessinateur prodigieux qu’est Sean Murphy. Comme pour l’excellent “Punk Rock Jesus”, j’ai abordé cette nouvelle série par le tirage spécial proposé en noir et blanc (en avril 2016). Pour mieux profiter de cette ligne d’excellence que profile le trait du dessinateur. Et j’ai un peu peiné ! Ce ne devait pas être le bon moment. Et j’ai relancé ma lecture avec l’arrivée de l’album en couleur. Bam ! La claque ! Oui, j’ai un peu calé au début, démarrage diesel au niveau de mes neurones, ou réminiscence du premier faux départ.

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Les deux premiers épisodes défilent sur un mode hyper accéléré, qui passe toujours plus vite sans jamais penser une seconde à décélérer. On ne pense plus, on se connecte et on vit le tout tech démentiel imaginé par un Remender inspiré et un Sean Murphy en feu. Le monde devient fou et s’emballe dans un ballet d’infos et d’actions mortelles pour une humanité euthanasiée par les médias du divertissement.

Au milieu, surnage cette jolie blonde, qui vous embarque dans sa quête de réalité, belle Don Quichotte volant au milieu des meules broyeuses des moulins infernaux de l’entertainment. Et que dire de l’entrée dans cet étonnant îlot de résistance qu’est Tokyo. Tout devient encore plus passionnant, prend encore plus sens, diffusant encore beaucoup plus des intentions du scénariste qui, cette fois, a décidé, par une fiction d’anticipation, de nous faire réfléchir sur les dérives d’un futur qui embrassera encore et toujours plus le tout technologique.

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Pourquoi j’ai calé sur le récit en noir et blanc ? Je ne me l’explique pas vraiment. Même si, avec les formidables couleurs de Matt Hollingsworth, « Tokyo Ghost » prend juste un supplément d’énergie, de beauté, de folie, donnant au dessin hyper fouillé de Murphy une densité extraordinaire et à cette série, la qualité d’une bombe à fragmentation. Et la cible est votre cerveau, qui ne cédera pas devant l’assaut extrême, mais soufflera d’aise devant cette mise en scène portée par cette poésie ultra-violente et vénéneuse d’un futur effrayant qui s’oppose à un passé réconfortant si proche et déjà si lointain.

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Tokyo, île naufragée des derniers fantômes d’une pensée humaine pervertie par ce que devient notre société. « Tokyo Ghost » est, sans aucune réserve, dans la short list des meilleurs comics de l’année 2016.

À découvrir, en couleur, pour l’apprécier pleinement ou en N&B si vous adorez le trait de Sean Murphy, une réelle preuve de bon goût.


Urban Comics a tout d’abord publié “Tokyo Ghost” dans une version à tirage limité, en N&B, avec couverture alternative. 128 pages pour apprécier la performance graphique de Sean Murphy, avec quelques petits ajouts en touches finales tout à fait appréciable. Mais, comme je le dis dans cette critique, l’ensemble tend à prendre encore plus de dimension avec la mise en couleurs de Matt Hallingsworth. Entre collector et édition courante, je dois avouer que je vote pour la seconde.


(T1) Eden atomique
- Série : Tokyo Ghost
- Scénario : Rick Remender
- Dessin : Sean Murphy
- Couleurs : Matt Hallingsworth
- Éditeur : Urban Comics
- Pagination : 144 pages couleurs
- Dépôt légal : 27 mai 2016
- Numéro ISBN : 9782365779708
- Prix public : 15 €


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Illustrations © Sean Murphy et Éditions Urban Comics (2016)


Fabrice Leduc
23 novembre 2016






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Couverture de l’édition en N&B



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Splendide couverture US
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