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Valhardi, l’intégrale (T2) 1946-1950
Jean Doisy, Eddy Paape & Yvan Delporte
Dupuis

Le premier tome de “L’intégrale Valhardi” était consacré à Jijé et Jean Doisy. Le second débute avec le retrait de Jijé au dessin, laissant la place à Eddy Paape. L’introduction de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault présente très bien les conditions de cette reprise sans passation de témoin.
Valhardi était un des personnages phare du “Journal de Spirou”, Jean Doisy en avait fait un exemple à suivre pour la jeunesse prônant la droiture, l’amitié... des valeurs pour résister à l’influence de l’envahisseur allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour l’éditeur, il était donc inconcevable de ne pas poursuivre cette série à succès.



Le parcours d’Eddy Paape nous montre par quel concours de circonstances, il est arrivé à reprendre au pied levé le titre et quelles difficultés il a rencontrées. Le dossier est parfaitement monté, sans édulcorer les problèmes relationnels entre les protagonistes de l’époque. De même, il est intéressant de revenir sur les événements qui ont donné naissance à des auteurs majeurs de la bande dessinée, tels que Franquin, Morris,...

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Il faut saluer ce travail qui pose le personnage de Valhardi, son évolution à travers ses dessinateurs et scénaristes. Jean Doisy ne s’est pas arrêté en même temps que Jijé, il a poursuivi le temps de trois aventures mises en images : “Sur le rail”, “Jean Valhardi et les Rubens” et “Diamants artificiels”. Par contre, ses histoires ne relevaient pas du scénario. Charge au dessinateur d’élaborer le découpage pour les retranscrire en dessins. Si Jijé s’en accommodait parfaitement, pour le jeune Eddy Paape, peu au fait du métier de la BD, la tâche s’est avérée ardue.
Puis Jean Doisy, préférant la littérature qu’il jugeait plus adulte que la bande dessinée, a poursuivi selon son idée et s’est détaché du personnage de Valhardi dessiné.
D’un coup, Paape a dû concilier les deux postes. “Valhardi détective” montre toutes ses lacunes dans le domaine du scénario : pas vraiment de fil conducteur, l’action est brouillonne, cela part dans tous les sens et l’ensemble est interminable (86 planches, mais à l’époque la publication s’effectuait par épisode et n’était pas du tout pensée dans le cadre d’albums).

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Les éditions Dupuis savaient détecter le potentiel de chacun de leurs salariés, quel que soit leur échelon, et Yvan Delporte, qui gommait les formes trop affirmées des femmes du comic “Brick Bradford”, est ainsi devenu le scénariste de la série.
C’est un changement radical par rapport aux valeurs auparavant défendues : dans “Le Roc du Diable” et “À la poursuite de Max Clair”, Jean Valhardi s’enregistre au départ d’un vol sous le nom de Jean Dupuis, Jacquot s’enfuie de l’école, un inspecteur de la police française est tourné en dérision... Le contexte n’est plus le même, Valhardi n’incarne plus le héros de la résistance.

Cette intégrale couvrant les années de 1946 à 1950 permet de voir l’évolution du personnage, aussi bien dans l’esprit véhiculé que dans le dessin. Au début, Paape, néophyte dans le métier, s’est beaucoup inspiré du trait de Jijé et le héros est dans la lignée de ce qui se faisait auparavant. Certaines compositions sont d’ailleurs des copies quasi conformes d’anciennes. Au fil du temps, Eddy Paape s’est éloigné de cette influence, donnant un physique beaucoup plus adulte au personnage, notamment au niveau du visage plus anguleux. De plus, il a beaucoup progressé au niveau des encrages, ce qui est visible dans les 200 pages d’aventures au sommaire.

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Comme il est précisé, les planches sont fidèles à celles publiées initialement dans “Le Journal de Spirou” et sont inédites en album. À cette époque, les originaux finissaient la plupart du temps à la corbeille après sortie des numéros. Ils ne représentaient alors pas grand-chose, contrairement à aujourd’hui. Il a donc fallu numériser les parutions de ces années pour la présente édition. Du fait de la pénurie de papier, celui-ci était de faible qualité, ce qui a rendu cette opération d’autant plus compliquée et forcément le résultat s’en ressent : les dialogues ne sont pas toujours bien lisibles, les compositions parfois confuses.
Qu’importe, le plaisir de lire les aventures de Jean Valhardi, l’homme à la poigne d’acier, et de son fidèle compagnon Jacquot est intact.

Cette intégrale nous offre une nouvelle page d’histoire des éditions Dupuis. L’objet est superbe, l’introduction d’excellente tenue et instructive en diable.
Valhardi appartient à cette classe de héros qui a marqué notre enfance suivant notre âge et, une fois que l’on y a goûté, il est difficile de l’oublier et les retrouvailles n’en sont que plus attendues.


(T2) 1946-1950
- Série : Valhardi, l’intégrale
- Scénario : Jean Doisy, Eddy Paape & Yvan Delporte
- Dessin : Eddy Paape
- Éditeur : Dupuis
- Collection : Patrimoine
- Dépôt légal : 17 juin 2016
- Pagination : 288 pages couleurs
- Format (en cm) : 29,9 x 21,8
- ISBN : 978-2-8001-6698-8
- Prix public : 35 €


A lire sur la Yozone :
Valhardi, l’intégrale 1 1941-1946


Illustrations © Dupuis, 2016 pour la présente intégrale


François Schnebelen
21 octobre 2016






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Valhardi, l’intégrale (T1) 1941-1946



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