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Solaris n°199
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°199, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, été 2016, 160 pages, 12,95$ CAD

“Éclairer l’origine” d’Éric Gauthier, Prix Solaris 2016. Ignorant les autres postulants, le choix m’a laissé dubitatif. La première mention du dieu m’a éjecté direct, pas de suspension d’incrédulité pour moi. Bon gré mal gré j’ai poursuivi la lecture, peu concerné par l’histoire.
Le récit se déroule en Serbie, l’occasion de parler du passé agité de l’ex-Yougoslavie. Le personnage de passage cherche à comprendre, à obtenir des réponses aux grandes questions, mais ce qu’il prend pour un dieu en a fait son adepte. Je n’ai vraiment pas accroché, donc pas cherché si l’auteur voulait véhiculer un autre message que ce qui identifie un dieu. Un Prix dont j’aurais du mal à faire l’éloge.



Comme chaque année, « Solaris » publie les gagnants des concours d’écriture sur place du congrès Boréal. Catégorie auteur débutant, Tania Duquette signe un court texte de fantasy (“Familier maudit”) qui est agréable mais sans prétention. Catégorie auteur pro, Hugues Morin fait preuve de beaucoup plus d’originalité avec “Les hiboux virtuels du réseau infini”. Quatre pages sur une société du futur où le libre choix semble abandonné, le réseau s’occupe de tout selon vos préférences, vous n’avez plus qu’à subir. Un air connu mais qui fait toujours mouche.

Par son ambiance et son étrangeté, la nouvelle “La chambre” de Julie Martel s’avère très plaisante. Il est difficile de dater les événements, les influences sont multiples. Le lecteur ne peut qu’être intrigué par le cadre et se laisser bercer par les avertissements avant que le nouvel employé remplisse sa tâche. Un des textes marquants de ce numéro.

Dave Côté nous plonge dans l’avenir, un peu avant des élections au scénario écrit d’avance. Tout est bon pour que le président sortant soit réélu : avantages fiscaux, prime de vote, matraquage publicitaire... jusqu’à envoyer une personne chez le récalcitrant. Contre toute attente, Bélanger a décidé de ne pas voter. Choix inacceptable qui attire tous les regards sur son cas. Tous les moyens sont bons pour qu’il fasse un choix, pourvu qu’il soit bon !
Dave Côté nous régale par son inventivité et toutes ses trouvailles plus ou moins loufoques. Il pousse les dérives du système à leur paroxysme et ce, jusqu’à l’absurde. Des larves se présentent aux élections, travail répétitif sans aucun intérêt comme dessiner des clous identiques toute la journée... On pourrait croire la critique d’un système communiste du passé.
En tout cas, “Je ne voterai pas” touche la cible et se range sans problème à côté des récits genre « Planète à gogos » où l’individu n’est que le jouet d’intérêts qui le dépassent, et auxquels appartient aussi le court texte de Hugues Morin.

Dernier volet de “Adieu Laurentie !” une histoire du futur que Jean-Pierre Laigle a déclinée à travers cinq numéro de « Solaris ». Un écrivain raconte la déliquescence d’un monde uchronique d’après l’éditorial, même si un nouvel ordre mondial dans un proche avenir est aussi envisageable. Ce journal écrit au jour le jour n’est pas évident à suivre, car le contexte général est par trop différent du nôtre, il faut un temps d’adaptation. Il est clair que lire l’ensemble doit permettre une bien meilleure perception du fil des événements. De plus, suivant le côté de l’Atlantique où le lecteur se situe, l’intérêt sera peut-être inégal. Le plus abordable est le final dans lequel l’espoir n’est plus permis et le personnage abandonne le combat.

Partie rédactionnelle fournie avec la retranscription de la conférence “Réalité, mémoire et doute” donnée par Christopher Priest au congrès Boréal 2016, ainsi que la seconde et dernière partie de l’article “Lâcheté, paresse et ironie : comment la science-fiction a perdu son futur ?” signé Jonathan McCalmont et la rubrique “Les Carnets du Futurible” de l’inusable Mario Tessier.
Christopher Priest se base sur son expérience personnelle pour développer son papier. Chacun trouvera des échos dans son propre passé ce qui ne le rend que plus intéressant, même si des développements m’ont pour le moins interloqué.
Jonathan McCalmont achève sa démonstration à travers trois axes : le nostalgique, l’humaniste et la récupération historique. L’uchronie, le steampunk et son refus de se prononcer sur le passé sont notamment au programme. La science-fiction a-t-elle vraiment perdu sa capacité à se projeter dans le futur, préférant un repli vers le passé qu’il suffit de réinventer pour faire du neuf ? La question est ouverte et le résultat loin d’être tranché.
Mario Tessier nous invite à découvrir la Cli-fi, autrement dit l’anticipation climatique ou l’éco-fiction. Un sujet dans l’air du temps et, comme à l’accoutumée, très bien traité par le rédacteur. Ses articles sont à chaque fois attendus, c’est le cas de le dire !

Ce « Solaris » s’avère surtout marquant par ses articles, seules deux nouvelles se dégagent vraiment du sommaire. Espérons que le déséquilibre sera rétabli à l’avenir.


Titre : Solaris
Numéro : 199
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Tomislav Tikulin
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 199 
Période : été 2016
Périodicité : trimestriel
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
16 octobre 2016






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