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Vendredi 13
David Goodis
Gallimard, Folio Policier, roman traduit de l’anglais (États-Unis), polar, 215 pages, août 2016, 6,50€

Recherché par la police, Hart débarque en catastrophe à Philadelphie. Alors que l’hiver sévit, il a abandonné toutes ses affaires dans le train. Il vole un manteau pour ne pas geler sur place et, un peu après, en cherchant un refuge, il entend des coups de feu. Un homme s’écroule et, alors que la raison lui dicte de fuir les ennuis, il va voir. Le mourant lui demande de prendre son portefeuille, ce que Hart sans le sou accomplit, avant d’être à son tour poursuivi.
Il vient de mettre le doigt dans l’engrenage. Même s’il ne manque pas de ressources, il entre dans un cercle de truands qui ne prennent pas de risques.



« Vendredi 13 » de David Goodis a été traduit pour la première fois en 1955 par les éditions Gallimard. Depuis, ce roman noir a connu maintes rééditions. Celle-ci offre une préface de Laurent Guillaume, l’auteur de « Black Cocaïne », ancien commandant d’une unité anti-criminalité, également passé aux stups et à la Brigade financière.
David Goodis est né en 1917 et mort en 1967 à Philadelphie, théâtre du présent roman. Toutefois, il s’agit surtout d’un huis-clos entre quatre hommes et deux femmes. Dans l’équipe, les rouages étaient bien huilés jusqu’à ce qu’un gars se taille avec le pognon de leur dernier larcin. C’est justement celui que trouve Hart sur son chemin et qui va l’entraîner dans l’aventure.
Par la force des choses, il ne peut se résoudre à mourir sans résister, ce qui lui offre un sursis. Il intègre le groupe et essuie tout de suite l’inimitié de certains membres, mais c’est Charley qui commande et qui questionne Hart. Que fait-il à Philadelphie ? Celui-ci lui avoue un meurtre qui l’a poussé à prendre la fuite, sans s’étendre sur les détails. Charley pense reconnaître en lui un égal, un truand qui ne recule devant rien pour toucher au but.
Par contre, ce qu’il n’intègre pas, ce sont tous les changements qui vont découler de cette intégration. Hart est un beau-parleur qui sait embobiner son monde, mais n’est pas vraiment taillé dans le même bois. Il se contente de faire le nécessaire pour survivre dans ce jeu mortel.

L’intérêt de ce roman réside dans les interactions entre les personnages. Le portrait de chacun transparait au fil des pages, le lecteur apprend à les connaître en même temps que Hart qui doit composer avec chacun pour garder la tête à la surface. Les femmes ne sont de loin pas de simples faire- valoir, elles jouent dans la cour des grands, dénotant de caractère. Que peut-il sortir de cette situation de huis-clos s’étalant sur quelques jours ? Des tensions bien sûr, mais aussi des sentiments inattendus dans un tel contexte. L’espoir est-il seulement possible ? Grande question à laquelle j’aimerais répondre oui, mais...

Une grande noirceur se dégage de « Vendredi 13 », l’atmosphère s’y révèle lourde, l’ambiance plombée par les petites frictions inéluctables, surtout que Hart arrive dans des conditions pour le moins négatives. La maison ressemble à une cocote minute sous pression qui peut exploser au moindre choc. Ce jour si spécial se prête-t-il seulement à un cambriolage, soit-disant cousu de fil blanc ?
Les réponses n’allègent pas l’ensemble, le découragement ne peut que gagner chacun.
Ami lecteur, si tu commences « Vendredi 13 » abandonne tout espoir ! David Goodis dresse un portrait au cordeau d’une situation, à force dialogues, qui dérape et où chaque élément positif est vite étouffé. De plus, une fois le livre commencé, impossible de le relâcher, chacun veut en découvrir l’issue qu’il sait proche vue l’épaisseur du bouquin et ce, même s’il l’imagine désespérée.

Du grand noir qui n’a pas pris une ride, car la nature humaine ne change pas. En est-elle seulement capable ?


Titre : Vendredi 13 (Black Friday, 1955 pour la traduction française)
Auteur : David Goodis
Traduction de l’anglais (États-Unis) : François Gromaire
Traduction révisée par : Isabelle Stoïanov
Couverture : D’après photo © plainpicture / bobsairport / Carolin Seeliger
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio Policier
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 215
Format (en cm) : 10,8 x 17,8
Dépôt légal : août 2016
ISBN : 978-2-07-077567-5
Prix : 6,50 €



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François Schnebelen
27 octobre 2016






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