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Quelques Minutes Après Minuit
Patrick Ness d’après Siobhan Dowd
Gallimard Jeunesse, Folio Junior, roman traduit de l’anglais (USA), fantastique, 192 pages, septembre 2014, 6,70€

Cette nuit, Conor ne dort pas. La faute à un cauchemar récurrent, qui le hante depuis que sa mère est malade. Aussi, quand l’if sur la colline d’en face se change en géant monstrueux et referme ses doigts sur lui, Conor n’a pas peur. Son cauchemar est plus effrayant que cette incarnation de Cernunnos, qui va lui raconter trois histoires avant de lui en réclamer une de sa part. La plus dure : la vérité. Cette vérité derrière le cauchemar.



Le quotidien de Conor n’est pas rose. Au collège, trois garçons le harcèlent. Il fait la tête à sa meilleure amie depuis qu’à cause d’elle, tout le monde est au courant pour sa mère. Sa mère dont le nouveau traitement la rend encore plus malade. Au point que sa grand-mère, qu’il ne supporte pas, débarque à la maison. Même son père, qui vit aux USA depuis son remariage, parle de revenir.
Conor rejette les adultes, sa grand-mère, sa prof, refuse leur aide. Avec sa maman ils s’en sortent très bien sans eux. Il rejette les autres enfants, refuse de réagir aux brimades d’Harry et ses deux sbires.
Quand le monstre vient à lui, Conor n’a pas peur. La peur vient peu à peu, au fil des histoires cruelles que l’arbre lui conte, qui ébranlent les certitudes de Conor sur la notion de bien et de mal. Tout cela, il le comprendra plus tard, va l’aider à raconter sa propre histoire... A exorciser ce cauchemar qui le ronge.

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Illustration de Jim Kay pour l’édition originale

Ainsi qu’expliqué dans la très belle préface de l’auteur, cette histoire est née d’une idée de Siobhan Dowd, une autrice anglaise saluée par la critique et décédée d’un cancer en 2007. Patrick Ness lui rend hommage en écrivant non pas le livre qu’elle aurait écrit, mais un livre qu’il lui aurait plu. C’est donc assez naturellement que la maladie et la mort se retrouvent au centre de cette histoire d’adolescent qui refuse, par tous les moyens, d’envisager la mort de sa mère. Au fil des pages, sans jamais que ces mots ne soient écrits, on sent l’inéluctable se rapprocher, quand bien même Conor refuse de le voir, y compris lorsque sa maman retourne à l’hôpital.

Deux tons se répondent dans le roman : les journées, quand Conor est confronté aux autres, et les nuits, passé 00:07, avec le monstre. La journée, il subit, il encaisse, parfois sans réagir (au collège), se fondant dans l’invisibilité, l’intouchabilité que son statut de futur orphelin lui confère, avec ce qui suit de pitié de la part des adultes et de froideur de ses camarades. Avec les adultes de sa famille, sa grand-mère, son père, qui veulent le convaincre que tout ne peut pas continuer ainsi, il est agressif, comme une transition avec la nuit qui approche. Car face au monstre, il crâne, semblant posséder l’ascendant né de ce refus de la peur. Ce monstre qui devient... non, pas un ami, mais un confident, quelqu’un qui ne le mésestime pas, ne l’infantilise pas, ne se cache pas derrière ces mots creux d’adultes comme « conversation » pour masquer la cruauté des jours à venir...

Le monstre d’if, incarnation d’un dieu ancien, tellurique, n’est pas une diversion. Ni, comme Conor l’espère un temps, la solution magique à la maladie de sa mère. Ainsi que ses histoires nous l’apprennent, Cernunnos (ou l’Homme Vert ou quel que soit le nom que vous lui donnerez) n’est pas là pour réparer les injustices. S’il juge, c’est avec un autre recul que le nôtre. Il n’est pas là pour exaucer Conor, mais pour l’aider à accepter. Même si c’est dur.

Il n’y a pas d’âge pour être confronté à la mort, ni pour être en colère contre son injustice. Il n’y a pas d’âge pour souffrir. Pour apprendre à faire son deuil. Pour accepter.
Quiconque a subi la longue et inéluctable agonie d’un proche le sait. Se sentira dans la peau de Conor, rongé, coupable de la même vérité.

Couronné de nombreux prix, dont l’Imaginales Jeunesse en 2013, « Quelques Minutes après minuit » vient d’être adapté au cinéma avec Sigourney Weaver, Felicity Jones et Liam Neeson (dans le rôle du monstre) et sortira le 20 octobre 2016. L’occasion d’une réédition de ce magnifique roman, avec les illustration de Jim Kay et le travail graphique effectué pour le film.
Ce petit Folio Junior n’a qu’un défaut, une couverture avec un arbre qui n’est pas un if...

Un texte magnifique à mettre entre toutes les mains. Avec un paquet de mouchoirs.


Titre : Quelques Minutes Après Minuit (A monster calls, 2011)
Auteur : Patrick Ness d’après une idée originale de Siobhan Dowd
Traduction de l’anglais (USA) : Bruno Krebs
Couverture : photomontage
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Collection : Folio Junior
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 1700
Pages : 192
Format (en cm) : 17,8 x 12,5 x 1,6
Dépôt légal : septembre 2014
ISBN : 9782070642915
Prix : 6,70 €



Nicolas Soffray
6 octobre 2016






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Couverture de l’édition illustrée par Jim Kay



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