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Iroquois
Patrick Prugne
Daniel Maghen

1609, Samuel de Champlain peine à attirer l’intérêt du roi de France vers ce nouveau territoire dont il a commencé l’exploration et qui porte le beau nom de Nouvelle France. Mais il doit également consolider les alliances qu’il noue peu à peu avec les tribus Hurons et Algonquins. La sécurité nouvelle derrière les remparts de la ville de Quebec est encore très précaire mais Champlain a décidé de frapper un grand coup en allant défier sur leur territoire les principaux ennemis de ses alliés indiens : les Iroquois. Pour cela,il prépare une expédition par le fleuve qui mène au pays des Agniers. Il est accompagné par un trafiquant surnommé le Basque qu’il menace de mettre au cachot s’il ne le guide pas vers les villages Iroquois. Ces derniers sont une menace pour le commerce des peaux des Français venus découvrir le chemin vers les Indes. Mais si les Hurons et les Algonquins acceptent de le suivre, leur équipage comprend également une prisonnière iroquoise.



Petite Loutre est depuis plusieurs lunes la prisonnière de ces blancs à la poitrine d’acier. Elle déteste ces hommes malodorants, à la laideur répulsante. Mais elle se méfie encore plus de leurs alliés Hurons et Algonquins.Pour eux, elle n’est rien qu’une marchandise que l’on peut utiliser et se débarrasser sans le moindre remord. Leurs tribus sont en guerre contre les siens, les Iroquois. Alors quand les blancs prennent le chemin vers son village, elle a soudain peur que cela finisse mal pour les siens et sa famille, elle la fille d’un chef. Son frère est convaincu que Petite Loutre est bien vivante, contrairement aux autres hommes de sa tribu. Il a vu un signe qui ne trompe pas, une corneille. L’oiseau est venu l’avertir que sa sœur est en vie et qu’elle revient vers eux. Jeune Daim tente de persuader son père qu’il est temps que ses braves partent à la recherche de Petite Loutre, mais Ours Têtu ne peut rien décider sans l’approbation du conseil des femmes. Malheureusement Jeune Daim n’est pas très patient et il choisit de défier les lois de son village et part à la rencontre de sa chère sœur.

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“Iroquois” est le nouvel album signé Patrick Prugne, paru aux éditions Daniel Maghen. L’auteur nous emmène pour la quatrième fois sur les territoires amérindiens. Mais Patrick Prugne ne s’intéresse pas à l’époque de la conquête de l’Ouest ni aux cowboys, il nous emmène bien plus loin dans le passé, quand les premiers explorateurs prenaient possession de ces nouveaux territoires qu’ils pensaient se trouver sur la route des Indes. Samuel de Champlain est l’un de ces explorateurs qui découvrit ce territoires qui prit le nom de Nouvelle France avant de devenir le Canada. Il fonda la ville de Québec en 1608, peu de temps avant le début du récit que nous conte Patrick Prugne. “Iroquois” est tiré d’un événement qui s’est réellement déroulé : la découverte du lac auquel Champlain donnera son nom. L’explorateur cherchait également à marquer les esprits de ses alliés indiens en vainquant leurs ennemis : les Iroquois.

Il faut avouer que cette tribu n’a pas très bonne presse. Au-delà de leur fameuse crête, ils eurent la mauvaise idée de s’allier aux Anglais durant la guerre d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, et des livres comme “Le dernier des Mohicans” n’ont pas vraiment aidé à les faire apprécier. Mais Patrick Prugne s’intéresse en premier lieu à ce choc des cultures et cette rencontre entre deux civilisations aussi différentes que nos ancêtres occidentaux et les tribus amérindiennes. Il n’y a pas vraiment de gentils et de méchants dans cette histoire. Patrick Prugne nous montre les Iroquois et les autres tribus indiennes telles qu’elles étaient à l’époque. Si les Iroquois avaient la réputation d’être cruels, les Hurons et les Algonquins n’étaient pas plus tendres avec leurs ennemis qu’ils torturaient de la même façon. Mais surtout, ce sont deux modes de vie totalement différentes qui s’affrontent en réalité : celle de peuplades vivant avec la nature et s’avérant bien plus civilisée que des européens qui étaient surtout en avance technologique au niveau de l’armement et non dans le mode de vie.

Au-delà du récit, ce sont aussi et pour beaucoup les dessins de Patrick Prugne qui donne toute sa force et sa beauté à cet album. Tout d’abord, l’auteur utilise l’aquarelle et la gouache pour que ses dessins reprennent parfaitement les atmosphères qui doivent imprègner chaque scène de son récit. La nature y a évidemment une place prédominante et les personnages semblent parfois se faire discrets pour redonner sa place réelle à cette nature avec laquelle les indiens vivaient en harmonie. D’ailleurs, si les européens sont représentés dans leurs armures loin d’être rutilantes, avec des traits rugueux, les indiens sont comme lumineux, fiers et beaux. Patrick Prugne s’est inspiré des descriptions que Champlain faisait de ceux qu’il appelait les Sauvages mais qu’il devait quelque part admirer, les trouvant beaux, athlétiques. L’auteur nous entraîne chez ces peuplades vivant sous une autorité matriarcale qui ne pouvait que rentrer de plein fouet avec la très catholique armée française. Le drapeau à la fleur de lys flotte comme un fantôme au milieu de la verdure des forets canadiennes.

Après “Pawnee”, Patrick Prugne nous offre une nouvelle fois un magnifique récit, magnifié par des dessins purs et loin de la froideur des œuvres informatiques. Une BD qui se rapproche fortement du beau livre.

Et pour prolonger cette expérience, les planches originales d’“Iroquois” et des illustrations inédites sont exposées à la galerie Maghen jusqu’au 17 septembre.


Iroquois
- Scénario : Patrick Prugne
- Dessin et couleurs : Patrick Prugne
- Éditeur : Daniel Maghen
- Format : 250x 325 mm
- Pagination : 104 pages couleurs
- Dépôt légal : 28 août 2016
- Numéro ISBN : 9782356740441
- Prix public : 19,50 €


© Editions Daniel Maghen - Tous droits réservés


Frédéric Leray
10 septembre 2016






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