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Bifrost n°83
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°83, nouvelles - articles - entretiens - critiques, juillet 2016, 184 pages, 11€

Laurent Kloetzer, voilà un auteur que je n’ai quasiment pas lu. Quelques rares nouvelles, aucun roman, sans que l’envie m’ait pris d’aller plus loin. Le dossier que ce « Bifrost » lui consacre comblera peut-être cette lacune...



Le long entretien m’a rappelé pourquoi je ne l’ai pas lu plus, si ce n’est au détour d’une revue à laquelle j’étais abonné : le jeu de rôle, le personnage qu’il s’est inventé avec chemise à jabot et chapeau. D’emblée j’ai pensé : « ce n’est pas pour moi ! »
Finalement je n’ai pas changé d’avis, notamment à cause de petits détails qui m’ont dérangé : entre autres, ses œuvres peut-être les plus abouties, du moins les plus connues (« Cleer » et « Anamnèse de Lady Star ») qui ne sont pas de son seul fait. En effet, sous la signature L. L. Kloetzer se cache aussi sa femme Laure. Il aurait été intéressant qu’elle apparaisse aussi au détour de l’interview.
Pour une fois, la bibliographie d’Alain Sprauel m’a semblé sujette à caution. Au sein de « Bifrost », tout le monde ne semble pas d’accord sur la classification de certains titres : roman ou recueil ?
Ce n’est qu’après avoir lu la totalité du dossier Laurent Kloetzer qui n’a pas réussi à me séduire que je me suis attaqué à sa nouvelle “La confirmation”.
Dans un futur né d’une catastrophe (épidémique ? Sanitaire ?), des familles vivent toujours dans la campagne, loin de la sécurité procurée par les villes protégées par la technologie. Merlin suit la formation de gardien et juste à la fin de cette dernière, une attaque d’envergure se profile.
Mon manque de connaissance de l’auteur m’a clairement fait sentir que je ne disposais pas de toutes les clés pour cerner la situation. Pourtant j’ai pu rapidement rentrer dans le texte. À petites touches, Laurent Kloetzer décrit cette société, il conserve toujours une part de mystère, un voile d’ombre sur l’ennemi, sur la menace qui rôde et qui se transmet bizarrement. Cela permet d’instaurer une atmosphère irréelle. Fantasy et SF cohabitent, un fond de religion persiste dans la contrée et le salut vient d’adolescents qui vont ou non revoir les croyances qui leur ont été inculquées. Seule, “La confirmation” peut déjà être qualifiée de grande nouvelle, dixit la présentation, mais il s’en dégage surtout un énorme potentiel qui mérite d’être développé. Les presque quarante pages se lisent d’une traite, pourtant la lecture demande de l’attention pour saisir toute la richesse de la nouvelle.
Après coup, mon jugement a évolué et à présent je vois en Laurent Kloetzer un auteur exigeant qui est monté en puissance par rapport à ses débuts et dont certains livres valent le détour.

Au sommaire, une valeur sûre : Ken Liu avec “Une brève histoire du tunnel transpacifique” : une uchronie qui débouche sur un XXe siècle sans seconde guerre mondiale. La crise de 1929 a été contrecarrée par un immense chantier, un tunnel sous le Pacifique. Un vétéran de ce travail titanesque n’a jamais pu retrouver la surface après son labeur, des décennies sous terre l’ont habitué à cette vie loin de la lumière du soleil. Le passé le taraude, la construction ne s’est pas faite sans mal...
Comme souvent, Ken Liu semble faire beaucoup avec peu. Le résultat dépasse largement son idée de départ et il amène les lecteurs bien plus loin que prévu. L’écriture est fluide, la construction imparable entre inserts historiques et quotidien du personnage se penchant sur son passé.
Je crois qu’on a pas fini de le lire et qu’on ne peut que s’en réjouir.

Léo Henry livre aussi une uchronie “Pour toujours l’humanité” où la mission lunaire américaine de 1969 s’est soldée par un échec. Seul rescapé, le pilote Michael Collins qui vit avec ses fantômes. Le présent ne semble pas vraiment affecté, car dans la réalité la Lune n’a cessé de s’éloigner, de ressembler à un ailleurs ne méritant pas d’y consacrer autant de ressources. À l’occasion d’une rencontre en France, il se confie à une fan qui l’a reconnu. C’est assez étonnant, d’une certaine discrétion par la déviation choisie comme par la narration. Ça manque de force pour réellement imprégner les mémoires, mais l’incursion s’avère intéressante.

Dans la partie rédactionnelle, Roland Lehoucq partage ses interrogations sur la survie du personnage de « Seul sur Mars ». On remarque aussi que la parole n’est plus seulement aux libraires, mais aussi aux traducteurs. Pour cette première, Jean-Daniel Brèque s’avère un excellent choix.

Un numéro solide de « Bifrost » : nouvelles stimulantes, entretien fleuve, vaste partie critique...


Titre : Bifrost
Numéro : 83
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Aurélien Police
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 83, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : juillet 2016
ISBN : 978-2-913039-80-3
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 184
Prix : 11€



Pour contacter l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
14 août 2016






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