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Une lecture pour le mois d’août : La Maison dans laquelle
Maryam Petrosyan
Prendre le temps, tout le temps de lire

Vous n’avez pas les moyens de louer un palace, un lounge, une gîte, un chalet ? Vous n’avez pas les moyens de partir en vacances ?
Aucune importance.
Un parc ombragé, un recoin de grenier, la culée herbeuse d’un rempart, un appui de fenêtre, une école désaffectée, un chemin encaissé, un talus, une clairière secrète, une vieille souche moussue sur laquelle s’asseoir suffiront.
Et « La Maison dans laquelle » de Maryam Petrosyan.
Parce qu’avec un tel livre vous n’avez pas vraiment besoin de lieu.
Parce que « La Maison dans laquelle » est un lieu à part entière.



Pourquoi «  La Maison dans laquelle  » ? Parce que c’est très exactement le genre de livre qui nécessite du temps, que l’on ne peut pas lire coincé entre deux tâches, entre deux rendez-vous, entre deux préoccupations. Parce que c’est un livre à la lecture duquel le lecteur ne se contente pas de se laisser entraîner sans prendre le temps d’activer au moins un ou deux neurones. Parce que c’est un livre qui se lit lentement. Un livre qui fait voyager dans un étrange lieu clos, mais invite néanmoins le lecteur à imaginer ses étranges paysages.

Ceux qui sont lassés des trilogies industrielles, des clichés déversés par tombereaux, des dialogues convenus, des « toujours-la-même-histoire », de l’enlisement stérile dans les ornières d’un genre trouveront sans doute un intérêt véritable à «  La Maison dans laquelle  ».

Littérature des marges, des frontières, des entre-deux, littérature secrète de ceux qui sont éveillés là où les autres dorment, «  La Maison dans laquelle  » dépayse plus que bien des lointains.

Vingt quatre euros et cinquante cents pour plus de neuf cent pages et une vraie couverture toilée qui a de la classe, c’est encore jouable, même pour celui qui n’a pas les ressources pour fêter l’été.

Si vous n’avez pas l’oseille nécessaire, braquez les petites vieilles à la sortie des boulangeries pour leur voler leur monnaie, revendez en douce l’i-phone de votre petite sœur, videz les parc-mètres ou les troncs des églises, le bon dieu vous pardonnera. Ou empruntez le volume à la bibliothèque du coin, c’est encore plus facile. Et si la bibliothèque du coin ne l’a pas encore en rayonnages, empruntez un autre bouquin fabuleux qui vous emmènera dans une maison plus étrange encore, « La Maison des feuilles » de Mark. Z Danieleweski. Et si cette bibliothèque n’a pas ce livre non plus, aucune importance : vous serez arrivé dans un endroit plein de bons livres qui vous emmèneront forcément quelque part.

Et si jamais vous lisez ce livre et que vous « n’accrochez pas », comme on dit ? Si vous n’arrivez pas vraiment à entrer dans cette maison singulière aux arêtes tranchantes, aux lois singulières ?

Ca n’aura pas non plus vraiment d’importance.
Parce que vous serez pour une fois sorti des sentiers battus et que ce genre d’expérience finit toujours par servir.
Parce que plus tard en y repensant vous direz quand même ce bouquin c’était quelque chose.
Parce qu’un jour ou l’autre vous retrouverez le chemin de «  La Maison dans laquelle  »

Et si vous malgré cela vous n’êtes toujours pas tenté ?
Pour Monsieur Toussaint Louverture, l’éditeur de ce volume étrange et beau, ce n’est pas que ça n’aura pas d’importance, mais ça ne l’empêchera sûrement pas de continuer à publier de bons livres. Car voilà ce que l’on a pu lire ces derniers temps sur le site de Monsieur Toussaint Louverture :

« Et nous continuerons même si personne n’écoute, nous continuerons même si on nous casse les tibias, nous continuerons car nous sommes de papier, de colle et de marshmallow, nous continuerons au mépris des lois de la gravité éditoriale, nous continuerons à publier des livres puissants et improbables car nous sommes nous-mêmes puissamment improbables, nous continuerons… »

La chronique complète de « La Maison dans laquelle » : cliquer ici


Hilaire Alrune
1er août 2016






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