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YozoneLittérature Critiques

Stratégie des As (La)
Damien Snyers
ActuSF, Les 3 souhaits, roman (France), fantasy urbaine, 252 pages, janvier 2016, 18€

Dans une Europe XIXe alternative, mâtinée de créatures féériques, James et sa bande exercent l’art délicat de l’escroquerie à Nowy-Krakow, en Nouvelle-Pologne. Ils sont repérés par un étrange duo d’aristocrates. Le premier, Nikhto, est l’interprète du second, Astur, atteint d’une maladie incurable, qui communique par télépathie.
James, Elise et Jorg sont donc embauchés pour voler un objet magique, le Rein d’Isis, aux pouvoirs curatifs incommensurables. Le problème, c’est que les propriétaires actuels le gardent sous clef, magique elle aussi, et que leur seule chance sera une exhibition de l’artefact en petit comité qui aura lieu sous peu.
Et pour décourager James de leur jouer un tour à sa façon, Nikhto lui refile un bracelet inamovible et explosif. Soit c’est la réussite, soit la mort...
La petite équipe se voit donc confrontée à son plus grand défi. Mais cette opération pourrait aussi les sortir du caniveau et de l’illégalité... Une porte de sortie qui les séduit de plus en plus.
Il faut dire que la vie n’est pas facile lorsqu’on fait partie des minorités...


Pour son premier roman, Damien Snyers mélange habilement les codes du casse et ceux de la fantasy urbaine. Il s’agit de monter un coup, sans marge de manœuvre, sans seconde chance, sans savoir où on met les pieds. Beaucoup d’inconnues à maîtriser. Nos trois héros, bientôt rejoints par un autre larron, vont devoir mettre tous leurs talents en œuvre. Ne serait-ce que pour contrebalancer leurs handicaps.

Et c’est ce qui séduit le plus dans cette histoire par ailleurs sombre et nerveuse : les personnages sont loin d’être des héros, et ils se débrouillent avec ce que la nature a bien voulu leur donner.
Dans cette Europe alternative, les races féériques sont mises au ban de la société humaine. Racisme ordinaire et mépris sont donc très présent dans le roman. James, en tant qu’elfe, est souvent dénigré, jugé quantité négligeable. Sa longévité le confond souvent avec un jeune adulte. Et il s’en sert aux dépens de ses victimes. Élise est encore un cran en dessous : en tant que demi-elfe, elle est stigmatisée pour ce mélange interracial, « heureusement stérile », la condamnant à ne jamais avoir d’enfant, sans parler de ses chances de fonder un foyer. La misère sentimentale totale, qu’elle tente d’oublier dans les bras de James, une relation physique qui comble un peu cette peine. Enfin, Yorg, le troll, n’a même pas de statut d’être pensant : les trolls jugés dangereux peuvent être abattus en pleine rue au même titre que les chiens enragés. Et pourtant, s’il n’est guère disert, il a aussi des rêves, et une certaine sagesse.

Le XIXe siècle alternatif de Damien Snyers est esquissé par petites touches, qu’on traquera avec délectation : l’Afrique supplante les autres continents, les transports à vapeur concurrencent la coûteuse et aléatoire magie... Un monde qui pourrait être beau, et qui l’est un peu, même présenté par ceux qui en profitent le moins.

Si le bracelet explosif de James est un ressort narratif bien pratique pour accroitre la tension sur l’équipe, une autre épée de Damoclès va peser au-dessus de leur tête, pour révéler la nature profonde de l’elfe.
James n’est pas un personnage recommandable. Du peu qu’il veut bien dire sur lui, et de son apprentissage, il est prêt à tout, bassesses, violence entraînant la mort, si cela sert ses intérêts, sa survie et celle des êtres qui lui sont chers. La société l’a rejeté, et c’est réciproque. Il conserve malgré tout un fond de confiance en ses contemporains, surtout ceux en bas de l’échelle, sans aller jusqu’à une solidarité dans la dèche qui mettrait en péril son propre confort.
Le lecteur est confronté à un dilemme : objectivement, James est assez détestable, et vous changeriez de trottoir plutôt que le croiser. Mais dans son milieu, il se montre tellement prévenant envers les siens, protecteur même si cela lui coûtera tôt ou tard, qu’on ne peut que s’attacher à lui, et le demeurer même lorsque les circonstances feront passer la nécessité par-dessus tout respect pour son prochain.

J’aimerais aussi vous dire que « La Stratégie des As » est un roman teinté d’humour, mais c’est un humour noir, largement attaqué par le tragique de la situation, souvent aux dépens des personnages, lorsqu’une situation sous contrôle dérape de la plus lamentable des façons.
A bien y regarder, malgré les accents tragiques qui jalonnent la préparation et la réalisation de ce casse, il s’en dégage une certaine lumière, des bouffées d’espoir pour tous les personnages. C’est en tout cas la sensation qui perdure une fois l’histoire terminée.

L’auteur rajoute en coda une nouvelle sur Mila, éclairant son entrée dans le jeu, et l’éditeur clôt comme à son habitude l’ouvrage par une interview avec l’auteur, toujours enrichissante.

Un petit bijou, surprenant, inhabituel, comme on les aime.


Titre : La Stratégie des As
Auteur : Damien Snyers
Couverture : Dogan Oztel
Éditeur : ActuSf
Collection : Les 3 Souhaits
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 252
Format (en cm) : 20 x 14 x 2,2
Dépôt légal : janvier 2016
ISBN : 9782366298017
Prix : 18 € ou 5,99 € en version numérique sans DRM




Nicolas Soffray
15 août 2016







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