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Gandahar Hors-série II
Une publication de l’association Gandahar
Revue, Hors-série 2, SF - fantastique, nouvelles, mars 2016, 122 pages, 7€

Pour son second hors-série, l’équipe de « Gandahar » a choisi Nathalie Henneberg. Choix pas si innocent, car il poursuit le travail récent, entre autre, de la revue « Galaxies » qui a aussi consacré un numéro spécial à la dame en livrant notamment l’inédit « Khéroub des étoiles », roman de commande non achevé et que j’ai trouvé pour le moins indigeste.
Pourtant j’ai apprécié voilà une vingtaine d’années les titres publiés dans la collection Masque Science-Fiction. Aussi, est-ce partagé que j’ai entamé la lecture de ce « Gandahar ».



Le premier texte “Ilse d’Arlberg” m’a tout de suite rappelé ce que j’appréciais chez Nathalie Henneberg : son inspiration fantastique, son style riche en descriptions campant bien l’atmosphère, sans que l’histoire n’y soit noyée. Quand une riche héritière alerte les autorités, même en pleine guerre, elles ne peuvent faire sourde oreille. Stahl se rend au château et découvre peu à peu l’horreur de ce qui s’y passait. Le lecteur est d’emblée pris par l’ambiance, gagné par le mystère entourant cette famille et par la narration. Du tout bon !

Plus récente, “Rien qu’un monstre” est un peu dans la même veine. Élizabeth a toujours été différente, regardée bizarrement et quand elle hérite de la villa de son père avec ce qui s’y cache, pense-t-elle être l’élue. À nouveau, Nathalie Henneberg nous prend dans les mailles de son inspiration avec un fantastique discret qui gagne en puissance au fil des lignes.

La science-fiction est aussi omniprésente dans ce florilège de dix textes, souvent associée au fantastique, comme dans “Au pilote aveugle” où un prêteur sur gage accepte une étrange caution à conserver d’une certaine façon dans l’attente d’être récupérée. “Pavane pour une plante” nous amène à bord d’un vaisseau échoué sur un planétoïde. Sa cargaison révèle alors sa teneur et l’équipage va de surprises en surprises. Dans les deux nouvelles, la figure de la femme plane en arrière-plan, la femme différente, inaccessible mais qui fait tourner les têtes en dépit du bon sens.
“Celle qui venait de la nuit” incarne cette inconnue hors de notre compréhension, mais dont la compagnie est recherchée avec un espoir caché.

Avec “Du chrême pour Chrysothémis”, Nathalie Henneberg nous offre sa version de la mort d’Agamemnon et de ce qui s’ensuivit. Cette revisite ressemble à un exercice de style, car l’écrivaine y développe une écriture très riche en descriptions, quasi ampoulée, mais ce qui dessert le propos dans la majorité des cas, est approprié ici. Elle se fond dans le décor, permettant de mieux camper le fil des événements.

“La Terre hantée” se déroule sous terre, la surface étant impropre à la vie, car ravagée par le feu nucléaire. Combien de temps s’est écoulé depuis cet enfouissement ? Toute le monde, hommes et machines, semble l’ignorer, acceptant cette stabilité, mais des rêves étranges secouent la cité, avant une vague de disparitions... “La Terre hantée” intrigue et conserve longtemps sa part de mystère, la rêverie servant de moteur, car elle alimente l’espoir de voir un jour la surface et pour l’homme d’y retrouver sa place.
“Trois devant la porte d’ivoire” est aussi un texte onirique. Dans leur volonté de tout expliquer, les chercheurs envoient des expérimentateurs soigneusement sélectionnés pour leur équilibre de l’autre côté de la barrière, dans la grande inconnue.

L’association homme-machine en la personne du cyborg est au cœur de deux nouvelles de ce « Gandahar ». “Communication anti-monde” où, contre toute attente, un cyborg est en proie au rêve, mais la propulsion révolutionnaire de son vaisseau ne lui ouvre-t-elle pas de nouvelles réalités ? “Les vacances du cyborg” fait froid dans le dos, car le retour de ces surhommes effraie. Qu’en faire ? Les parquer dans des camps aux côtés d’autres phénomènes ? Voire une solution plus radicale... Les cyborgs ont été conçus pour dépasser les limites humaines, l’exploration de l’espace profond, servir l’humanité, alors comment accueilleront-ils cette trahison ? Au passage, il s’agit aussi d’une belle histoire d’amour platonique entre deux êtres si éloignés de l’homme mais aux préoccupations si humaines.

La sélection des nouvelles de Nathalie Henneberg pour ce hors-série s’avère très bien choisie. Elle présente une belle diversité au niveau des inspirations : fantastique, limite horreur, science-fiction, mélange SF / fantastique, afin d’aller plus loin dans l’étrange et explorer les territoires en marge. L’écriture de Nathalie Henneberg sert parfaitement le propos, ajoutant de l’épaisseur à l’intrigue. Ce « Gandahar » est un régal et constitue une belle promotion pour Nathalie Henneberg dont l’œuvre a tendance à sombrer dans l’oubli, alors qu’elle se situe à part, dénotant d’une grande exigence. On peut dire que Chris Brigonne a bien saisi en couverture l’essence de la production de Nathalie Henneberg.
Si « Galaxies » réhabilitait la dame par son paratexte et non par l’indigeste « Khéroub des étoiles », « Gandahar » le fait par le principal, son œuvre.
Très belle initiative et un grand bravo pour le résultat !


Titre : Gandahar
Numéro : Hors série II
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Couverture : Chris Brigonne
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le site ; Sa page facebook
Période : mars 2016
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 122
Prix : 7 €



Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
16 juillet 2016






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