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Ajin (T3 et 4)
Gamon Sakurai
Glénat

Sato est venu délivrer Kei du laboratoire où il subit des expériences inhumaines, même pour un Ajin. Seulement, les méthodes de Sato ne valent guère mieux que celles des scientifiques qui l’ont torturé. Sato a purement et simplement massacré tous ceux qui se sont dressés contre lui ou ont croisé son chemin. Et quand Kei se retourne contre lui pour protéger des chirurgiens, Sato comprend que, finalement, il ne pourra rien tirer du gamin. Quelle déception ! Mais ce qu’ignore Kei, c’est qu’il existe un moyen de provoquer la mort ou ce qui y ressemble chez un Ajin, en lui tranchant la tête et laissant une nouvelle lui pousser, détruisant ainsi la personnalité de l’ancien possesseur du corps. Alors qu’il pensait se retrouver seul face à ce véritable psychopathe armé jusqu’aux dents, Kei se découvre un ami chez les scientifiques encore en vie, ce dernier acceptant de l’aider à fuir. Car torturer un être humain même s’il est un Ajin, n’est pas sensé être le travail d’un scientifique encore moins d’un médecin.



Finalement, avoir perdu Kei ne sera pas un échec total pour Sato. En sortant du laboratoire, il est parvenu à faire passer un message aux autres Ajin grâce aux reporters présents sur place. Sous l’apparence d’une manifestation organisée pour la défense des Ajin, il est parvenu à regrouper ceux vivant dans les environs grâce à la créature qu’ils parviennent à générer, le IBM. Amené dans un lieu secret, le groupe se scinde rapidement en deux quand tous découvrent le véritable objectif de Sato : provoquer un massacre à la vue de tous pour que les humains comprennent qui sont les véritables maîtres du jeu. Aidé par un pompier, le jeune Nakano parvient à s’enfuir du bâtiment et à entrer dans un train l’éloignant du danger... pour un court instant car il a été repéré par Tosaki et son groupe anti-Ajin. Heureusement, le gamin est plein de ressources et une situation désespérée peut rapidement se retourner contre ceux qui l’ont provoqué quand les secours entrent enfin en action. Nakano sait qu’il ne lui reste qu’une possibilité pour stopper Sato : retrouver Kei et lui demander son aide. Si suivre la trace de Kei ne semble pas poser de problème, le convaincre est une autre paire de manches.

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Que “Ajin” devient, au fil des tomes, une série toujours plus sombre, plus glauque ! Certes, le côté pervers des tortures du tomes 2 a disparu mais pour laisser place à une autre forme de côté obscur. Le tome 3 va nous donner une image de Kei très différente de celle que certains lecteur se sont forgés. Le jeune homme, qui s’inquiète pour sa petite sœur ou pour son ami, est en réalité un être froid, faux. Kei vit dans une sorte de mensonge comportemental. En fait, il déteste tous ceux qui l’entourent, se désintéressant de la vie de ses contemporains et les utilisant juste pour passer le temps ou pour son propre intérêt. Le lecteur se retrouve soudainement avec une série sans héros. Tous les personnages voient leur aspect le plus abject prendre le dessus sur le reste : entre un Sato, véritable psychopathe rêvant d’exterminer la race inférieure des humains, un Tosaki obsédé par ses études des Ajin, au point de perdre toute humanité quand il est question de ces être immortels, et un Kei de plus en plus immonde dans son comportement, même s’il a un ultime soubresaut de mansuétude dans le tome 3, le lecteur est orphelin d’incarnation du bien. “Ajin” est tout sauf une série manichéenne où le bien affronte le mal. Son monde est à l’image de la réalité : gangrené par l’égoïste, les ego surdimensionnés et la haine de l’inconnu. Gamon Sakurai tourne au pessimisme le plus profond, à s’interroger sur la dérive des hommes vers un stéréotype égocentrique et raciste.

Après une telle conclusion de ce tome 3, Gamon Sakurai tente de redorer l’image des hommes avec deux nouveaux Ajin qui ne se sont pas laissés dépasser par leur double invisible aux humains normaux. Enfin, un personnage réellement héroïque fait son apparition : Nakano. Le garçon apparaît au début du regroupement des Ajin par Sato. Nakano, d’abord aidé par un pompier qui fera honneur à sa profession, va tenter de se rebeller contre Sato et son plan machiavélique devant provoquer un massacre. D’ailleurs, Gamon Sakurai va mettre en place rapidement une rencontre entre ses deux personnages qui apparaissent centraux : Kei et Nakano. Il va ainsi montrer tout ce qui les différencie et surtout la distance que Kei a pris avec son humanité. Nous en saurons également plus sur la structure de ces créatures qui suivent les Ajin, leur points faibles plus que leurs points forts qui sont déjà assez évidents vu leur efficacité pour apprendre à tuer. Mais ce qui sera un nouveau choc et la conclusion de ce tome 4 est le plan mis au point par Sato pour réaliser son massacre. Difficile de ne pas voir la référence et en cette période où le terrorisme s’est imposé dans notre vie quotidienne, la scène finale ne pourra que raviver des souvenirs souvent douloureux chez le lecteur.

“Ajin” est certainement la série la plus sombre et pessimiste du moment, mais aussi une des meilleures par la qualité toujours impeccable des dessins de Gamon Sakurai associés à son scénario sans pitié.


Ajin (T3 et 4)
- Auteur : Gamon Sakurai
- Traduction : Karine Rupp-Stanko
- Editeur : Glénat
- Format : 130 x 180 mm
- Pagination : 194 pages noir et blanc
- ISBN : 9782344007464 ; 9782344012796
- Parution : 18 novembre 2015 et 3 février 2016
- Prix : 7,60 €


A lire sur la Yozone :
Ajin (T1)
Ajin (T2)


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Frédéric Leray
4 juillet 2016






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