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Abominable Charles Christopher (L’) (T1)
Karl Kerschl
Studio Lounak

Charles Christopher est un yéti qui semble perdu dans la forêt. Il détonne par rapport aux habitants des lieux, ne parle pas mais se fait vite un ami.
Sans raison apparente, il gravit la montagne et se découvre investi d’une mission. Il lui faut se rendre dans la ville qui menace la nature. Toutefois un drame le pousse à retarder l’exécution de sa mission.



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Karl Kerschl nous plonge dans un monde animalier pour mieux décrire notre société humaine. Charles Christopher est un peu l’autre, celui qui a tendance à être désigné du doigt parce qu’il est différent. En même temps, il fait figure de candide qui apporte un regard neuf sur ce microcosme aux relations bien établies. Avec sa sucette en bouche, il donne l’image d’un enfant qui voit les choses à sa façon, il est encore innocent, non pollué par des habitudes ancrées au plus profond de lui.
Pas étonnant que les forces élémentaires fassent appel à lui pour juger de la menace et chercher à la juguler. La cité des hommes s’étend, elle broie tout sur son passage sans prise de conscience de ce qu’elle détruit. Les animaux de Karl Kerschl sont pourtant proches de l’humain, mais le dialogue s’avère impossible. Il n’y a pas de communication et fort de sa domination, l’homme fait régner sa loi, celle de l’économie.

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Dans “L’abominable Charles Christopher”, il y a de l’humour que je qualifierai de bon enfant, car nombre de situations animalières ne sont que la transposition de notre vie (dispute conjugale, publicité, visite chez le psy...), mais aussi de la tristesse avec l’histoire de l’ours Vivol suivie en filigrane, la menace qui se rapproche sans que les animaux n’en prennent vraiment conscience. Si la ville est encore loin, les chasseurs écument déjà la forêt, se rapprochent et posent des pièges, ce que ne supporte pas Charles Christopher.
Le propos de Karl Kerschl fait merveille, il dénonce indirectement les travers de la société humaine avec une rare justesse due aux personnages animaliers, ce qui permet de conserver une certaine distance. “L’abominable Charles Christopher” balaie toutes les émotions humaines, sans jamais friser l’overdose.
Le dessin en bichromie est très loin de la caricature, il se révèle fouillé, riche en détails aussi bien dans les expressions que dans les décors. Toutefois, Karl Kerschl réussit à ne pas surcharger les cases, insistant sur l’essentiel.

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Depuis le milieu des années 1990, Karl Kerschl œuvre dans le milieu des comics. Avec la publication en ligne de “L’abominable Charles Christopher”, il a entre autre remporté un Eisner Award. La première publication en anglais a été très vite épuisée. Le Studio Lounak a traduit ce qui à l’origine était un webcomic en français pour le Québec, avant de le rendre disponible par chez nous.
De format atypique, riche en enseignements, “L’abominable Charles Christopher” est une belle réussite pour tous les âges. Chacun y trouvera son compte, il ne le lira pas de la même manière, mais en sortira grandi. Cette bande dessinée se révèle si riche en émotions allant de la joie à la tristesse qu’elle touche une corde sensible en chacun de nous. Elle nous propose pas moins que de nous observer à travers un miroir déformant et de prendre conscience de notre force qui peut se révéler créatrice mais aussi ô combien destructrice.
Une belle leçon que le second volet de “L’abominable Charles Christopher” prolongera.

Pour se faire une idée, le site (en anglais) sur lequel est paru cette série est tout indiqué.


L’abominable Charles Christopher (T1)
- Auteur : Karl Kerschl
- Traduction : Jacinthe Leclerc
- Lettrage : Serge lapointe
- Éditeur : Studio Lounak
- Sortie : 13 mai 2016 pour la seconde édition française
- Pagination : 134 pages en bichromie
- Dimensions (en cm) : 20 x 25
- ISBN : 978-298140-951-5
- Prix public : 19,95 €


© 2013 Karl Kerschl et Studio Lounak pour l’édition française


François Schnebelen
17 juillet 2016






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