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YozoneLittérature Critiques

La Porte des ténèbres
Glen Cooper
Le Cherche-Midi, collection Thrillers, traduit de l’anglais (États-Unis), 562 pages, juin 2016, 21€

Déjà connu comme auteur des thrillers historiques avec « Le Livre des morts », « Le Livre des âmes » et « La Prophétie des templiers » , Glen Cooper s’attaque ici au techno-thriller fantastique.


Londres, de nos jours.
Américains et Anglais, soucieux de reprendre la main sur la physique des particules après la découverte du boson de Higgs au collisionneur du CERN, en Suisse, ont construit un accélérateur de particules plus puissant sous Londres et son autoroute M 25. Ce qu’ils veulent : découvrir une nouvelle particule, le graviton, prédite par la théorie mais jamais mise en évidence. Mais, dès la mise en route de ce gigantesque engin, l’improbable survient.

L’improbable, et même plus encore. Emily Loughty, une jeune physicienne présente sur les lieux de l’expérience, se retrouve subitement « remplacée » par un individu qui ne tarde pas à être identifié : un serial-killer pendu en 1949. Les clichés, les empreintes digitales coïncident à la perfection. Une seule solution : réitérer l’expérience, envoyer John Camp, le responsable de la sécurité du site, un ancien vétéran d’Irak et d’Afghanistan là où Emily a disparu. Charge à lui de la retrouver, et de revenir avec elle à l’endroit exact où elle est apparue dans cet autre monde. L’expérience d’ouverture de porte par le collisionneur sera répétée quatre fois, avec une semaine d’intervalle entre chaque tentative.

« La liberté, l’égalité et la fraternité ? Ce sont des principes nuls et non avenus en fer, Monsieur. À n’en pas douter, vous avez déjà dû vous en rendre compte. »

La procédure fonctionne. Camp disparaît, remplacé par un individu venu de l’autre monde. On ne le laisse pas s’enfuir comme le premier, et il raconte une vérité effarante : là d’où il vient, c’est l’enfer. Un autre monde où tous les damnés de la terre sont projetés à leur mort. Un autre monde auquel Emily Loughty et John Camp sont les premiers individus de l’Histoire à accéder de leur vivant.

« Ce qu’il n’avait réussi que partiellement de son vivant fut pleinement accompli en enfer. »

S’engage alors une formidable course contre la montre : dans ce lieu insensé où n’habitent que les damnées de toutes les époques, Camp doit retrouver Emily, la ramener au point d’origine pour que tous deux puissent regagner l’univers des vivants. Un lieu insensé où la technologie semble figée bien avant le vingtième siècle et dont la géographie se calque sur celle du monde réel, mais où coexistent les criminels de toutes les époques. Un monde ou les plus grands malfaisants de l’Histoire ont repris, à grands renforts de violences et de complots, la place qui était la leur dans le monde réel : Lucrèce Borgia, Himmler, Nicolas Machiavel, Clovis, le Duc de Guise, Henri VIII, Maximilien Robespierre et bien d’autres.

« Tout est si morne, ici. On croirait l’œuvre d’un peintre qui n’aurait que deux couleurs à sa disposition, marron et gris. »

On s’en doute : dans cet univers crépusculaire, perpétuellement sombre et exclusivement hanté par des individus malfaisants, on n’est pas tout à fait dans ce « Monde du Fleuve » imaginé par Philip José Farmer, mélange d’enfer et de paradis où se retrouvent tous les individus ayant existé depuis l’aube des temps, mais bien plutôt dans ce monde simulé par Rod Rees dans sa volumineuse tétralogie du « Demi-Monde », « Eté », « Automne », « Hiver », et « Printemps », où des scientifiques ont décidé de créer un véritable chaos en y injectant les personnalités des plus grands psychopathes de l’Histoire.

« Tel est mon but, John, notre but : l’unification de l’enfer.  »

On pourra faire à Glen Cooper plusieurs reproches de détail. Si l’usage de l’accélérateur de particules comme point de départ pour l’inexplicable est devenu assez classique (comme dans « L’œil dans le ciel » de Philip K. Dick ou « Flash Forward » de Robert J. Sawyer), les arguments scientificoïdes ne convainquent personne et il est assez maladroit, alors que les expériences et paliers sont extrêmement protocolisés, d’essayer de faire croire qu’une seule personne soit capable, dès la première mise en service de l’engin, d’ordonner de le pousser à son maximum. Autre facilité, le fait que John Camp soit la seule personne, en enfer, à avoir suffisamment de connaissances techniques pour améliorer des canons rudimentaires et renverser le cours de l’histoire infernale : cela donne par moments l’impression que cette histoire d’enfer n’est plus qu’un prétexte à des aventures calquées sur tous ces ouvrages de science-fiction où un astronaute échoué sur une planète bloquée à un stade médiéval parvient à s’en sortir grâce à ses connaissances scientifiques. En sachant qu’ici, le monde médiéval, ou plus exactement l’enfer, est un composite des siècles passés situé en Angleterre, en France, en Allemagne et en Italie.

« Il faut que je peigne ce prêtre, répondit le Caravage. Je n’ai jamais vu personne prier en enfer. »

Ici et là quelques éléments prêtent à sourire. Le fait que les deux vivants soient reconnus par tous comme vivants dans ce territoire infernal uniquement à leur odeur, tout comme le fait que personne ne mette en doute leur histoire apparaît comme une certaine facilité. La vision de l’enfer de Glen Cooper semble passablement angélique et politiquement correcte dans la mesure où aucune femme, ou presque, aucun enfant me méritant d’être damnés, cet enfer est peuplé dans son immense majorité d’hommes adultes. Quant au fait que l’enfer, dans sa description, soit très exactement localisé à l’Europe, il en dit long également sur l’inévitable américano-centrisme des auteurs d’outre-Atlantique (s’il y a un lieu où on l’emporte toujours sur un ennemi venu d’outre-espace ou d’ailleurs, c’est bien l’Amérique) auquel on trouve ici un contrepoint inattendu : le héros est tout naturellement américain, mais quand il est question d’enfer, les choses se passent inévitablement ailleurs. Accordons toutefois à l’auteur le fait que l’Europe, dont l’histoire ancienne est particulièrement riche, s’y prêtait plus que l’Amérique du Nord.

On l’aura compris : si « La Porte des ténèbres » ne bouscule pas outre mesure les neurones, c’est néanmoins un roman qui a le mérite de rappeler quelques connaissances historiques et un bon thriller de plage qui, entre traquenards, captivités, évasions, batailles, et épouvantes diverses assure pleinement dans le registre du rythme et des rebondissements. Y compris au niveau de la « happy end », qui s’accompagne d’une ultime surprise ouvrant « La Porte des ténèbres » sur de nouveaux développements. Il faudra lire les deux autres volumes de ce cycle, déjà parus en langue originale sous les titres de « Portal » et « Floodgate », pour savoir si Glen Cooper parviendra à tenir jusqu’au bout le rythme de cette aventure peu commune.

Titre : La Porte des ténèbres (Down : Pinhole, 2016)
Auteur : Glen Cooper
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Diniz Galhos
Couverture : Jamel Ben Mahammed
Éditeur : Le Cherche-Midi
Collection : Thrillers
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 562
Format (en cm) : 14 x 22
Dépôt légal : juin 2016
ISBN : 9782749142586
Prix : 21 €




Hilaire Alrune
1er juillet 2016







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