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Bifrost n°82
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°82, nouvelles - articles - entretiens - critiques, avril 2016, 196 pages, 11€

20 ans de « Bifrost » ! Pour les 10 bougies de la revue était sorti un numéro double des plus copieux. Pour la présente occasion, une manière différente de fêter l’événement a été choisie : en plus du numéro normal et spécial Gaiman, les abonnés ont tous reçu un Bifrost hors série de 132 pages sur la bande dessinée en science-fiction.
À présent, il leur reste 10 années à réfléchir pour la prochaine échéance...



En tête d’affiche de ce numéro anniversaire, Neil Gaiman, un créateur d’imaginaire hors pair. Un imposant dossier permet de mieux le découvrir. Il s’agit d’un touche-à-tout de génie, mais le succès n’est pas arrivé d’un coup, il lui a fallu de la persévérance. L’auteur n’a jamais douté de sa voie, a su nouer des contacts avec des gens importants du milieu pour lui mettre le pied à l’étrier. Son premier roman a été coécrit avec Terry Pratchett, Alan Moore a pu le conseiller pour les scénarios...
Les différentes cordes de son arc sont décortiquées : la bande dessinée avec l’incontournable série « Sandman », ses recueils de nouvelles et ses romans. Et ce tableau est enrichi par plusieurs intervenants : Patrick Marcel, un de ses traducteurs, Marion Mazauric, la directrice du Diable Vauvert que son enthousiasme égare parfois et Jean-Daniel Brèque dans un étonnant papier au titre trompeur faisant penser à un canular, alors que ce n’en est pas un.
La conversation entre Neil Gaiman et Kazuo Ishiguro sur la question des genres constitue un des temps forts de ce dossier. Quel besoin de tout cataloguer ? De mettre des étiquettes restrictives sur chaque livre ?
La nouvelle “Comment le marquis retrouva son manteau” complète de bien belle façon l’ensemble en montrant tous les talents de conteur de Gaiman. Rien que la description du manteau constitue un morceau de bravoure ! L’histoire se situe dans l’univers du roman « Neverwhere » et nous plonge dans le Londres d’en bas, la ville cachée avec ses innombrables bizarreries. Le marquis de Carabas a perdu son manteau et est prêt à tout pour le récupérer, même à braver les bergers, entre autres dangers... Dès l’entame, le lecteur ressent de l’attirance pour le récit, il est captivé par cet imaginaire décalé dans lequel tout devient possible, sans choquer pour autant. C’est passionnant, amusant, dépaysant... Bref, génial !
Résumer ce dossier s’avère simple : lisez Gaiman ! Et que ce soit en BD, romans ou nouvelles, en adulte ou en jeunesse.

“La femme qui se croyait planète” donne un avant goût d’« Infinités », le recueil de nouvelles de Vandana Singh tout juste paru chez Denoël Lunes d’encre. Le titre décrit très bien le contenu mais ne traduit pas le malaise que ce comportement soulève chez son mari, fraîchement retraité. Cette attitude ne passe pas du tout dans la société indienne dans laquelle il vit et peut ruiner en un rien de temps sa réputation. Comment sortir cette lubie de la tête de sa femme ? Agréable incursion dans une société très différente de la nôtre et qui apporte une indéniable touche d’exotisme. Vandana Singh insuffle de l’humour dans son récit, ainsi qu’une touche de merveilleux. Ce texte ne peut que donner envie de découvrir le recueil nommé ci-dessus.

“Coexistence” de Thomas Day s’avère différent de ce à quoi l’auteur nous a habitués. Il s’agit de science-fiction avec une humanité à deux vitesses. Les Quatre ont un patrimoine génétique plus performant. Precious en est une parfaite représentante. Ancienne numéro un mondiale du tennis féminin qui a battu le numéro un masculin, avant de se faire interdire de circuit. Obligée de se lancer un nouveau défi, car c’est dans la nature des Quatre, comme de vaincre, elle s’est mise à l’ultimate fight et désire défier l’ancienne gloire du milieu.
Thomas Day place les premiers jalons d’une histoire plus vaste. Il intrigue les lecteurs avec ces Quatre, apportant plus de questions que de réponses. Il présente ici une belle leçon, sans débauche de moyens et démontre qu’on peut être au sommet et en retomber tout aussi vite. Indiscutablement, univers à suivre.

“Qui sème le vent” de Marie Pavlenko fait plutôt pâle figure à côté des trois autres textes. Une vieille femme fait un tour en ville. Dans son drôle d’accoutrement, elle ne cesse de bougonner. La fin ne surprend guère et sent même le réchauffé.

La partie rédactionnelle est toujours aussi fournie en recensions et Roland Lehoucq examine « Ant-man », petit mais costaud.

Un numéro 82 éclairé par la présence de Neil Gaiman. L’imposant dossier qui lui est consacré et “Comment le marquis retrouva son manteau” montrent toute la palette de son génie.
Du très bon travail !


Titre : Bifrost
Numéro : 82
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Romain Etienne
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 82, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : avril 2016
ISBN : 978-2-913039-79-7
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 196
Prix : 11€



Pour contacter l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
26 mai 2016






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