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Dodoma (T1)
Jun Shiraishi
Komikku éditions

Mana aime deux choses dans la vie : son frère Shino et construire. Dans l’Orbis, autour de l’arbre de vie, le travail ne manque pas, surtout que les tremblements de terre font de tels dégâts que Mana a le plaisir ensuite de rendre service à ses voisins. Orbis est leur pays, leur unique univers depuis que le monde extérieur est devenu mortel pour les êtres humains. Des pluies acides, telles des lances de feu, ont dévasté la surface de la planète, forçant les survivants à se cacher derrières de gigantesques murs, protégeant l’arbre de vie. Mana n’a jamais vu l’extérieur mais il a déjà vu le dieu qui vit au sommet de l’arbre. L’arbre fournit eau et tissus aux habitants d’Orbis. Était-ce ce dieu qui offrait ainsi à ceux vivant à ses pieds de quoi survivre dans ce monde hostile ? Pour Mana, la réponse est non pour la bonne et simple raison que Shino et lui ont tué ce dieu. Et c’est un jour qui ressemblait à tous les autres, que la grande catastrophe arriva et que Mana découvrit la réalité sur ce monde qu’il pensait pourtant connaitre.



Tout commença par l’arrivée de deux inconnues dans l’Orbis. Elles ne pouvaient venir que de l’extérieur, ce qui les rendait mystérieuses, mais à ce moment, Mana n’avait pas conscience qu’elles annonçaient la fin de leur tranquillité. Alors que son frère et lui finissaient la nouvelle demeure de leurs voisins, une violente secousse fissura le mur. En fait, une main gigantesque venait de percer une ouverture où s’engouffrèrent d’un groupe d’hommes masqués aux intentions des plus claires : massacrer les habitants d’Orbis. En voyant ses amis mourir autour de lui, Mana fut pris d’une rage meurtrière et s’attaqua aux assassins qui venaient de détruire la paix dans laquelle vivaient sans méfiance les habitants d’Orbis. Mais plus grave encore, Shino semblait blessé au ventre. Ne pouvant descendre là où le groupe d’assassins avait pris position, Mana choisit de tenter leur chance dans l’ancienne demeure du dieu, en haut de l’arbre de vie. Mais un nouveau choc renversa l’arbre de vie et un nouveau trou apparu dans la demeure du dieu, assez grand pour que Mana puisse voir la cause de leur malheur : une créature de pierre gigantesque agressait Orbis.

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“Dodoma” est la première série du jeune mangaka Jun Shiraishi. Ce qui peut surprendre dès les premières pages, c’est la précision de son trait. Souvent, les jeunes auteurs tâtonnent un peu dans leur première série pour se fixer un graphisme propre. Ce n’est pas le cas ici. On sent que Jun Shiraishi arrive avec une sûreté dans le geste et une réelle qualité dans le coup de crayon. Son histoire nous entraîne dans un monde apocalyptique où les humains ont dû se forger une nouvelle culture, dans des cités qui peuvent sembler souterraines dans les premières planches, car le monde extérieur leur est devenu hostile. Ce sujet est assez classique et n’est pas sans rappeler le contexte premier d’un Gurren Lagann ou plus récemment des Enfants de la Baleine. Toutefois, contrairement à ces deux autres univers, les habitants de l’Orbis n’ont pas conscience que leur environnement n’est pas simplement un dôme de pierre surplombant un arbre de vie leur apportant de quoi survivre. D’ailleurs, ils semblent ne s’être jamais vraiment posés la question sur ce miracle. On aurait pu s’attendre à un peuple très religieux et pourtant Jun Shiraishi n’aborde pas vraiment la question de la religion dans ce tome, hormis à travers ce dieu mort.

Le mangaka ne mettra pas longtemps à révéler ce qu’est réellement Orbis à travers une scène d’une rare violence. C’est aussi ce qui peut étonner : “Dodoma” est un manga très violent. Pourtant le design des personnages est bien rond, ce qui aurait pu laisser penser à un shonen classique mais annoncer l’arrivée des bourreaux des habitants d’Orbis par une tête qui vole a de quoi marquer les esprits. C’est aussi le moment où les deux frères Mana et Shino vont se révéler. Sous ses airs de gentil petit garçon, Mana est en fait enclin à des rages intenses, le rendant capable de tuer sans le moindre scrupule quand il s’agit de protéger son grand frère. C’est un peu un échange des rôles puisque le plus jeune des deux sera celui qui prendra les armes pour défendre les siens. La découverte de la nature de l’Orbis donnera lieu à un combat titanesque. C’est peut-être le petit point faible de ce tome car ce combat n’est pas toujours bien clair, les lecteurs devant revenir parfois sur une planche passée pour bien identifier les deux colosses et comprendre la chorégraphie de leur combat.

Le monde de “Dodoma” s’avère mystérieux et complexe. Ce premier tome pose énormément de questions sans réponses, aussi bien sur l’origine des Dodoma, ces géants de pierre, sur l’origine de leur lutte et surtout pourquoi les peuples de ces géants n’ont pas le même niveau de connaissance du monde qui les entoure. Côté dessin, Jun Shiraishi a choisi un monde apocalyptique épuré, lui permettant de se focaliser sur les personnages et les colosses de pierres, dont la colonne vertébrale est un arbre rachitique, loin du florissant Yggdrasil, l’arbre de vie des Nordiques. Chaque tribu habitant les Dodoma aura un mode vestimentaire spécifique, inspiré des peuplades nomades. On sent que ces choix ne sont pas faits au hasard et que Jun Shiraishi a une idée bien précise de leur utilisation.

Premier tome d’un triptyque, “Dodoma” est une réussite incontestable pour une première oeuvre, possédant un scénario assez complexe pour harponner le lecteur efficacement, et un style graphique très marqué et qui pourrait aussi coller à la peau du mangaka.


Dodoma (T1)
- Auteur : Jun Shiraishi
- Traducteur  : Yohan Leclerc
- Éditeur français : Komikku éditions
- Format : 13 x 18 cm
- Pagination  : 194 pages
- Date de parution : 12 mai 2016
- Numéro IBSN : 978-2372870979
- Prix : 7,90 €


© 2014 by JUN SHIRAISHI / NSP Approved Number ZCW-59F
© Komikku éditions- Tous droits réservés


Frédéric Leray
20 mai 2016






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