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Blizzard, tome 2 : Les Guerres Madrières
Pierre Gaulon
Mnémos, roman (France), fantasy, 283 pages, août 2015, 19€

Sous les Collines Noires, Fender’oc raconte les guerres madrières à Chasseur, guerres dans lesquels il a joué un grand rôle, en tant de chef de la délégation esthète envoyée au secours de Madre. C’est lui qui est allé, avec Diggins pour guide, dans le Santbor ge mad, « l’enfer des mages », la zone maudite d’où viennent les Erzats, pour en ramener la puissance magique à même de les vaincre.
Pendant ce temps, le tournoi continue. La révolte gronde aussi, un peu.



« Le Secret des Esthètes » était loin de m’avoir emballé, aussi ne me suis-je pas jeté sur « Les Guerres Madrières », sorti l’été dernier. J’ai eu partiellement tort.

Ce qui m’avait déplu dans le premier volume est toujours présent : l’effet un peu haché de courts chapitres centrés sur un unique personnage, qui fait son petit bilan, lâche parfois une révélation, avant de passer à l’action. Les nombreux personnages secondaires (Isidore, Juliette, Dorio, etc.) ne font ainsi qu’une brève apparition, et il est encore difficile de s’attacher à l’un ou l’autre tant ils peuvent sembler entiers.
Le récit avance également peu, quelques décès plus ou moins accidentels venant perturber le tournoi. Tout se met peu à peu en place pour conduire à un climax de fin de volume, avec un combat à l’affiche imprévue et un début de soulèvement populaire (ébranlera-t-il le pouvoir d’Evanen ou ce dernier réprimera-t-il la rébellion dans le sang ? Nous verrons dans le tome 3, prévu pour juin).

J’ai par contre pris un grand plaisir à lire le récit de l’esthète Fender’oc, qui occupe une bonne moitié de ce livre (c’est du moins l’impression que j’en ai eu, je n’ai pas recompté les pages). Un récit à la première personne, linéaire et reposante, qui narre le siège de Madre et son aventure dans « l’Enfer des mages ». Il n’y a certes rien de bien novateur dans le fond, mais sur la forme je n’ai pas autant ressenti cette gêne due au style parfois haché ou pauvre en ponctuation qui m’avait tant dérangé dans le tome 1. C’est donc avec intérêt qu’on se plonge dans le passé de la Fédération, à l’époque où elle était encore un Royaume. On y découvre Madre, construite selon les préceptes de Vauban autant que David Gemmell, avant une expédition éprouvante dans un lieu bourré de magie, où les pièges sont aussi nombreux qu’inattendus.

Bon, disons-le tout de suite : j’ai trouvé à pinailler : les fameuses « premières guerres madrières » se résument en tout et pour tout à l’attaque des Erzats, qui déciment l’armée régulière, le siège de Madre (pas aussi épique que celui de « Légende ») auquel l’arrivée de Blizzard met fin en quelques éclairs. Personnellement, l’affaire ne durant pas plus de deux semaines, je n’appelle pas cela « des guerres » mais « une bataille ». Et comme la seconde attaque sur Madre se profile seulement, il est un peu tôt pour parler de « première(s) » (cela s’appelle une rétronymie, comme pour nos Guerres mondiales). Le roman souffre toujours autant de l’absence d’une carte et de ses notions de distances très floues : la fédération peut être parcourue d’un bout à l’autre en quelques jours de marche, on s’étonnera donc des différentes densités de population, des sources d’approvisionnement de la capitale, des effectifs militaires...

C’est du côté des mages et des Erzats que mes hypothèses s’échafaudent et s’effondrent au fil des révélations. Le Santbor ge mad apparaît comme le test final de la formation des mages, un piège grandeur nature pour les tester. On se dit donc vite qu’il doit y avoir un lien entre ceux qui échouent et les Erzats, vu que personne d’autre n’y met les pieds et que les bestioles sont à demi humaines. Mais cela signifierait qu’il y a énormément d’aspirants mages (assez pour former une armée), qui n’ont pas tourné les talons comme Diggins... Ce qui n’est pas cohérent avec la place de la magie avant les « premières guerres madrières » et totalement impossible pour la suite, la magie étant d’abord encadrée par Jamses II, puis l’Inquisiteur faisant exterminer les mages. Pierre Gaulon aiguise notre curiosité, distillant, en bon auteur de thrillers, les informations au compte-gouttes.

Blizzard se dévoile lui aussi. S’il est toujours aussi peu présent dans la trame contemporaine, le récit de Fender’oc révèle sa grande puissance. Est-elle la cause de l’âge hivernal, comme Evanen le présente à son peuple ? On en apprend aussi à son sujet, et le duel final entre les deux mages, auquel on s’attend, sera sans doute cataclysmique.

De son côté, Diggins semble jouer un double jeu dangereux, et Pierre Gaulon fait durer le suspense à ce sujet, le rendant à nouveau indispensable à la fin de ce second tome. Il se révèle un très bon anti-héros, taciturne et lâche, et sans doute le protagoniste le plus intéressant de cette histoire.

En conclusion, si « Le Secret des Esthètes » m’avait désorienté, peu accroché, voire déçu, « Les Guerres madrières » recèlent des éléments intéressants. Mais à mon goût, il y manque de la densité, que la multiplication des personnages ne permet pas en 280 pages, l’univers n’est pas exempt de failles ou de légèretés, la structure stylistique est assez mécanique sur la partie « contemporaine », alors que la partie « ancienne », si elle est classique dans sa forme, fait preuve de beaucoup plus d’originalité et nous happe totalement (notamment dans l’atmosphère poisseuse et anxiogène du Santbor).
Bref, tout n’est pas à la hauteur des ambitions d’une trilogie de dark fantasy que l’aspect extérieur du livre, effet bi-matière et tout, laisse envisager. La trame seule de Fender’oc emporte sans conteste mon adhésion ; le reste, épars, peine à accrocher, laissant pour seul moteur la curiosité de savoir le fin mot de tout cela. Cela ne saurait tarder, « Le dernier sortilège » est daté pour juin 2016.
J’espère être agréable surpris et contredit.


Titre : Les guerres madrières
Série : Blizzard, tome 2
Auteur : Pierre Gaulon
Couverture : Michel Karez / Atelier Octobre Rouge
Éditeur : Mnémos
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 283
Format (en cm) : 23,6 x 15,5 x 2,6
Dépôt légal : août 2015
ISBN : 9782354083281
Prix : 19 €


On notera une chute drastique du nombre de coquilles (je n’en ai vu que 5 ou 6), dont « se monstre » p.246 et « la hanse » (de la chope) p.276...


Nicolas Soffray
15 mai 2016






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