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Tsumitsuki
Hiro Kiyohara
Pika

Une rumeur raconte que le sanctuaire à l’entrée de la ville serait dédié à des dieux qui permettraient d’effacer les péchés de ceux venant les vénérer. Mais ce n’est qu’une légende car bien au contraire, le jeune gardien de ce temple n’est pas là pour pardonner mais exorciser ceux qui se retrouvent possédés par un tsumitsuki. Les tsumitsukis sont des esprits se nourrissant des remords des humains : il prend possession de la personne éprouvant un fort sentiment de culpabilité et la détruit de l’intérieur. C’est alors que se doit d’intervenir Kuroe, avant que le tsumitsuki ait achevé de transformer en monstre son hôte. Et Kuroe a le don pour sentir ceux rongés par la culpabilité, comme la jeune fille qui semble s’être égarée devant le temple. Takada est une lycéenne s’inquiétant pour une de ses amies qui semble persécutée par certaines de leurs camarades de classe. Takada aimerait pouvoir aider son amie mais celle-ci refuse son soutien.



Takada vient d’arriver dans ce nouveau lycée mais tout de suite, elle est devenue populaire. Il faut dire que la jeune fille est pleine de vie et fait partager sa bonne humeur. Cette empathie naturelle pour les autres l’a rapidement amenée à s’intéresser à Shinohara. Cette dernière se tient toujours à l’écart des autres et en découvrant « crève », gravé sur le pupitre de sa camarade, l’inquiétude de Takada n’a fait que croître, surtout que Shinohara la rejette ouvertement. Mais quand cet étrange garçon, Kuroe, lui raconte la légende des tsumitsukis, Takada refuse d’admettre que son amie puisse être parasitée par ce genre d’esprit malfaisant. Malheureusement, la vérité sera tout autre, en découvrant les persécutions que subit Shinohara, Takada tente une ultime fois de l’aider mais cela ne fait que provoquer la transformation de la jeune fille en monstre. L’instant qu’attendait évidemment Kuroe pour intervenir, lui qui n’est plus humain également. Son bras droit se métamorphose en gueule de loup béante, engloutissant Shinohara. Aurait-elle pu sauver son amie ? Le remord commence à envahir Takada, une aubaine pour Kuroe, lui qui se nourrit en dévorer les tsumitsukis.

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Nous avions découvert Hiro Kiyohara avec son travail sur la série Another. Le mangaka s’attaquait déjà aux légendes urbaines, prenant naissance chez les adolescents au point de venir pour eux un piège mortel. Cette fois, il passe un cran au-dessus dans le fantastique, tout en restant dans le monde du surnaturel. La légende qui va s’attaquer à la classe d’un lycée concerne des esprits démoniaques se nourrissant de la culpabilité de sa victime. Quoi de plus simple que de générer un sentiment de culpabilité chez quelqu’un ! Ce sera d’ailleurs la sinistre morale de première nouvelle composant ce one shot. Hiro Kiyohara nous présente un anti-héros sombre, ambigu, en la personne de Kuroe. Le mangaka ne nous fera pas lanciner très longtemps sur sa nature, même s’il va distiller durant tout le tome des informations supplémentaires, nous expliquant comment un jeune garçon a pu devenir ce terrible chasseur de tsumitsukis. Mais attention, Kuroe n’est pas un chevalier blanc luttant contre le mal. Bien au contraire, devant se nourrir de tsumitsukis, il donne aussi un coup de pouce au destin pour provoquer le parasitage d’humain.

Ce one shot se compose de quatre histoires déclinant différentes formes de culpabilité, ainsi qu’une histoire bonus nous racontant la transformation de Kuroe en chasseur de tsumitsukis. Les histoires sont toutes très sombres, avec des sujets allant de la jalousie à la maltraitance. Hiro Kiyohara n’a pas du tout choisi la facilité dans ses sujets, prenant parfois le lecteur à revers, le trompant sur l’origine des remords ou encore sur la personne parasitée par le tsumitsuki. Ses personnages sont tous très forts, avec des personnalités bien développées, même si nous n’avons pas beaucoup de temps pour créer une véritable empathie avec eux. Seule Takada aura droit à deux histoires, toutes les deux tragiques et qui affineront le personnage de Kuroe, s’avérant d’une grande complexité. Un esprit renard fera son apparition, un grand classique de la mythologie nippone, qui se révélera être quelque part le seul ami de Kuroe. Les dessins de Hiro Kiyohara sont parfaitement en phase avec son récit, avec ce côté sombre, très crayonné, et surtout très réaliste. Le côté lugubre et malsain de ses histoires prend une véritable force avec l’utilisation des ombres, atténuant parfois l’horreur de certaines cases. Hiro Kiyohara est parvenu à donner une force à son récit par ce dessin plus sombre que celui de Another mais tout aussi détaillé et immersif.

En fermant “Tsumitsuki”, on ne regrette qu’une seule chose : que ce ne soit qu’un one shot. En tout cas, Hiro Kiyohara est un mangaka à suivre de près.


Tsumitsuki
- Auteur : Hiro Kiyohara
- Traducteur  : Laetitia Citroën
- Éditeur français : Pika
- Format : 125 x 180, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination  : 196 pages
- Date de parution : 25 novembre 2015
- Numéro IBSN :9782811622732
- Prix : 7,20 €


A lire sur la Yozone :
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©HIRO KIYOHARA 2010
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Frédéric Leray
27 avril 2016






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