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Empire des Auras (L’)
Nadia Coste
Seuil Jeunesse, roman (France), anticipation sociale, avril 2016, 301 pages, 13,90€

Avenir proche. Un médecin découvre que les humains émettent une aura, tantôt bleue, tantôt rouge. Que 95% des détenus en prison ont une aura rouge. Il n’en faut guère plus pour que cette couleur soit une preuve de déviance, de violence. Nul ne sait ce qui déclenche la « bascule », le passage du bleu au rouge. Mais elle est irréversible.
2059. La société est scindée en deux : les auras bleues bénéficient d’avantages, les rouges sont reléguées en citoyens de seconde zone. La bascule provoque une déchéance sociale et le mépris ouvert de ses (anciens) proches.
Chloé est lycéenne, et grâce à l’appli Aura de son smartphone, elle vérifie tous les matins qu’elle est bien bleue. Et d’autant plus le jour de la rentrée, où elle intègre un lycée mixte : bleus et rouges se côtoient, au grand dam de sa mère, fanatique de la vertu pleine de fiel pour les rouges. Chloé, jusqu’ici surprotégée, découvre que les Rouges sont des gens comme tout le monde. Deux garçons attirent son attention : le bouillant Ben et le plus discret Florent...



N’en dévoilons pas plus sur l’intrigue, qui mêle habilement l’évolution personnelle de l’héroïne à celle de la société à un moment-clé : la découverte imminente d’un traitement pour retrouver une aura bleue. A quel prix, vous le découvrirez aussi.

Cette histoire est une histoire d’exclusion, de xénophobie. Elle pourrait traiter de couleurs de peau différentes, elle pourrait évoquer le rejet des séropositifs, des juifs marqués d’une étoile jaune pendant la guerre. Car la société de 2059 dépeinte par Nadia Coste ne vaut guère mieux que les générations qui l’ont précédée : on a juste trouver un autre critère pour discriminer certaines personnes. Et le pire, c’est que ce critère n’est pas plus logique que la couleur de peau ou la religion. En effet, on ignore ce qui cause la couleur de l’aura. Chloé va le découvrir, et cette information a le pouvoir de faire changer les choses.

C’est donc sur l’arbitraire que la société est scindée, qu’une part est méprisée par l’autre. La famille de Chloé est éloquente sur ce sujet : sa mère, fanatique de la pureté, milite activement contre les rouges. Persuadée, comme une vielle bigote, qu’« ils » ont le mal en eux, elle est ouvertement raciste. Elle scanne sa fille chaque matin avant même un bonjour, prête à la renier si elle vire au carmin. Pour elle, sa scolarisation dans un lycée mixte équivaut à la plonger au milieu des pestiférés, qui finiront d’une façon ou d’une autre par la « contaminer ».

Même si elle s’en défend, en refusant par exemple des lois répressives envers les rouges, la société a déjà acté la différence : la ville est jalonnée de portiques de scan de sécurité, les transports en commun sont scindés en deux (les bleus à l’avant, les rouges à l’arrière - ça vous rappelle quelque chose ?). En cas d’incident, les protagonistes rouges sont immédiatement suspectés. Quand Chloé observera des bleus commettre des délits sans voir leur halo virer, il deviendra évident que l’aura ne reflète en rien la pureté de la personne, mais bien quelque chose de plus compliqué... et de plus personnel.

Encore une fois, Nadia Coste nous cisèle un bouquin diablement prenant, avec une histoire attachante (les premières amours d’une lycéenne confrontée à la différence) dans un univers où aucun détail ne semble avoir été laissé au hasard. Plutôt que de longs discours explicatifs, elle sait nous montrer, par les petits détails du quotidien de ses personnages, comment la société a évolué, ce qui est devenu naturel et nous semblerait aberrant. On voit surtout que certaines choses ne changeront jamais (l’appât du gain, la volonté d’humilier, d’écraser les autres) et qu’il faut se battre contre elles, en n’oubliant jamais qu’il est facile de se retrouver, tôt ou tard, du mauvais côté de la barrière.
La leçon que tire Chloé, et nous avec elle, c’est qu’il faut s’accepter tel qu’on est, et les autres tels qu’ils sont, plutôt que de dresser des barrières.

Thriller d’anticipation sociale au fort message de tolérance, « L’Empire des auras » est une lecture vivement conseillée à tout âge.


Titre : L’empire des auras
Auteur : Nadia Coste
Couverture : Séverin Millet
Éditeur : Seuil Jeunesse
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 301
Format (en cm) : 20,5 x 14 x 2,3
Dépôt légal : avril 2016
ISBN : 9791023506952
Prix : 13,90 €



Nicolas Soffray
26 avril 2016






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