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Misérables (Les) (T1 à 3)
Takahiro Arai
Kurokawa

Jean Valjean est un homme qui lutte pour la survie de sa famille : sa sœur a sept enfants et les seules ressources qu’ils ont viennent de son travail. Afin de les nourrir, il taille les arbres, mais le travail se fait rare et bientôt il ne peut plus subvenir à leurs besoins. À court d’options, il décide de voler du pain mais il se fait attraper et est condamné à une peine de cinq ans de prison.

Malheureusement, après plusieurs tentatives d’évasion, sa peine s’allongera de plus en plus. Lorsqu’il sort enfin, dix-neuf années se sont écoulées et ses neveux sont probablement morts de faim. Commence alors une existence de paria ponctuée de vagabondages.



Découvrir qu’une adaptation en manga des “Misérables” allait paraître provoqua chez moi un mélange d’appréhension et de curiosité. Il faut dire que je m’étais déjà récemment frotté à l’adaptation très libre de “Richard III”, Le requiem du roi des roses, publié chez Ki-Oon. Cette fois c’est Takahiro Arai qui se prête au jeu de l’adaptation pour Kurokawa et la différence se fait sentir dès les premières pages : l’auteur est fidèle au matériel d’origine. Là où Aya Kanno usait d’une œuvre et d’une période historique comme vague inspiration pour un récit mi-seinen, mi-yaoi, mi-yaourt de culture européenne, Arai ne décroche pas de la trame de Victor Hugo. D’ailleurs, en conservant le titre du roman, il aurait été difficile de faire autrement.

Pourtant, loin d’être une simple transposition, le manga offre un véritable point de vue sur l’histoire des “Misérables”. L’auteur utilise toute la palette d’outils du manga pour sublimer les scènes d’une manière impossible pour les différentes adaptations cinématographiques. Ainsi même si vous avez lu le roman et vu un ou plusieurs des films, vous redécouvrirez cette fresque sous un autre angle, plus épique notamment.

Le découpage spécifique du format manga permet à la fois de dynamiser et de dramatiser le récit, que ce soit par des angles de cadrage fort comme de violentes contre plongées, des jeux d’ombres et de lumières qui accentuent les émotions des personnages ou encore – mon préféré – par des métaphores visuelles.

Il y en a une qui m’a particulièrement marqué dans le chapitre trois de la première partie. C’est le moment où Jean Valjean sort de prison, en tant qu’ancien détenu il doit se présenter aux autorités locales lors de ses voyages. De fait, la population apprenant son passé, toutes les auberges le refusent car sa réputation de monstre le précède. Une femme lui conseille alors d’essayer la maison de monseigneur Bienvenu. Avant qu’il rentre, l’une des sœurs parle de lui comme un monstre terrible et dangereux. Deux séries de deux coups retentissent contre la porte et Jean Valjean entre sous le regard terrorisé des femmes. Sur cette page, on voit un lion menaçant entrer dans la maison. Ce type de métaphore est utilisé à plusieurs reprises dans le manga et apporte beaucoup au récit.

Si il n’est pas rare que les adaptation d’œuvres classiques en manga soient un peu « verbeuses » et ennuyeuse à lire, celle-ci est aux antipodes. On ne s’ennuie pas une seule case et les événements se succèdent de manière très fluide. On a l’impression de lire un seinen palpitant - bien qu’il soit classé comme shonen - alors qu’il s’agit d’un chef d’œuvre classique.

Pas de doutes que certaines fiches de lectures de lycée seront basées sur ce manga.


(T1 à 3) Les misérables
- Scénario : Takahiro Arai d’après Victor Hugo
- Dessins : Takahiro Arai
- Éditeur : Kurokawa
- Collection : Shonen
- Format : 12,9 x 18,3 cm
- Pagination : 256 pages Noir et Blanc
- Dépôt légal : 12 septembre 2014 (T1), 11 juin 2015 (T2), 8 octobre 2015 (T3)
- Numéro ISBN : 978-2368521410 (T1), 978-2368521687 (T2), 978-2368521748 (T3)
- Prix public : 7,65 €


Illustrations © Takahiro Arai et Kurokawa éditions (2016)


Gianni Zablot
3 avril 2016






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