YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Outre Fleuve : entretien avec Stéphane Desa
Tout l’imaginaire au Fleuve
Une collection dédiée à l’imaginaire


Bonjour, pouvez-vous vous présenter et nous présenter cette nouvelle collection baptisée « Outre Fleuve » ?

Bonjour. Je suis Stéphane Desa et j’ai repris la collection de Fleuve Éditions dédiée aux littératures de l’imaginaire en février 2015, afin de préparer le lancement d’Outre Fleuve pour cette année.
Bien avant de travailler dans l’édition, j’ai toujours été un lecteur très éclectique et un amateur de littératures de genre et d’imaginaire, SF (space op, hard science, anticipation, cyberpunk…), fantasy (high fantasy, heroic fantasy, dark fantasy, ou l’inclassable Terry Pratchett), mais aussi fantastique ou romans horrifiques. En somme, je suis avant tout un passionné de romans qui s’affranchissent des règles et des codes établis, qui explorent de nouvelles voies et ouvrent les portes de nos consciences.
Et c’est en fait la raison d’être d’Outre Fleuve : publier et défendre de telles œuvres insolites. À l’origine, il y a l’envie de notre directrice éditoriale, Valérie Miguel-Kraak, de redéployer les littératures de l’imaginaire chez Fleuve Éditions, un acteur historique du genre. On m’a proposé la mission, et je l’ai acceptée. Avec enthousiasme ! Restait à donner un cap au navire et à lui trouver un nom. « Outre Fleuve » s’est imposé naturellement, une collection du Fleuve qui s’aventure loin des rives balisées des genres et dont la vocation est de découvrir de nouveaux horizons.
Outre Fleuve sera donc une collection protéiforme et hétéroclite, où nous nous laisserons guider par nos envies et coups de cœur aussi bien en SF et fantasy qu’avec des romans post-apo, fantastiques, des thrillers horrifiques… L’avantage d’une telle collection est que tous les champs des possibles sont ouverts.

Il y a chez Fleuve, anciennement Fleuve Noir, une longue tradition des littératures de l’imaginaire. Ces dernières années, littérature générale, policier, thriller, science-fiction, fantastique n’étaient pas individualisés par des collections dédiées. En 2016, c’est Outre Fleuve, une collection dévolue au genre, qui apparaît. Alors que nombre d’éditeurs se sont mis à faire de la littérature de genre sans le crier sur les toits, Fleuve semble suivre la voie inverse. Quels sont les constats, les raisons qui ont conduit à prendre le chemin d’Outre Fleuve ?

En effet, les littératures de genre et de l’Imaginaire ont « contaminé » à peu près tous les domaines de la littérature, de manière « furtive », si j’ose dire. En fait, aujourd’hui, presque tous les lecteurs lisent de la SF, de la light fantasy, des romans fantastiques ou horrifiques, sans même que ces livres soient présentés comme tels et que les lecteurs en soient pleinement conscients. Je crois que le phénomène a commencé il y a des années. Quand j’étais un jeune ado, j’ai vécu la transition des thrillers – ces romans qu’on lisait discrètement, à la lumière blafarde de sa lampe de chevet, sans oser le dire et le montrer – vers la lumière et le succès. Le thriller est sorti de l’ombre et a envahi les étagères des libraires et les listes de best-sellers. Le « genre » s’est désenclavé et les frontières ont commencé à se brouiller.
Et pourtant, les littératures de l’imaginaire sont restées des livres pour « geeks » dans l’esprit de nombreux lecteurs. Ceux-là mêmes qui, pourtant, ont lu Harry Potter, attendent fébrilement la sortie de chaque nouvel épisode de « Game of Thrones », comme avant ceux de « Lost », et sont excités par le grand retour de « X-Files ».Nous voulons justement mettre la lumière sur ces romans dits « de genre » et amener les amateurs qui s’ignorent à franchir le pas et à faire fi des frontières. Alors oui, nous publions des littératures de l’imaginaire, nous en sommes fiers, et nous comptons bien le crier sur les toits !

Quelles ont été les difficultés rencontrées dans la création de cette nouvelle collection ?

La principale difficulté a été de trouver le nom de la collection ! Il était pourtant là, évident, juste devant nous, mais que de circonvolutions bizarres et tordues nos esprits ont bien pu effectuer avant que nous mettions le doigt dessus et que nous nous écriions : « Eurêka ! »
Bien sûr, établir le programme, le présenter, expliquer nos intentions, notre ligne éditoriale, rallier les forces à notre cause, tout cela a demandé beaucoup de travail. Mais là où je m’attendais à devoir revêtir mon armure de croisé pour partir en mission « évangélisatrice », j’ai rencontré non seulement une véritable curiosité, mais même une attente et un enthousiasme réels pour notre projet.
En fait, ce fut beaucoup plus facile que ce à quoi je m’étais préparé.

Outre Fleuve prévoit de publier treize volumes entre mars et novembre. Rapporté sur douze mois, cela fait environ dix-sept volumes à l’année. Un rythme de croisière, ou bien les publications se feront-elles sur d’autres critères, au gré des découvertes, des tendances, des événements, de la réception critique ou commerciale des ouvrages ?

Nous avons en effet lancé la collection en mars 2016, notre rythme de publication s’est donc un peu resserré pour cette année. Mais une douzaine de titres par an, oui, ce sera notre rythme de croisière, une croisière au long cours qui nous permettra d’aborder de nombreux rivages bigarrés. Comme je le disais, nos envies et découvertes guideront notre navire… et j’espère que les lecteurs et amateurs partageront nos coups de cœur et auront envie de nous suivre dans l’aventure.

On trouve au premier catalogue d’Outre Fleuve des nouvelles, une série romanesque, des romans : un choix délibéré d’explorer toutes les formes, tous les formats que peut prendre la fiction ?

Nous ne voulons nous fixer aucune limite, aucun cadre restrictif. Après tout, s’il y a bien un domaine qui le permet, c’est celui des littératures de l’imaginaire ! Et justement, je crois que les lecteurs « de genre » sont, par nature, curieux et ouverts aux nouvelles formes, aux partis pris parfois un peu particuliers ou iconoclastes des auteurs. Ils aiment le nouveau, ce qui bouscule les habitudes et fait exploser les cadres. Nous voulons expérimenter et nous amuser !

On a vu, ces dernières années, les feuilletons télévisés se décliner en séries, en saisons. Des éditeurs de bandes dessinées ont suivi la tendance. Avec les premiers volumes de « Yesterday’s Gone », de Sean Platt et David Wright, Outre Fleuve s’empare à son tour de la recette. Selon vous, une évolution naturelle de la forme narrative, le retour au modèle des feuilletons des siècles passés, ou une recette qui cherche surtout… à faire recette ?

Je crois que c’est surtout un phénomène culturel, et il est donc logique que la littérature s’en empare. Après tout, comme vous en faites la remarque très justement, elle en est à l’origine avec le feuilleton, qui est la source même du roman populaire.
Les séries TV ont envahi notre quotidien et se sont imposées comme un des principaux espaces actuels de création pour les scénaristes comme pour les réalisateurs et les acteurs. Et elles ont changé nos habitudes, notre approche et notre perception de la narration. Il est donc tout naturel que les auteurs se réapproprient cette forme et l’adoptent à nouveau. C’est le propre du cycle créatif, je crois, une sorte d’éternel recommencement qui se réinvente chaque fois. Du feuilleton à la série, tout a changé, mais tout était déjà là.

D’autres feuilletons sont-ils d’ores et déjà envisagés chez Outre Fleuve ?

« Yesterday’s Gone » a provoqué un véritable engouement et rendu addicts même ceux qui ne lisent pas de SF chez nous. C’est exactement ce que nous cherchions ! Nous publierons très certainement d’autres séries du collectif Inkwell dont font partie Sean Platt et David Wright. Ces types sont incroyablement créatifs, inventifs et novateurs, il y a de quoi faire.
Mais pour l’instant, nous avons six saisons de « Y’s G » à boucler, et nous n’en lancerons d’autres que si elles provoquent en nous la même excitation.

Lorsque l’on regarde les premières parutions, on n’a pas l’impression d’une singularité particulière sur le plan des couvertures, d’une « charte graphique » ou d’un aspect propre à la collection. Un choix destiné à témoigner de la pluralité des mondes et des genres abordés par Outre Fleuve  ?

Tout à fait ! Outre Fleuve est une collection éclectique par nature : SF, fantasy, fantastique… Nous n’avons donc pas souhaité établir de charte graphique pour les couvertures, ce qui nous laisse une plus grande liberté créatrice pour traiter chaque titre pour lui-même, selon son propre univers, ses spécificités et l’atmosphère qui s’en dégage. Les graphistes ont ainsi le champ libre et toutes les fantaisies sont possibles.
Par contre, une maquette spécifique permet de distinguer les ouvrages de SF de ceux de fantasy, grâce, entre autres, à une typo différente, propre au genre.

Au programme Outre Fleuve du mois de mars, on trouve « Terreur dans la nuit », un recueil de nouvelles rassemblées par , avec au sommaire des noms connus comme Lovecraft, mais aussi des auteurs moins familiers pour les amateurs de genre, comme le Français André Maurois. Ces dernières années, les recueils de nouvelles avaient pour réputation d’être un peu suicidaires en termes commerciaux. Fleuve n’avait toutefois jamais cessé d’en publier, comme « Le Diable, certainement. 33 histoires délicieusement amorales » d’Andrea Camilleri, ou« La Machine à écrire la mor »t, dirigée par Ryan North, Matthew Bennardo et David Malki, que nous avions chroniqués sur la Yozone. Pouvons-nous nous attendre à d’autres belles surprises de ce genre avec Outre Fleuve ?

En effet, chez Fleuve, nous aimons bien les projets qui sortent des sentiers battus, et ne craignons pas les prises de risques. « Terreur dans la nuit » est une publication très particulière et spéciale – un titre qui a été apporté et est porté par Natalie Beunat, LA spécialiste française de Dashiell Hammett –, et le seul ouvrage pour lequel Hammett a été éditeur. Il faut savoir qu’il était lui-même un grand fan de littératures de l’imaginaire et il a réuni la crème des auteurs de genre de l’époque pour ce recueil.
Pour l’heure, je ne peux rien vous promettre concernant d’autres projets de ce type. Mais nous sommes toujours à la recherche de nouvelles idées excitantes, donc… peut-être bien, oui.

Quels seront les défis pour la collection Outre Fleuve cette année ?

Très certainement notre lancement, avec nos premiers titres – « Yesterday’s Gone » saison 1 épisode 1 & 2 et 3 & 4, de Sean Platt et David Wright, et Le Camp, de Christophe Nicolas – qui sortent en mars. Nous avons à cœur de faire à nouveau du Fleuve un acteur de premier plan sur la scène des littératures de genre et de l’imaginaire. Nous sommes convaincus d’avoir les auteurs et les titres qu’il faut pour cela. Nous espérons que les lecteurs partageront notre enthousiasme et que nous rallierons de nouveaux amateurs aux littératures de l’imaginaire.

Vous est-il permis de nous révéler vos coups de cœur, vos projets à venir, des ouvrages qui ne sont pas encore annoncés mais qui pourraient faire l’événement en fin d’année ou en début d’année 2017 ?

Quelle impatience !
Nous débutons tout juste l’année 2016. Et il y a déjà plein de belles choses à se mettre sous la dent ;-) !
Il m’est difficile pour l’heure de vous parler de 2017, mon programme n’est pas encore fixé. Je peux en tout cas vous dire que je suis en train de concocter un programme qui me met l’eau à la bouche, avec des petites pépites…
Bon, allez, je peux vous annoncer quand même une auteur qui rejoint Outre Fleuve – et je suis particulièrement content de la publier : Aliette de Bodard. Vous pourrez donc découvrir le premier tome de sa série « The House of Shattered Wings » dès l’année prochaine chez Outre Fleuve. C’est pas beau, ça ?!


Hilaire Alrune
19 mars 2016






JPEG - 32.1 ko



JPEG - 27 ko



JPEG - 23.2 ko



JPEG - 21.1 ko



JPEG - 22.5 ko



JPEG - 25.1 ko



WebAnalytics