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YozoneLittérature Critiques

Principe de parcimonie (Le)
Mallock
Fleuve, roman (France), polar / thriller, 541 pages, février 2016, 14,90€

« Entiae non sunt multiplicandum praeter naecessitatem » Tout lecteur ayant fait ses classes de latin connaît la phrase fameuse de Guillaume d’Ockham, franciscain, penseur et philosophe du treizième siècle, qui résume en quelques mots sa théorie : il ne faut pas multiplier les entités sans nécessité. Une théorie plus connue sous le nom sécant de « rasoir d’Ockham », appellation quelque peu malheureuse pouvant laisser croire à certains esprits qu’ils pourraient bien appliquer la théorie au pied de la lettre en remplaçant le scalpel de la pensée par une lame bien affûtée.


« Il ne saurait être donné de date limite de consommation à la vengeance du juste. »

_ On a volé la Joconde : le tableau reste introuvable, tout comme le voleur, qui n’a pas hésité à révolvériser au passage la seule personne qui aurait pu assister à son forfait, un artiste présent en dehors des heures d’ouverture pour effectuer une copie. Nul indice pour ce forfait qui demeure incompréhensible. Mais, bientôt l’assassin se démasque, ou plutôt montre son masque : un Polichinelle, un de ces becs-de-corbin que l’on nommait autrefois masque de peste. En direct, sur le réseau, il massacre la toile au racloir. Puis, il envoie les résidus de peinture au commissaire Mallock. Un fou, sans doute, mais un fou parfaitement organisé. Et lorsqu’il commence à mutiler des personnalités bien en vue et à envoyer leurs organes à Mallock, on change de registre. Mallock piétine – ou plutôt, dans cette époque de crue centennale de la Seine qui peu à peu inonde la capitale, patauge – son équipe également, et la foule commence à demander sa tête.

« En inventant la sculpture in vivo et la pratique du prélèvement, le Polichinelle estimait avoir redonné à l’art un nouvel élan : celui de la chair et du sang. »

Suspense et crimes en série, donc, mais « Le Principe de Parcimonie » est aussi servi par un humour constant, que ce soit celui du commissaire Mallock ou celui de l’auteur. Les bouffons les plus en vue de la société française en prennent pour leur grade. Ainsi, par exemple, Louis Bastien Vidal, alias Bernard Henri Lévy, se fait-il scalper de son brushing perpétuel, et bien d’autres personnalités, que l’on reconnaîtra malgré d’autres noms, subiront ils des sorts peu enviables, mais au moins sur le plan symbolique, peut-être pas tout à fait immérités : une série de charges un peu faciles, mais qui fonctionnent à plein. Vanités, mégalomanies, ego boursouflés jusqu’au grotesque sont ici particulièrement visés. Les milieux de l’art, toujours « subventionnés par les institutions qu’ils dénoncent », en prennent, on s’en doute, eux aussi pour leur grade, tout comme les hauts fonctionnaires des Musées Nationaux ou les réseaux qui font les artistes et leur cote. Une réserve cependant : lorsque l’enquête s’oriente vers ce milieu, et que les investigateurs recherchent, et trouvent, un collectif de créateurs, un seul « joli paquet de loosers qui se prennent pour Andy Warhol, Van Gogh et Frida Kahlo réunis », l’auteur apparaît bien trop gentil : car, des individus de ce genre, dans la vraie vie, on en trouve à la pelle.

De l’humour, donc, mais aussi une vision moqueuse, désabusée, et un peu effrayée du monde contemporain et de ses dérives. Un regard sans grande illusion sur une société où des millions d’internautes « likent » l’assassinat en direct d’une jeune femme par le Polichinelle, et où la mise aux enchères par ce dernier des reliques macabres de ses forfaits suscite, aussi bien de la part de collectionneurs privés que de musées institutionnels, des offres rien moins que faramineuses.

« Pour une fois, ce n’était pas dans le sable que les autruches avaient décidé de mettre leur tête, mais dans l’eau. De nombreuses noyades de struthionidés étaient à craindre. »

Malgré ses qualités, on pourra reprocher au roman quelques facilités : les allitérations potaches du début du chapitre trente-quatre, par exemple, mais aussi, et surtout, le fait que les enlèvements et mutilations, qui se répètent à une vitesse croissante, ne semblent pas véritablement susciter d’enquêtes. Tout ceci va à rebours de la criminalistique contemporaine disant qu’il est impossible de ne pas laisser la moindre trace sur les lieux d’un forfait (et à plus forte raison de forfaits multiples), et contraste avec les aventures précédentes de Mallock. On n’est plus dans l’investigation où compte le moindre détail, mais dans une sorte de bande dessinée oscillant entre le très classique « Fantômas » et le comics contemporain, avec un catalogue d’abominations anatomiques qui se succèdent trop rapidement pour réellement épouvanter, et un serial-killer (ou plus exactement un mutilateur en série) assez proche du Grand-Guignol. Tout ceci est bien évidemment voulu – il ne se nomme pas le Polichinelle par hasard – et, une fois ce changement de paradigme accepté par le lecteur, l’idée d’un monstre insaisissable perpétrant ses forfaits dans une capitale paralysée par l’inexorable montée des eaux finit par séduire.

« Le pire, Mallock, c’est que tu aurais pu me descendre. Comprends-tu mieux l’importance de retrouver la puissance magnifique de l’instinct ? Le pouvoir magique de l’acte sauvage ? »

Société de l’ego, de la vanité, du superficiel, du spectacle, en train de couler lentement sous la montée des eaux et les assauts du Polichinelle, la vision est séduisante. Mais, derrière le bouffon, derrière le Grand-Guignol, derrière le « plasticien du macabre », c’est aussi – hélas – un véritable être humain qui se dissimule, avec ses souffrances uniques et sa propre démence Une folie d’une envergure inattendue qui, dans sa seconde partie, permet au « Principe de Parcimonie » de retourner au plus pur thriller, car la part visible des exactions du Polichinelle ne représentait guère qu’un modeste avant-goût, les simples prémices d’une série d’attentats diaboliques, méticuleusement préparés depuis des années, qui pourraient bien secouer non seulement la France, mais aussi le reste du monde.

Si la relation avec la philosophie de Guillaume d’Ockham est en définitive assez mince et se résume in fine à l’interprétation délirante qu’en donne le Polichinelle, l’auteur n’en parvient pas moins à dresser l’effrayant tableau d’un psychopathe qui, dans un genre littéraire qui pourtant n’en manque pas, pourrait bien prendre une petite place au panthéon des tordus. Après « Les Visages de Dieu », « Le Massacre des innocents », « Le Cimetière des Hirondelles » et « Les Larmes de Pancrace », on retrouve en tout cas avec plaisir le commissaire Amédée Mallock et son humour particulier, tout comme certains personnages récurrents des romans précédents, pour une aventure atypique qui, espérons-le, sera suivie d’autres enquêtes encore.


Titre : Le Principe de parcimonie
Série : Les chroniques barbares, volume 5
Auteur : Mallock
Couverture : Mallock
Éditeur : Fleuve
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 541
Format (en cm) : 12,7 x 18,5
Dépôt légal : février 2016
ISBN : 9782265114456
Prix : 14,90€



Le commissaire Amédée Mallock sur la Yozone :

- « Les Larmes de Pancrace »
- « Le Cimetière des Hirondelles »



Hilaire Alrune
11 mars 2016







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