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Au coeur du silence
Graham Joyce
Gallimard, FolioSF, n° 538, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), fantastique, 340 pages, janvier 2016, 7,70€

Saint-Bernard-en-Haut, dans les Pyrénées. Jake et Zoe ont quitté les premiers l’hôtel pour grimper seuls au sommet des pistes, puis s’offrir une descente dans la neige immaculée. Mais, à mi-pente, une avalanche les engloutit. Ils parviennent à grand-peine à s’en extirper. Ils auront du mal à fêter le miracle : lorsqu’ils regagnent l’hôtel, ils n’y trouvent âme qui vive. Celui-ci a manifestement été évacué, tout comme le village voisin.


Dès lors, il leur paraît évident que de nouvelles avalanches menacent, et qu’il leur faut eux aussi quitter le secteur au plus vite. Mais leurs tentatives pour gagner des lieux plus sûrs échouent. Le brouillard est trop épais pour circuler sur une petite route qui borde l’abîme. Lorsque le ciel se dégage, l’automobile tombe en panne. Ils essaient de s’en aller à pied ; leur boussole s’affole, ils reviennent à leur point de départ. En désespoir de cause, et malgré les risques d’avalanche, ils montent sur les crêtes et tentent de redescendre de l’autre côté. Mais la pente est pierreuse, la forêt épaisse, et le premier chemin forestier, contre toute attente, les ramène en direction de l’hôtel. Le téléphone ne fonctionne pas. C’est comme si quelque malédiction était à l’œuvre.

« Le monde, ce monde de la pénombre, de la mort et du passage, avait encore changé. La possibilité que les étendues blanches, lisses et ouvertes qui nappaient la montagne ne soient pas entièrement désertes avait tout bouleversé. »

Une malédiction, sans doute, mais pas seulement. Et les deux personnages aboutiront aux conclusions que le lecteur aura formulées avant eux : ils sont morts durant l’avalanche, et sont soit passés de l’autre côté soit dans un « entre-deux » incompréhensible. Dans ce monde désert où ils ne sont ni vraiment vivants ni vraiment morts, le temps s’écoule de manière curieuse : des aliments abandonnés sur le plan de travail d’une cuisine ne se corrompent pas, des bougies brûlent sans jamais se consumer. Pourtant, les jours et les nuits se suivent, et, si l’on ne prêtait attention aux détails, l’hypothèse la plus probable, à savoir celle d’un village simplement déserté, pourrait encore sembler crédible.

Mais les choses n’ont pas fini de devenir étranges, les évènements incompréhensibles de survenir, par petites touches tout d’abord, puis de façon de plus en plus nette. C’est le chien de Jake, mort depuis plus de dix ans, qui réapparaît, puis d’autres êtres humains, une foule de personnes hébergées par l’hôtel, durant quelques minutes, comme une hallucination – difficile de ne pas penser à une scène fameuse du « Shining » de Stanley Kubrick – puis d’étranges personnages qui semblent guetter devant l’hôtel. Ces présences humaines, qui devraient rassurer le couple, ne font que les terrifier. Puis, comme par saccades, le temps semble reprendre son cours : un temps qui désormais, comprennent-ils, leur est compté.

Il y a dans la description de cet au-delà, ou de cet entre-deux, et de ses propriétés singulières, des relents véritablement dickiens. La nature de le la réalité, et le thème essentiel de ce roman, sont essentiellement la mémoire. Les aliments sont insipides, mais leur goût revient dès lors que l’on se les remémore ou que l’on formule leur saveur. Idem pour certaines sensations, et certains souvenirs que Jake perd, inexplicablement. On trouvera d’ailleurs un écho de l’importance capitale de la mémoire dans les derniers chapitres mettant en scène le propre père de Jake, de manière à la fois ouvertement pédagogique, mais aussi sensible.

« Dans la brume, chacun apparaissait à l’autre comme une photo grise et fanée, que chaque instant fanait encore davantage »

Le roman n’est hélas pas entièrement dépourvu de scories. Quelques vulgarités inutiles, des dialogues par moments trop adolescents, façon sitcom, pas toujours cohérents avec les personnages, donnent l’impression que l’auteur a cherché à étendre aux dimensions d’un roman un récit qui aurait pu faire une excellente novella – un roman dont le thème a déjà fait l’objet de maintes nouvelles. Du coup, l’aspect sensible, la relation très forte entre les deux personnages n’est pas toujours parfaitement crédible, et ce qui au final aurait pu être, simplement, une très belle histoire, prend par moments un aspect un peu construit.

« Au cœur du silence », s’il n’est donc pas le meilleur roman de Graham Joyce, offre néanmoins une ambiance singulière, un mystère véritable. À travers la mise en scène des joies, des interrogations et des peurs de ce couple coincé dans ce qui leur apparaît à la fois comme un paradis éternel – les vacances sans fin, le confort, les commerces ouverts à tout vent, les caves à vins et autres produits de luxe – et comme un purgatoire non dépourvu de menaces, « Au cœur du silence  » dépasse le simple récit de terreur et propose toute une série de réflexions intéressantes. Bien plus qu’aux péripéties, et à partir des thèmes de la mémoire, de la perte, et de l’absence, c’est surtout à ce qui définit fondamentalement l’humain que s’intéresse Graham Joyce.


Titre : Au cœur du silence (The Silent Land, 2010)
Auteur : Graham Joyce
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Louise Malagoli
Couverture : San van Olffen
Éditeur : Gallimard, 2013)
Collection : Folio SF
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 538
Pages : 340
Format (en cm) : 10,7 x 17,7
Dépôt légal : janvier 2016
ISBN : 9782070459124
Prix : 7,70 €


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Hilaire Alrune
15 mars 2016







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