YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire


BD
Brèves
Albums
Comic-books
Mangas
Intégrales
Dossiers
Agenda
Archives
Cinéma
Annonces
Brèves
Critiques
Dossiers
Extraits
Interviews
Making of
Imagin'Arts
Brêves
Chronic'Arts
Archives
Littérature
Brèves
D&D
Critiques
Jeunesse
Dossiers
Télévision
Brèves
Séries TV
Dossiers
DVD
Cinéma
Séries TV
Japanimation
Game Zone
Brèves
Jeu vidéo
Jeu de Rôles
Figurines
Kiosque
Divers
Yo-Sphère
Rédaction
Liens
Partenaires

Contact
RSS - XML
Suivre yozoneFR sur Twitter



RSS XML
Add to Netvibes Add Google Add to Yahoo
Visiteurs

54 visiteurs en ce moment


YozoneLittérature Critiques

Brillants (Les)
Marcus Sakey
Gallimard, Folio Thriller, n°788, traduit de l’anglais (États-Unis), thriller SF, 569 pages, janvier 2016, 8,20€

Dans le monde futur décrit par Marcus Sakey, un pour cent des nouveaux-nés sont d’une intelligence supérieure : on les nomme les Brillants. Il ne naît plus seulement un génie par génération, mais un toutes les heures. Les raisons ? On ne les connaît pas. Mais les faits sont là. Des capacités intellectuelles exceptionnelles, mais, pour le reste, des êtres humains strictement normaux, avec leurs défauts et leurs qualités.


Nick Cooper est lui-même un Brillant. Il est l’un des meilleurs agents du Département d’Analyse et de Réponse, chargé de traquer et d’éliminer ceux des Brillants qui seraient animés de mauvaises intentions. Car le DAR n’a rien d’une organisation charitable. Il pratique d’assez doux euphémismes : « Interrogatoire amélioré » pour la torture, « Service équitable » pour la liquidation physique, dont les agents sont également nommés les extincteurs de réverbères. Le don de Cooper lui permet de distinguer mieux et rapidement certains schémas, et aussi d’anticiper plus rapidement que quiconque les gestes de ses adversaires : pour la traque et le combat, il est le meilleur. Il a donc déjà éliminé pas mal de monde. Mais c’est, comme de juste, pour le bien général.

Il échoue cependant à débusquer le principal de ses adversaires, un Brillant nommé John Smith, à qui sont attribués de sanglants attentats. Il est à plusieurs reprises sur le point de remonter jusqu’à lui, mais ce dernier a toujours une très courte mesure d’avance. Il échoue une fois encore de justesse sur le dernier attentat, plus de mille morts, et au cours duquel il est lui-même à deux doigts de périr. Cette fois, c’en est trop. Il va passer dans la clandestinité, et approcher John Smith en lui faisant croire qu’il a changé de bord.

Voilà donc le « pitch », comme on dit, et c’est sur les premiers chapitres plutôt alléchant. Mais. Car il y a un « mais », et même plusieurs. On s’étonne tout d’abord de ce que l’auteur ait du mal à choisir entre un très compréhensible accroissement de l’intelligence et une étonnante série de ce qui ressemble beaucoup plus à des super-pouvoirs façon comics, totalement distincts et séquencés en plusieurs classes, comme s’il hésitait entre son scénario d’origine et une déclinaison en bande dessinée à la Marvel. Puis, dès le sixième chapitre, on entre dans la plus totale incohérence. Notre héros s’en va visiter une « Académie », là où sont scolarisés les Brillants, et découvre que les élèves sont grossièrement manipulés pour être persuadés que tous les problèmes viendront des autres Brillants et que seul les humains normaux pourront leur apporter réconfort. En d’autres termes, après trois décennies d’existence, notre héros, grand spécialiste des Brillants, découvre le b.a.-ba de ce qui les concerne. Ce qui ne tient pas plus debout que les grossières manipulations dont ces derniers sont victimes, alors que tout être humain – même pas particulièrement brillant – aurait vite fait de les percer à jour. Autre point négatif, après trois décennies de Brillants, le monde est strictement le même : il est totalement impensable que s’il naissait, pour reprendre les termes de l’auteur, un savant d’exception toutes les heures, la face du monde n’ait pas changé. (On notera, incidemment, que si ces Brillants représentent désormais un pour cent de la population mondiale, jamais, absolument jamais aucun autre pays n’est mentionné. Hors des frontières de l’Amérique, une fois encore, rien n’existe, l’ambition du propos se heurtant aux limites mentales de l’auteur.) Notre héros, qui est, répétons-le, lui-même un Brillant, ne s’étonne pas une seule fois du fait que certains Brillants puissent mener une politique de terreur façon anarchiste du siècle précédent ou islamo-fasciste de base sans aucune raison valable ni quoi que ce soit à en attendre. Mais ce n’est hélas pas tout. Qu’un agent tout en haut de l’échelle décide de passer lui-même dans la clandestinité (notons la méthode particulièrement tordue et invraisemblable : il n’est pas coupable aux yeux de son chef, il l’est aux yeux des autres agents, pour que ceux-ci essayent de le tuer afin que cela fasse plus vrai, il ne l’est pas aux yeux du public) alors qu’il dispose pratiquement des pleins pouvoirs pour traquer sa proie n’apparaît pas crédible une seule seconde, d’autant plus qu’on ne voit pas pourquoi le fameux John Smith, Brillant de son état, n’irait pas une seule seconde soupçonner quelque chose ! On navigue ainsi d’invraisemblance en invraisemblance jusqu’au paroxysme, notre héros se promenant partout à visage découvert en compagnie d’une terroriste déjà connue, sans penser une seule seconde qu’ils pourront être identifiés grâce au réseau de caméras dont il est lui–même un grand spécialiste ! (sa réplique « Merde, merde, merde, j’aurais dû y penser  ! » mérite de figurer à tout jamais dans les annales du nanar). Ne nous acharnons pas : quand les blockbusters hollywoodiens et les séries télé prennent le public pour des débiles, ça passe. Quand les auteurs prennent leurs lecteurs pour des demeurés, ça casse.

Le but n’est certes pas de démolir gratuitement le travail d’un écrivain, mais force est d’admettre que ces défauts, dont nous n’avons cité qu’une partie, sont tout sauf mineurs. L’argument principal du roman n’est en définitive que le prétexte à traques, confrontations et autres scènes spectaculaires lorgnant vers l’industrie hollywoodienne. On regrette d’autant plus ces incohérences que l’auteur fait preuve d’un véritable talent pour mettre en scène situations et personnages, et son écriture à la fois fluide et tendue, tout comme son rythme nerveux, emportent aisément le lecteur. Reste que « Les Brillants », qui, s’il avait été un peu plus travaillé aurait pu être intéressant, ne convaincra vraiment que des lecteurs incapables de tout esprit critique. « Les Brillants » constituant le premier tome d’une trilogie, reste à espérer que l’auteur apportera plus de soin à la cohérence de son récit dans les deux tomes suivants.


Titre : Les Brillants (Brilliance, 2013)
Série : La Trilogie des Brillants (Brillants), tome 1/3
Auteur : Marcus Sakey
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Sébastien Raizer
Couverture : Raqueebul Ketan / Getty Images
Éditeur : Folio (édition originale : Gallimard, 2015 )
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 788
Pages : 569
Format (en cm) : 10,5 x 17,7
Dépôt légal : 2016
ISBN : 9782070468317
Prix : 8,20 €




Hilaire Alrune
4 mars 2016







JPEG - 21.3 ko