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Bifrost n°81
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°81, science-fiction, nouvelles - articles - entretiens - critiques, janvier 2016, 192 pages, 11€

Pierre Pelot, 50 ans d’écriture : voilà qui méritait un dossier dans « Bifrost ». Pas loin de 200 romans à son actif, tous ne relevant de loin pas à la science-fiction, mais aborder une telle somme avait de quoi effrayer. À travers un important article d’une trentaine de pages, Claude Ecken présente l’écrivain. Attaché aux Vosges, Pierre Pelot a dû se battre, ne jamais baisser les bras pour publier ses écrits, même des décennies après ses débuts. Dans l’entretien qu’il a accordé à Claude Ecken perce d’ailleurs une certaine lassitude, l’envie de tout arrêter, mais la passion de l’écriture semble chevillée à son corps.



Le rédacteur dresse un portrait en profondeur de l’auteur, il ne se contente pas de la surface mais permet vraiment de découvrir les différentes facettes du métier, l’abnégation qu’il a fallu pour franchir toutes les étapes. Pelot a notamment écrit à Hergé qui lui a répondu dans une lettre reproduite dans le présent « Bifrost ».
Pour appréhender la carrière de Pierre Pelot mais aussi l’homme, la lecture de “Cinquante ans d’écriture” par Claude Ecken est particulièrement conseillée. Fouillé, instructif, intéressant... cet article cerne le bonhomme et donne vraiment envie d’aller plus loin, c’est-à-dire de lire ses ouvrages, ce qui n’est pas vraiment le cas des deux nouvelles au sommaire.

Malgré deux tentatives, je ne suis jamais parvenu au bout des dix pages de “Pour une nuit”. Impossible d’accrocher !
“L’amidéal” montre ses talents de conteur. Une fois commencée, cette histoire de visiteur sonnant à la porte d’un écrivain à succès, actuellement en panne d’inspiration, se lit toute seule. Elle permet de passer un bon moment de lecture, mais la fin ne débouche pas sur grand-chose.
Pierre Pelot n’écrit plus de nouvelles et n’en a pas écrit beaucoup. Pas d’inédits, alors l’équipe de « Bifrost » a sélectionné deux textes qui n’ont pas été réédités récemment. Le premier date de 1987 et a été publié dans une revue de psychiatrie (ah tiens, je comprends mieux !), le deuxième dans la revue « Fiction » en 1978. Le choix était donc restreint, ce qui s’en ressent. Heureusement le reste du dossier fait oublier ces récits qui ne sont pas sans refléter la personnalité de l’auteur.

Philippe Boulier s’attache à la production sous le pseudo de Pierre Suragne et Laurent Leleu aux romans noirs, avant de nombreuses chroniques de livres marquants. En charge de la bibliographie, Alain Sprauel a eu du boulot, c’est le cas de le dire !

Les différents intervenants ont réalisé un travail remarquable. Ils offrent aux lecteurs un excellent dossier qui s’avère à la hauteur d’un écrivain qui le mérite amplement du fait de l’importance de sa production, mais aussi de sa qualité. Western, science-fiction, policier, préhistoire ... aucun genre ne lui résiste.
La plupart de ses romans de science-fiction se trouvent facilement, alors vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et puis, si vous voulez mieux appréhender le coin reculé où il vit, plongez dans « C’est ainsi que les hommes vivent », peut-être le chef-d’œuvre de Pierre Pelot, d’après Éric Jentile.

Ce « Bifrost » arbore une magnifique couverture signée Hervé Leblan. Elle prête à la rêverie et raconte quasiment une histoire à elle seule. Mais en parcourant ce numéro, elle apparaît hors sujet. Quoique... elle est si riche : les couleurs, les détails... qu’elle fait penser à la nouvelle “Les yeux de l’arc-en-ciel” de Greg Egan. Quand on a des implants électroniques en lieu et place d’une vue normale déficiente, il est possible au moyen d’un logiciel pirate d’appréhender un plus large spectre de longueurs d’onde. La réalité change, la perfection affiche ses défauts, le monde n’est plus si merveilleux, sauf si l’on sait où regarder.
Dans cette prospective à court terme dans laquelle il est facile de bidouiller ses implants, Greg Egan explore les capacités d’une vue augmentée. Bienfait ou malédiction ? Pas si évident de trancher. Le sujet est très bien appréhendé par l’Australien, qui ne se contente pas de l’effleurer mais le creuse avec des personnages qui expriment leurs doutes mais aussi leurs joies face à ces changements.
Lire Greg Egan s’avère toujours une expérience enrichissante, aussi divertissante qu’instructive.

Dans “Scientifiction”, Frédéric Landragin s’attaque à la traduction automatique, artifice souvent utilisé en SF. Sa démonstration est prenante, car il s’appuie sur plusieurs romans du cru. Les lecteurs de « L’enchâssement » de Ian Watson se retrouve en terrain connu. Il est d’ailleurs plaisant que cette rubrique ne tourne pas uniquement autour des sciences dures, ce qui permet d’élargir notre horizon de connaissances.

Comme il s’agit du premier numéro de l’année, les gagnants des Prix des lecteurs de Bifrost 2015 sont révélés. Catégorie nouvelle francophone, c’est Laurent Genefort avec “Ethfrag” (« Bifrost 78 ») qui l’a remporté, et pour la catégorie nouvelle étrangère, le lauréat est Greg Egan avec “Nuits cristallines” (« Bifrost 79 »).

Ce numéro brille par la nouvelle de Greg Egan, mais aussi par le dossier Pierre Pelot d’une grande qualité. Et bien sûr, « Bifrost » c’est à chaque fois un volet critiques de très bonne tenue.


Titre : Bifrost
Numéro : 81
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Hervé Leblan
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 81, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : janvier 2016
ISBN : 978-2-913039-78-0
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 192
Prix : 11€



Pour contacter l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
28 février 2016






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