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Petites fées de New York (Les)
Martin Millar
Gallimard, FolioSF, n°536, traduit de l’anglais (Écosse), féerie urbaine, 353 pages, décembre 2015, 8,20€

Avec quatre tomes de la série Thraxas, écrits sous le pseudonyme de Martin Scott et publiés au Fleuve Noir dans les années deux mille, avec deux titres de la série « Alix le loup-garou », avec « Le lait, les amphètes et Alby la famine » chez Actes Sud, Martin Millar n’est pas vraiment inconnu en France. Mais c’est avec « Les Petites fées de New York », initialement publié aux éditions Intervalles, et réédité chez Folio, qu’il a vraiment fait parler de lui.



Elles ont quitté l’Écosse, ont transité par l’Irlande, et sont arrivées à New York. Elles, ce sont une bonne demi-douzaine de fées. Et notamment les deux sœurs ennemies, les deux fées violonistes Heather MacKintosh et Morag MacPherson. Pourquoi sont-elles là ? Elles fuient la révolution industrielle à laquelle est en proie leur civilisation des fées. Mais aussi les leurs qui n’ont pas supporté qu’elles déchirent leurs kilts, se teignent les cheveux et se convertissent au garage-punk, jouant les Ramones sur leurs violons. Il se pourrait également qu’elles aient découpé par mégarde, pour se faire des couvertures, la mythique bannière des MacLeod. Peu importe : elles sont là, et, même si rares sont les humains qui ont la capacité de les voir, elles n’ont pas fini de semer la zizanie.

Les voilà donc occupées à se crêper le chignon, d’autant plus qu’elles découvrent qu’un individu du nom de Dinnie, looser obèse, coursier inefficace et violoniste raté, massacre sans le savoir ses mélodies sur le violon le plus légendaire d’Écosse. Un violon qui, si elles parvenaient à le convaincre de les leur donner, leur permettrait de rentrer au pays la tête haute et adulées de tous. Mais voilà : leurs manigances toujours à deux doigts de réussir se terminent immuablement en catastrophes. Il faut dire aussi que bien des personnages savoureux s’en viennent compliquer les choses : ainsi de Kerry, jeune artiste malade et un peu démente, de Magenta, vieille clocharde qui se prend pour Xénophon et interprète tout ce qu’elle voit autour d’elle à la lumière du mythique conflit avec Artarxexès et des péripéties historiques ayant eu lieu quatre siècles avant Jésus-Christ et relatées dans l’« Anabase », ou encore du fantôme de Johnny Thunders, légendaire guitariste des New York Baby Dolls et des Heartbreakers. Les fées vengeresses qui bientôt débarquent à leur tour à New York, à la recherche d’Heather et de Morag, ne vont pas simplifier les choses.

Entre les embrouilles autour du violon légendaire des MacPherson, la quête de la guitare mythique de Johnny Thunders, les enjeux artistiques liés à une rarissime fleur de pavot à trois têtes et le vol du miroir magique des fées de Chinatown, Martin Millar entraîne le lecteur dans un joyeux tourbillon de quiproquos et de péripéties. Avec une tendresse certaine pour ses personnages et un humour émaillé de grivoiseries parfois hilarantes, mais pas toujours très fines, Martin Millar multiplie les retournements de situation et jette ses protagonistes, encore et encore, dans un tourbillon de joies, de contrariétés et de découvertes.

On s’amuse donc à la lecture des «  Petites fées de New York », mais l’on ne pourra que faire une fois encore le constat d’une vérité bien connue : si le comique de vaudeville est pour une part basé sur la récurrence de situations, son juste dosage est difficile à trouver. De fait, même si Martin Millar parvient à nourrir son intrigue en y ajoutant régulièrement des éléments nouveaux et en développant une histoire parallèle (pendant ce temps, de l’autre côté de l’océan, en Cornouailles, Aelric sème la zizanie au royaume des fées : ayant déniché un ouvrage du président Mao, il y trouve des idées pour saboter cette révolution industrielle qui gangrène le petit peuple), ce roman aurait sans doute gagné à faire moins de trois cent cinquante pages et à faire l’économie de quelques scènes répétitives.

Reste un roman plaisant, enlevé, virevoltant, au rythme le plus souvent soutenu, et une jolie performance : emporté par la fantaisie de Morag et d’Heather, le lecteur finit par trouver la présence de fées minuscules, jacasseuses, querelleuses et invisibles aux yeux de la plupart des humains parfaitement normale dans cette grande mégalopole américaine. Leurs courses poursuites accrochées aux pare-chocs des chauffeurs de taxis de New-York qui, on le sait, sont tous sans exception des fous furieux, resteront sans doute en mémoire, et toutes ces aventures trépidantes semblent parfaitement conçues pour se prêter à une adaptation cinématographique.


Titre : Les petites fées de New York (The Good fairies of New York, 1992)
Auteur : Martin Millar
Traduction de l’anglais (Écosse) : Marianne Groves
Couverture : Aurélien Police
Éditeur : Gallimard (édition originale : Intervalles, 2009)
Collection : FolioSF
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 536
Pages : 353
Format (en cm) : 18 x 11 x 2,5
Dépôt légal : décembre 2015
ISBN : 9782070465095
Prix : 8,20 €



Hilaire Alrune
23 février 2016






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