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Prisonnier Riku (T10 et 11)
Shinobu Seguchi
Akata

Renoma est parvenu à récupérer les plans de la prison tandis que Riku a appris la méthode pour retirer les menottes électromagnétiques. Engagés dans l’équipe de la cuisine, les deux prisonniers effectuent un test en faisant passer une pelle à l’extérieur dans un baril de lisier. Grace à Morita, la pelle est rapidement remplacée dans le stock afin d’éviter d’attirer l’attention des gardiens. Malheureusement, le dirigeant de l’entreprise récupérant le lisier ramène la fameuse pelle au pénitencier, attirant la curiosité du gardien Kato. Sous sa pression, Takagi, le chef de l’équipe de cuisine, fait sa propre enquête. Mais s’il est convaincu que Renoma et Riku sont les organisateurs de ce tour de passe-passe, Morita décide de se sacrifier pour son chef et se dénonce. Seulement, Kato n’est pas dupe et commence à torturer Morita, mais ce dernier refuse de dénoncer son chef, acceptant les corrections infligées par Kato. Le gardien ne croit pas en sa culpabilité et surtout, il veut connaitre la raison de cet envoi d’une pelle à l’extérieur.



Riku et Renoma se sont dénoncés pour l’affaire de la pelle, mais Kato ne croyant pas en l’explication de Renoma, il commence à torturer les deux amis en leur découpant les ongles au cutter. Pourtant malgré la douleur insupportable, aucun des deux ne cède. Renoma est impressionné par la résistance du gamin, mais il se sent également coupable pour ce qu’il est en train de subir. Devant admettre l’inefficacité de son mode de torture, Kato décide de passer à une forme plus psychologique : faire craquer Riku en lui faisant croire de Renoma à avouer. Et pour cela, il filme le colosse avec des gardiens en train de manger. Le chef des Double Dragon Cross comprend un peu tardivement quel est le piège qui leur est tendu. Malgré un fort moment de doute, Riku se reprend et comprend que jamais son ami n’aurait avoué leur plan d’évasion. Pendant ce temps, Morita tente de convaincre Takagi de faire passer un message aux membres du clan à l’extérieur, mais le chef des cuisines refuse d’aider Renoma à s’évader. Alors Morita choisit une solution extrême pour sortir en toute légalité de la prison...

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“Prisonnier Riku” est le premier titre édité en France de Shinobu Seguchi. Il nous entraîne dans un Tokyo qui, dix ans plus tôt, a vu une météorite s’écraser en son cœur séparant la ville en deux mondes : un bidonville dont les habitants sont traités comme des déchets de l’humanité et une ville réservée aux riches. Riku est un jeune garçon qui a eu le malheur de se lier d’amitié avec un vieux flic trop honnête. Il est témoin du meurtre de son ami par le préfet de la ville, dont le vieil homme voulait dénoncer les magouilles, et se retrouve accusé et incarcéré pour le meurtre du vieux flic. Il est alors envoyé dans une prison de haute sécurité. Entre des prisonniers de la pire espèce et des gardiens pourris, Riku va devoir se faire sa place malgré sa jeunesse et son côté gringalet. Heureusement, il se lie d’amitié avec un chef de bande, Renoma Sasaki. Ce dernier prépare un plan d’évasion et Riku va lui prouver qu’il peut avoir confiance en lui et lui permettre de l’accompagner dans son escapade. Riku est motivé par sa soif de vengeance.

Le monde carcéral que nous présente Shinobu Seguchi est sans complaisance et même d’une rare violence, plus proche de “Oz” que de “Prison Break”. Et le tome 10 en sera une terrible preuve. Riku et Renoma vont subir une torture inhumaine dans la plus totale impunité du gardien Kato. Ce dernier est d’un rare sadisme, inventant une technique d’arrachage des ongles d’une grande perversité. Si le lecteur ne peut éviter d’avoir un certain recule devant les planches montrant cette torture, le mangaka n’utilise pourtant aucun dessin trash ou gore, les dessins sont insupportables uniquement par la personnalisation du lecteur avec les deux personnages. C’est d’ailleurs remarquable de la part de Shinobu Seguchi qui s’avère capable de représenter l’horreur sans pourtant exagérer dans les visuels. Ce tome apparaîtra sans espoir pour nos deux héros, pris au piège à la fois de la bonté et de la naïveté de Riku et du grand cœur de Renoma. Ce colosse prend très au sérieux son rôle de chef et si les membres de son gang sont prêts à se sacrifier pour lui comme Morita, Renoma n’hésite pas non plus à donner de sa personne pour les siens. De petits flash-back bien sentis nous montrent comment Renoma est devenu ce chef respecté et quelque part, sa ressemblance avec Riku au même age n’est certainement pas un hasard.

Il n’était pas imaginable que le mangaka laisse une injustice restée impunie trop longtemps. Car une des caractéristiques de la série est de toujours laisser entrevoir l’espoir et ce dernier viendra à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. L’extérieur est incarné par les membres du gang. Ils représentent la fidélité et le respect ultime envers leur chef. Ces derniers vont tout donner pour le sortir de son enfer en faisant chanter Kato. Toutefois si leurs actes sont répréhensibles, ils ne mettent personnes en danger hormis eux-mêmes. Dans la prison, Takagi finit par aider nos deux héros. Mais de son côté, ce n’est pas pour Renoma qu’il se met en danger mais pour notre petit héros. En apprenant que Riku est innocent du crime qui lui est reproché, il ne peut admettre que ce dernier subisse de telles tortures. La bonté de notre héros va encore une fois faire mouche comme elle a atteint également Tanaka. Si ce dernier justifie son geste par un acte d’autodéfense, le lecteur n’est pas dupe et Tanaka montre en fait le respect qu’il éprouve pour Riku. Décidément, ce jeune héros est parvenu à se faire admettre par les leaders des blocks par son naturel et sa franchise.

“Prisonnier Riku” nous montre une société décadente qui n’est pas si loin de la notre, car la météorite qui a tout changé existe déjà de nos jours mais sous une autre forme. Une série sans complaisance sur l’univers carcéral mais aussi sur la soif de pouvoir. A découvrir pour ceux qui n’auraient pas encore franchi le pas.


Prisonnier Riku (T10 et 11)
- Auteur  : Shinobu Seguchi
- Traduction : Tetsuya Yano
- Éditeur : Akata
- Format : 112 x 176 mm
- Pagination : 200 pages
- Dépôt légal : 7 juillet et 20 août 2015
- Numéro ISBN : 978-2369740515 ; 978-2369740744
- Prix public : 6,95 €


© 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)
© Editions Akata - Tous droits réservés


Frédéric Leray
27 janvier 2016






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