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YozoneLittérature Critiques

Viscères
Mo Hayder
Pocket, Thrillers, n° 16523, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), 506 pages, janvier 2016, 7,90€

« Tokyo  », Pig Island  », « Les Lames », mais aussi la série, déjà longue, des enquêtes de l’inspecteur Caffery : « Birdman  », « L’Homme du soir  », « Rituel  », « Skin  », « Proies  », et « Fétiches  » ont placé Mo Hayder dans le registre envié des auteurs de polar prisés des lecteurs. Avec « Viscères  », c’est une nouvelle fois le retour de l’inspecteur Caffery. Il y sera confronté à des dangereux psychopathes, mais aussi à ses propres démons.


Oliver Anchor-Ferrers, ancien ingénieur en armement qui a conçu et vendu un missile sous-marin surnommé « Le Loup » n’est plus vraiment capable de protéger sa famille. Sortant tout juste d’une opération de remplacement des valves cardiaques, il est en convalescence et dépendant de traitements divers. Avec son épouse, sa fille Lucia et sa chienne, il se repose aux Tourelles, une vieille demeure isolée. En contrebas de cette demeure, un crime terrible a autrefois eu lieu. Un couple d’adolescents, dont Hugo, un ami de Lucia, a été abominablement massacré. Lucia, adolescente à l’époque, ne s’en est jamais vraiment remise. Gothique et morbide, fragile et inconstante, à présent âgée de tente ans, elle n’a jamais réussi à faire quoi que ce soit de sa vie.

Soudain, tout bascule : les Anchor-Ferrers découvrent à la frontière de leur parc des viscères entrelacés, exactement comme lors du crime sordide qui s’est déjà déroulé en ces lieux. L’assassin, un psychopathe emprisonné, aurait-il réussi à sortir ? Mais bientôt ce sont deux individus totalement différents, qui eux aussi ont tout de psychopathes, qui séquestrent les Anchor-Ferrers et se mettent à les torturer, à la fois psychologiquement et physiquement.

En parallèle – les habitués de Mo Hayder apprécieront – l’inspecteur Jack Caffery poursuit ses vieux démons. Lorsqu’il était enfant, son petit frère a disparu pour ne jamais réapparaître. Un ancien voisin convaincu de pédophilie est mort sans avoir jamais parlé. Caffery s’obstine, cherche qui il pourrait avoir eu comme confident ou complice. On s’en doute : la piste remontée par Jack Caffery va finir par croiser le chemin des Anchor-Ferrers et de ce double crime que l’on croyait résolu.

On a donc affaire à deux trames parallèles qui, avant de fusionner, différent à la fois par le ton et la thématique. Alors que la séquestration et les avanies subies par les Anchors-Ferrers apparaissent très visuelles, et que ces chapitres brefs, nettement séquencés, évoquent fortement les scènes d’un feuilleton télévisuel, les chapitres consacrés à Jack Caffery apparaissent plus intimistes, plus introspectifs, mais aussi plus intéressants en ceci qu’ils amorcent une enquête classique.

Jusqu’à mi-roman environ, le roman semble donc glisser sur des rails parfaitement convenus, et le lecteur ne manquera pas de nourrir quelques griefs transitoires. Dans les premiers chapitres, Mo Hayder est bien trop explicite, si bien que les Anchor-Ferrers, les uns après les autres, sont bien les seuls à ne pas comprendre d’emblée que les soi-disant policiers venant les visiter n’en sont pas – ils mettront de surcroît un temps bien peu vraisemblable à s’en rendre compte. On reprochera aussi ces séquences trop complaisantes et trop télévisuelles – avec une inévitable impression de déjà-vu – dans les chapitres qui se succèdent aux Tourelles. Enfin, ces pédophiles en arrière-plan finissent par lasser. On ne peut certes en imputer la responsabilité à l’auteur, mais, si l’on se permet une digression plus générale, cette figure du pédophile, monstre infâme et répugnant s’il en est, finit à force de récurrences – il devient de plus en plus difficile de trouver un polar ou un thriller qui en soit dépourvu – par devenir une simple épouvantail, un croquemitaine de bazar dont le lecteur se demande si la présence, souvent artificielle, n’est pas imposée par contrat à l’auteur.

Fort heureusement, la seconde partie du roman tient toutes ses promesses. Ce qui jusqu’alors ressemblait à une intrigue assez linéaire devient de plus en plus complexe, et le lecteur qui aurait pu croire voir venir la fin réalisera qu’il s’est joliment fait manipuler.

Si Oliver Anchor-Ferrers, sans doute le plus apte à déceler la vérité, pense que tout ce qui se passe est en relation avec une faute qu’il aurait lui-même commise, il n’a ni entièrement tort ni entièrement raison. Mais la piste sur laquelle il se focalise – s’être inspiré de la technique de l’auteur du double crime pour concevoir son arme et lui donner le surnom de l’assassin – n’est pas entièrement juste, et l’autobiographie qu’il a soumise à divers éditeurs contient peut-être la clef de sa séquestration. Et, tandis qu’à force d’observations et de déductions Oliver se rapproche peu à peu d’une vérité passablement indicible, Jack Caffery, au fil de son enquête, se rapproche peu à peu des Tourelles, des Anchors-Ferrers et de leurs tortionnaires.

Dans cette enquête, les personnages liés à l’enquête de Caffery finissent par prendre une importance et une touche particulières – l’étrange « Marcheur », qui cherche depuis des années et des années les traces de sa fille disparue, ou l’amusant et folklorique comparse de Caffery, le détective privé Johnny Patel. Et c’est à force de fausses pistes et de véritable acharnement qu’il finira par remonter jusqu’aux victimes, aux coupables et à la vérité.

Faux-semblants et vrais crimes, hommes de main perdant peu à peu la main, révélations en cascade, même lorsque l’on croit avoir tout compris, intrigue complexe et coups de théâtre, « Viscères  » apparaît donc, après une première moitié convenue, comme un très honnête thriller. Servi par un art du chapitre court et une très grande fluidité d’écriture se traduisant par une lecture facile et rapide – ses cinq cent pages sont avalées en quelques heures à peine –, « Viscères  » se termine, alors que l’on croyait que tout était fini, par une révélation particulièrement affreuse pour Caffery, qui vient dramatiser ce thriller et horrifier le lecteur jusqu’aux tous derniers paragraphes.

Titre : Viscères (Wolf, 2014)
Auteur : Mo Hayder
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Jacques Martinache
Couverture : Julian Andrew Holtom / Getty images
Éditeur : Pocket (édition originale : Presses de la Cité, 2015)
Collection : Thrillers
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 16523
Pages : 506
Format (en cm) : 11 x 18
Dépôt légal : janvier 2016
ISBN : 9782266264693
Prix : 7,90 €


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Hilaire Alrune
11 février 2016







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