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Alibis n°56
L’anthologie permanente du polar
Revue, n°56, polar, noir & mystère, nouvelles - articles – critiques - interview, automne 2015, 160 pages, 12,95$ CAD

Ce numéro est consacré à la liberté d’expression. Cette dernière est bafouée à de multiples occasions, les exemples pullulent et les méthodes pour la mettre à mal sont diverses et variées, comme nous le montre Jean-Jacques Pelletier dans l’article “Plus insidieux que la répression”.
En effet, les entraves à la liberté d’expression peuvent prendre des chemins tortueux, sournois qu’il n’est pas aisé d’appréhender. L’auteur a vraiment creusé le sujet, interpellant au passage tout un chacun sur sa part de responsabilité.
Sur certains points, ce papier recoupe celui de Richard Ste-Marie : “La censure”. Suivant le contexte, une personne peut adapter son propos, adoptant naturellement une certaine auto-censure pour faire preuve de tact.
Les deux articles font indubitablement réfléchir et présentent notre quotidien sous un autre jour.



Ce trimestre, Pascale Raud interviewe Émile Martel, le président du P.E.N. Québec. P.E.N. International est une organisation possèdant 140 centres à travers près de 70 pays, elle regroupe des écrivains qui s’occupent de la promotion de la littérature et de la défense des écrivains persécutés. J’avoue ne pas avoir tout compris, car il s’avère assez brouillon dans ses propos. De plus, les objectifs sont louables, mais l’attitude de certains de ses membres peut être sujette à caution, notamment en réaction à la tuerie de Charlie Hebdo, sans compter quelques autres petits détails. Sentiment mitigé à la fin de l’entretien.

En plus de signer chacun un article, Richard Ste-Marie et Jean-Jacques Pelletier se sont chacun fendus d’une nouvelle.
“Le monde selon Hämmerli” du premier ne m’a pas semblé du niveau des précédentes aventures du tueur. Peut-être la faute à une histoire collant au thème de ce numéro et qui manque de percutant dans son ensemble.
“Ravaler ses mots” de Jean-Jacques Pelletier dépasse les 40 pages et débute par une série de constats au ton désabusé et qui fait mouche. Un flic proche de la retraite doit résoudre le meurtre d’un écrivain qui aimait enfoncer plus bas que terre des gens connus. Le jour où il est retrouvé assassiné, son éditeur qu’il a plus d’une fois traité d’incapable à la face de tout le monde semble le coupable désigné.
L’auteur nous régale de nombreuses trouvailles. Par exemple, les collaboratrices du policier qui ont le même prénom, le personnage principal qui agit un peu comme si sa femme était toujours de ce monde... Cette nouvelle est des plus prenantes et, à juste titre, est la première de cet « Alibis ». Le ton employé et l’histoire ne peuvent que séduire les lecteurs.

Martine Latulippe part d’une idée simple : une politicienne a eu un moment d’égarement et elle n’a pas fini de le regretter. “Le prix du désir” expose comment les gens peuvent être manipulés, comment les personnalités publiques sont obligées de prendre garde au moindre détail. Là, une bouffée de désir a suffi... Court et imparable !

Geneviève Blouin nous amène “Au pays du Dirigeant Bien-Aimé”. Tout y est merveilleux, un écrivain peut vivre de sa passion sans se soucier des lendemains... Bon, c’est ce que veut faire croire le régime aux autres pays, mais la réalité est tout autre et cet auteur peine à joindre les deux bouts. S’il est un privilégié par certains côtés, il ne peut exprimer sa réelle opinion. Il est obligé de biaiser pour contourner la censure, tout en paraissant un bon citoyen.
Un texte assez terrible, dénonçant la détresse de l’auteur. Même s’il s’agit d’une fiction, le contexte repose sur un fond existant. Bien vu et de circonstance pour ce numéro.

Il en est de même avec “Liberté d’oppression” de Hugues Morin. De nombreuses personnes reçoivent un mail venant d’un journaliste. Se sentant menacé, il a compilé toutes ses recherches dans un fichier pour s’assurer que la vérité éclatera s’il lui arrive quelque chose. Cette nouvelle consiste en une suite d’informations relevant de plusieurs dossiers d’apparences distinctes. Des gens influents y apparaissent, du genre à ne pas aimer voir leurs magouilles livrées en pâture.
Hugues Morin nous livre un texte qui n’a cessé de m’interpeller. C’est tellement bien exécuté que, peu au fait de la situation au Québec, je n’ai pu m’empêcher de me demander dans quelle mesure les points soulevés reposent sur des faits concrets. Doit-on y voir une dénonciation de dérives politiques ? En tout cas, il nous alerte à bon escient sur cette déviation du système, en traitant le cas où l’oppression rentre dans les mœurs, devenant normale, car la population n’y prend plus garde. Impressionnant et inquiétant. Quel travail !

Dans “Camera Oscura”, Christian Sauvé remarque, entre autre, qu’une star à l’affiche n’est plus une garantie de succès au box office.

Ce numéro thématique d’« Alibis » n’est pas des plus réjouissants au niveau des idées exposées. Les nouvelles, aussi bien que les articles, soulèvent des points épineux sur la liberté d’expression. Certains faits de l’année 2015 donnent d’autant plus de poids à cette liberté fragile si souvent mise à mal et bafouée, sans que l’on s’en rende forcément compte.
Un numéro fort, bien servi par les auteurs au sommaire et à méditer !


Titre : Alibis
Numéro : 56
Comité de rédaction et direction littéraire : Martine Latulippe, Jean Pettigrew et Pascale Raud
Couverture : Bernard Duchesne
Type : revue
Genres : nouvelles, entretiens, articles, critiques
Site Internet : Alibis ; numéro 56 
Période : automne 2015
Périodicité : trimestriel
ISSN : 1499-2620
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour contacter l’auteur de cet article :
[email protected]


François Schnebelen
4 janvier 2016






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