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Quatre élixirs du docteur Zhu (Les)
Romain d’Huissier
Le Carnoplaste, chevalerie chinoise et arts martiaux, 34 pages, juin 2013, 7,50€

Nouvelliste, romancier et créateur de jeux de rôles, Romain d’Huissier s’intéresse tout particulièrement à l’Extrême-Orient. Pour preuve, son dernier roman, « Les 81 frères » (aux éditions Critic), qui relève de l’urban-fantasy, se déroule à Hong-Kong, et il a dirigé aux éditions Rivière Blanche une anthologie intitulée « Dimension chevalerie chinoise ». C’est dans ce domaine très particulier de chevalerie chinoise et d’arts martiaux que vient s’inscrire, après « La Rédemption du Phénix » que nous avions précédemment chroniqué, ce nouveau fascicule intitulé « Les Quatre élixirs du docteur Zhu ».



« Nos appétits sont plus grands que ceux des gens du commun et seule l’immortalité est un but digne de nous. »

Le Manoir de la Grande Concorde possède sa propre légende : créé par Ju jian, arbitre en querelles indémêlables et grand diplomate devant l’éternel, il est devenu au fil des temps une zone de neutralité où s’apaisent les conflits, où se dénouent les problèmes les plus complexes. C’est dans ce domaine enchanteur que quatre Dignitaires du Ciel, anciens héros du jiang hu, le monde des arts martiaux, revenus à la vie civile, ont décidé de trancher une question qui malgré leur amitié les divise. Car le bonze Zei Long, l’ancien militaire Meng Zhang, l’eunuque Lao Guan et le richissime marchand Shang Yan possèdent chacun l’un des quatre ingrédients de la potion du docteur Zhu – un élixir d’immortalité. Mais un seul pourra bénéficier de cette boisson, et chacun d’entre eux estime la mériter au moins autant que ses amis. Comme arbitre, ils font mander Li-Hua-Tie, « la petite fleur de fer » au sujet de laquelle courent maintes légendes et rumeurs, et dont l’intelligence prodigieuse est au moins égale à sa maîtrise des arts martiaux.

« Les deux silhouettes se découpaient sur la lumière blafarde de l’astre lunaire ; elles bondissaient de toit en toit, passant d’une aile à l’autre avec grâce, comme dans un ballet rythmé par le souffle de leurs respirations. »

Mais bientôt les mystères s’accumulent. Qui donc et pour quelle raison, essaie, dès sa première nuit dans ce havre de paix et de sérénité, d’assassiner Li-Hua-Tie, « la petite fleur de fer » ? Quel intérêt, et pour qui, d’assassiner cette jeune fille invitée en tant que simple médiateur, et à qui l’on fait l’honneur de désigner un immortel ? Et la mort d’un de ces quatre prétendants à la vie éternelle, au cours d’une partie de chasse, est-elle réellement due à la férocité d’un sanglier ?

On s’en doute : avec un tel enjeu et de tels individus, la paix et la neutralité emblématiques du Manoir de la Grande Concorde vont être quelque peu mis à mal. Ça va savater dur et voler dans tous les sens – les morts subites sont désormais au programme. Entre affrontements académiques pour le simple plaisir, et combats à mort, le lecteur découvrira quelques-unes de ces techniques de combat dont l’Orient a le secret : après l’Idéogramme de l’Imprévisibilité permettant d’attaquer selon six angles différents, dans « La Rédemption du Phénix », c’est cette fois-ci le Bagua Quan, ou Boxe des huit Trigrammes, la Paume du Bouddha et le Style des cinq Formes qu’il verra mis en œuvre. Rien d’étonnant quand on a affaire à des experts dont les noms de combat sont le Général à la Lance écarlate, le Serpent à deux Têtes, l’Immortel aux Poings de Jade et Dragon aux Griffes d’Or. Même diversité dans les manières de se débarrasser de son prochain : dans « Les quatre élixirs du docteur Zhu », on se met à mal avec des lances, des épées, des sabres, des arbalètes, des poignards de jet, et même des aiguilles à chignon.

« Les pans de la porte furent alors arrachés de leurs gonds avec une violence surhumaine et projetés à travers la pièce, où ils assommèrent deux gardes au passage. »

« Les quatre élixirs du docteur Zhu » mêle donc mystère, action, suspense et enquête policière, et se dénoue in fine et en lieu clos dans la grande tradition du roman policier. La machination, certes démoniaque, est un peu tirée par le chignon mais cela fait aussi partie du genre, et le rituel voulant que l’assassin démasqué tente un dernier baroud d’honneur est ici développé à l’extrême, en une ultime série de rebondissements et de combats très cinématographiques incluant des protagonistes inattendus.

Introduit par un petit lexique de termes orientaux destiné au béotien, servi par une prose à la fois légère et précise, « Les quatre élixirs du docteur Zhu » tient donc doublement ses promesses. En combinant action, drame et suspens, en trouvant un juste équilibre entre dialogues et action, il offre bien plus que ce que l’on pouvait attendre d’un simple fascicule de trente-quatre pages. De surcroît, en proposant au lecteur une intrigue et une recette totalement différentes de celles de « La Rédemption du Phénix », il tend à prouver que le « récit de chevalerie chinoise dans le monde des arts martiaux » n’a rien de répétitif, et qu’il pourrait à l’avenir proposer d’autres variantes.


Titre : Les quatre élixirs du docteur Zhu
Série : Les Chroniques du jiang hu, tome II
Auteur : Romain d’Huissier
Couverture : Lohran
Éditeur : Le Carnoplaste
Collection : Chevalerie chinoise et arts martiaux / les chronique du Jiang Hu
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 34
Format (en cm) : 20 x 27
Dépôt légal : juin 2013
ISBN : 9782357900240
Prix : 7,50 €



Romain d’Huissier sur la Yozone :
- « La Rédemption du Phénix »


Hilaire Alrune
21 juillet 2016






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